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Mer, Déc

Société
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La voirie municipale de Yaoundé est-elle devenue un camp de torture ou un camp de concentration ? Des laveurs exerçant dans son voisinage n’hésitent pas de répondre par l’affirmative. Et pour cause, depuis deux jours, des sauveteurs arrêtés au marché Central de Yaoundé y subissent des violences corporelles. Dans la matinée d’hier, 13 août 2009, le site a accueilli une nouvelle vague de sauveteurs. Ils étaient une dizaine, déversée dans la grande cour comme de la marchandise, assis à même le sol, les pieds nus. Au bout d’un instant, des bidasses de la Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy) entrent en scène.
A l’aide des bâtons et des matraques, ils assènent, sans contrôle des coups aux captifs. Au bout d’une dizaine de minutes, ils sont trempés dans la boue et dans une marre d’eau créée pour la circonstance. Puis, à la demande des hommes en tenue, ils chantent en trottinant sur place : « J’ai cherché et j’ai trouvé ». La scène dure à peu près vingt minutes. Selon un laveur de voiture, « c’est la deuxième séance de torture que je vis en direct ici. C’est comme au cinéma mon grand. Les gens sont battus comme des animaux. Il fallait voir ceux qui ont été relâchés hier soir [mercredi 12 août 2009, Ndlr]. Ils n’arrivaient pas à marcher parce que blessés partout. Il y a un inspecteur de police qui calcule toujours les endroits sensibles avant de te taper. Ça fait pitié ».
« C’est une très grande honte pour un pays que l’on dit être un pays de droit. Franchement, il n’y a aucun droit de l’homme respecté au Cameroun. Imaginez un père d’enfants battu par des hommes en tenue comme s’il était un bandit de grand chemin. Est-ce un pêché d’être sauveteur dans la ville de Yaoundé ? », s’interroge sous anonymat un témoin de la scène. Et d’ajouter très courroucé : « Nous avons l’impression que tout se passe à l’insu des autorités publiques de la ville. On doute que ce genre de consignes vienne de Tsimi Evouna. Si c’est le cas, qu’il soit maudit. Les journalistes doivent parler de cette torture pour que tout le monde soit au courant de l’affaire ». De leur côté, les bourreaux ont pris des dispositions pour contrôler ceux qui entrent dans la voirie municipale. La preuve, un visiteur a été fouillé de fond en comble à l’entrée. « On pensait qu’il était journaliste. Parce qu’ils viennent souvent filmer sans autorisation. Ils sont interdits d’accès », lance un gardien des lieux au reporter du Messager.
Pendant nos investigations, on va retrouver un habit imbibé de sang appartenant à l’un des sauveteurs bastonné. Ce dernier, visiblement mal en point, se refuse à tout commentaire. L’on apprend cependant que sur la centaine de sauveteurs qui ont été arrêtés depuis vendredi dernier, on enregistre deux cas de décès. Dans la mêlée, les marchandises confisquées à ces derniers sont parquées dans une salle de la voirie municipale réquisitionnée pour la circonstance. « C’est une nouvelle salle de commerce. Si tu as besoin de quelque chose, il suffit de leur demander et ils te le vendent. Voilà les savons que j’ai achetés à vil prix », dit un jeune homme en nous présentant sa marchandise. Entre ces agents, les éclats de voix ne manquent à l’heure du partage et notamment pour savoir qui va prendre quoi.

Narcisse Kouokam arrêté
La brimade de la voirie municipale s’est déroulée en présence de Narcisse Kouokam. Ce dernier est arrivé sur le site quelques minutes avant pour dit-il, laver sa voiture. Au regard de la scène produite par la milice de Tsimi Evouna, l’homme a sorti son caméscope et s’est mis à prendre des images. Il est alors arrêté par des hommes en tenue. Ces derniers lui intiment l’ordre d’effacer les images réalisées. Refusant d’obtempérer, il est embarqué dans le car de la police et conduit au « commissariat » de la Cuy. Ceux des bidasses qui sont restés à la « base » ont décidé de mettre des sabots sur les roues de sa voiture garée dans la laverie. Mais, ils sont poursuivis par les laveurs. « Je n’ai pas mis du temps là-bas. Parce qu’ils m’ont demandé d’effacer les images. Ils m’ont relâché quand j’ai obéi », relate Narcisse Kouokam. Pour lui, il faut prendre ce problème de déguerpissement à bras le corps. « Je veux que la ville soit propre. Mais, il faut que tout se passe conformément aux lois. Même si les sauveteurs avaient commis un crime, ils ont encore des droits qui doivent être respectés. Le comité qui veille sur le droit de l’homme et nommé par le président de la République a organisé un séminaire pour présenter la situation actuelle des droits de l’homme au Cameroun. Et les gens continuent à faire comme s’ils n’avaient d’ordre à recevoir de personne. C’est ça qui inquiète le plus », conclut-il.

FWB (lemessager)

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