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Mer, Déc

Société
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Mercredi je me trouvais à l'usine comme les autres jours. Tout semblait aller normalement quand en fin de matinée, je reçois un appel téléphonique me signalant que la chaudière manquait de l'eau et qu'elle pouvait s'arrêter à tout moment. La chaudière étant essentielle dans la production du sucre ; si elle tombe en panne pour défaut d'eau surtout, c'est la production d'une année que l'entreprise perd ainsi. Je constate curieusement que je ne pouvais pas accéder facilement à la chaudière, des véhicules et autres engins avaient bloqué les portes d'entrée et de sortie. Je parviens tout de même à sortir de là grâce à un autre véhicule de l'entreprise. C'est lorsque je parviens au niveau de la chaudière, constatant qu'il n'y avait rien d'anormal que je comprends qu'il s'agissait d'un piège pour me tirer hors de l'usine. La personne qui m'avait tendu ce piège était un parfait connaisseur des lieux et de son système de fonctionnement. Le chef d'entretien qui m'accompagnait ne se rendait compte de rien lui aussi. Nous traversions les champs des cannes à sucre lorsque subitement des gens sortent de tous les côtés de la forêt, armés de machettes bien aiguisées et des gourdins. Ils se mettent en travers de la voie pour nous obliger à nous arrêter. Ils m'extraient du véhicule et m'ordonnent de m'asseoir à même le sol.

Ancêtres
C'est une position qu'il faut éviter de prendre en pareille situation, car les ravisseurs se montreront davantage supérieurs. J'ai donc refusé de m'asseoir. Le plus nerveux de mes ravisseurs a crié fort sur moi : "Vous les Blancs vous avez volé les terres de nos ancêtres pour vos usines". Les autres reprenaient ce cri en cœur. Je ne me laissais pas démonter, j'ai répliqué que je n'étais pas un Blanc, mais un Noir de Maurice.
Pour les distraire en espérant voir éventuellement les forces de l'ordre arriver, je leur ai dit que j'avais très faim et souhaitais que l'un des ravisseurs se rende au centre ville m'acheter du pain. Je lui ai remis un billet de 2000 francs. A peine était-il revenu qu'il m'ordonna de leur remettre les clés de la voiture ; face à mon refus ils m'obligèrent de démarrer le véhicule vers une destination inconnue.

Ceux qui pouvaient partir avec moi me conduisirent dans une concession qui semblait être celle d'un chef. Je me rendis compte qu'il s'agissait de la concession du chef de groupement de Ndo, l'un des grands groupements qui cernent l'usine de Mbandjock. Le chef apparemment n'était pas au courant qu'on allait lui amener un colis aussi encombrant. Comme chefs d'accusation, mes ravisseurs répètèrent que les Blancs avaient volé les terres de leurs ancêtres, et que par ailleurs la direction de la société s'était permise de licencier le seul cadre de Ndo qui travaillait à Sosucam. Ma libération était conditionnée surtout par la réintégration de cet employé dans les effectifs de l'entreprise. Il ne me revenait pas de prendre un tel engagement. Comment se débarrasser de moi puisque le chef ne tenait pas à me garder en otage ?

Nous sommes repartis vers une autre destination. Nous étions dans une zone sans réseau de téléphone dans un premier temps. Ils ne m'avaient pas retiré le téléphone. Quand je teste une nouvelle fois le réseau, il était accessible ; je fais un signe discret. Depuis mon enlèvement, toutes les autorités de la localité étaient informées. Le sous préfet M. Ekéa qui a beaucoup travaillé, avait demandé le renfort des forces de la gendarmerie de Nkoteng ; les éléments de l'escadron sont venus renforcer ceux de Mbandjock ; le sous préfet en tête, une battue a été lancée dans les champs, la forêt et les maisons. A un détour, nous nous sommes retrouvés face aux forces de l'ordre. L'aventure de mon enlèvement s'est achevée après quelques heures de cachette, de courses et de dialogue de sourds. Mes ravisseurs ne m'ont violenté ; je dirai même qu'ils m'ont bien traité.

Image
Ce que je retiens de cette triste aventure est qu'elle n'est pas de nature à blanchir l'image du Cameroun au niveau international. Ce pays n'a pas besoin de ce genre d'acte surtout en ce moment. Imaginez un homme d'affaire qui voudrait se rendre au Cameroun pour prospecter les possibilités d'investissement, il n'oserait plus le faire en apprenant qu'il mettrait de l'argent dans un pays où les industriels sont susceptibles d'être enlevés !
Nous rappelons que la révolte à Sosucam a commencé mardi avec le blocage de l'usine suite au licenciement de deux personnes (Lire Mutations No2466 de jeudi 2009.

Propos recueillis par Xavier Messè (mutations)

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