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Le barreau a décidé de durcir sa grève après avoir été éconduit par le ministre de la Justice.

Officieusement, c'est la guerre ! " Il nous a dit qu'il boit et mange à sa faim. Il a dit : faites la grève, vous allez mourir de faim ! On va donc voir ", analyse un avocat en parlant de l'entrevue des membres du conseil de l'Ordre des avocats au barreau du Cameroun lundi en fin de journée avec le ministre de la Justice, Amadou Ali. Officiellement, les avocats camerounais ont simplement pris "acte de la fin de non-recevoir catégorique et immédiate opposée par Monsieur le vice-Premier ministre, ministre de la Justice à toutes les doléances présentées par le corps des avocats". C'est ce qu'indique une résolution du conseil de l'Ordre datée de lundi et largement distribuée au palais de justice du centre administratif.

Visiblement, la joie avec laquelle les avocats avaient accueilli l'invitation du gouvernement à la discussion était fondée sur un espoir qui a été déçu. Les avocats n'ont pas été approuvés dans leur décision d'ôter la robe pour protester, entre autres, contre la condamnation d'un des leurs pour détournements de deniers publics. L'un d'eux, qui comme ses confrères, respecte la consigne écrite de ne pas parler aux médias donnée par le conseil de l'Ordre, lance : "C'est parce que nous sommes allés voir le gardien. Le patron n'est pas là. Attendons que Paul Biya revienne [Le chef de l'Etat se trouvait aux obsèques de Omar Bongo Ondimba qui se déroulaient ce mardi 16 juin 2009 à Libreville]. C'est lui qui doit intervenir".

Le gouvernement a en effet rejeté sans façon les réclamations du barreau. Mes Junior Eta Besong, le bâtonnier et son représentant dans le Centre Me Atangana Ayissi ne trouvent pas du temps pour en parler davantage. En revanche, la résolution signée au sortir de l'entrevue au ministère de la Justice souligne que l'Ordre des avocats "regrette qu'à cette intransigeance, Monsieur le ministre de la Justice ait cru devoir y ajouter une indifférence affichée à l'égard du mouvement des avocats, et des expressions outrageantes à l'égard du corps des avocats qualifié "d'irresponsables", et de certains membres du Conseil de l'Ordre qualifiés "d'agités", "extrémistes",… tous propos inutiles et vexatoires, aboutissant à un rejet de la quête légitime du monopole par les avocats".

Bien plus, les avocats ont dû noter une menace qui pointe à l'horizon. Il est regrettable, estiment-ils, qu'Amadou Ali "ait ajouté la provocation de déclarer que l'habilitation des auditeurs de justice [élèves magistrats] devant toutes les juridictions du pays, en concurrence avec les avocats, répond à la nécessité d'empêcher les avocats de paralyser l'institution judiciaire". Aussi, le barreau a-t-il maintenu la suspension du port de la robe qui ne sera pas limitée à la fin de la semaine, mais plutôt à la tenue d'une assemblée générale qui devrait permettre aux avocats de donner la réplique au gouvernement.

Taquin
A cette mesure de suspension du port de la robe vient s'ajouter le refus de fournir, pour l'heure, toute assistance à l'Etat et ses démembrements ainsi qu'aux commissions d'office où les avocats désignés défendent des justiciables indigents. Pour certains hommes en robe, c'est au fur et à mesure que les mesures de débrayage toucheront à l'activité et donc aux revenus des avocats les plus modestes que l'on jugera de la profondeur de la colère du barreau. Pour l'instant, au palais de justice du centre de la ville de Yaoundé, l'on ne trouve pas d'avocat pour contester à visage découvert le mouvement de protestation organisé depuis lundi.

D'ores et déjà, comme un écho de riposte à la décision du barreau, un rassemblement d'une trentaine d'auditeurs de justice était observable au perron des bureaux de la cour d'appel du Centre hier matin. Attendant des consignes. Entre ces magistrats en herbe, la conversation au sujet du mouvement d'humeur des avocats suscite des critiques. "L'on ne trouve pas dans toutes les localités du pays des avocats disponibles. Pourquoi refuser que l'on puisse pallier cette carence ?" s'interroge l'un des potentiels avocats de secours en jetant un regard vers les salles d'audience totalement désertes en raison de l'absence des animateurs de la défense. Les diligences et conclusions produites dans les cabinets des juges sont par contre toujours servies. "C'est quand ils arrêteront tout cela - là où se trouve leur gagne-pain - que nous saurons qu'ils sont vraiment en colère", lâche, un brin taquin, un autre auditeur de justice.

Jean Baptiste Ketchateng

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