Sidebar

22
Mar, Sep

Politique
Typography
  • Smaller Small Medium Big Bigger
  • Default Helvetica Segoe Georgia Times

En 1997, les milieux du pouvoir sont secoués par une crise à l'ampleur jamais connue jusque là. Le 20 avril, le ministre de la Santé publique, Titus Edzoa démissionne de son poste. Anciennement Secrétaire général de la présidence de la République et homme fort du régime, il présente sa candidature pour l'élection présidentielle de la même année. 

S'enchaine alors un tourbillon médiatico-politico-judiciaire qui verra la condamnation de l'ancien «ami» du président. Mais le déroulement des événements révèle un ensemble de connexion, de manouvres et de manigances qui traduisent à la fois les luttes de positionnement et les querelles d'égos en cours dans le sérail. 17 années après, la victime des batailles est sortie de prison. 

L'affaire semble donc bien terminée. Mais que sont devenus les acteurs de cette saga inédite ? Certains sont encore aux affaires. D'autres ont perdu de leur influence, quelques autres sont décédés. Sans être exhaustif, La Nouvelle Expression tente une revue de ces protagonistes de l'affaire Edzoa.

Titus Edzoa : De retour dans son château du Graal

Principale victime de l'affaire, a attendu la grâce présidentielle pour être libéré. Après 17 années de prison.

Le Pr Titus Edzoa  a accumulé un nombre important de poste dans le gouvernement avant que ne se déclenche la machine de répression  qui l'a conduit et maintenu en prison.  Il a ainsi été Ministre chargé de mission, Conseiller spécial à la présidence, Ministre de l'enseignement supérieur. C'est de ce poste qu'il passera au secrétariat général de la présidence de la république en 1994.  

Le médecin personnel du président de la république  devient, la seconde personnalité la plus puissante du Cameroun. Il est en effet le bénéficiaire du décret présidentiel n°94/157 du  04 Aout 1994 qui lui accorde une large délégation de signature. Mais le remaniement ministériel du 19 septembre 1996 le ramène sur terre. Il chute au ministère de la santé publique et se révolte. Il démissionne alors du gouvernement et du Rassemblement démocratique du peuple Camerounais (Rdpc) le 20 avril 1997. Il affiche ses ambitions politiques et décide alors de se présenter aux élections présidentielles de la même année.

Ce retournement de veste va enclencher ce que de nombreux analystes ont appelé le rouleau compresseur.  Titus Edzoa se retrouve dès lors mêlé  à de nombreuses affaires de détournements de derniers publics. Mis en résidence surveillée le 04 juin 1997, il verra  ses comptes de la BICEC, de la SCB-credit Lyonnais, de la Standard Chartered Bank bloqués.  Son arrestation surviendra le 3 juillet 1997 et c'est le tribunal de grande instance du Mfoundi qui  lui infligera 15 ans d'emprisonnement fermes. Il écope d'une deuxième condamnation à 20 ans en 2012. Le  décret présidentiel  du 18 février 2014 portant commutation et remise de peines  aux bénéfices des personnes condamnées et détenues pour infractions diverses viendra mettre terme à son supplice. L'application de cette décision lui rend sa liberté le 23 février 2013.

Michel Thierry Atangana : Le directeur de campagne coule ses jours à Paris

Après s'être désolidarisé de son ancien mentor, l'ingénieur financier a su trouvé une précieuse aide du côté de son pays adoptif.

C'est la création du Comité de pilotage et de suivi des projets routiers (Copisur) le 9 juillet 1994 qui fait connaitre Michel Thierry Atangana Abega. Le bras droit de Titus Edzoa, Docteur en finance et ayant officié comme cadre à la Banque nationale de Paris, se voit propulsé à la tête de ce Comité placé sous l'autorité de la présidence de la république.  Sa gestion de cette institution est remise en questions dès la démission de son mentor. Des accusations de détournement et d'attributions frauduleuses de marchés pleuvent. Il se voit interdire l'accès à la présidence de la République. 

De même, le Comité de pilotage et de suivi des projets routiers voit ses pouvoirs dilués dans d'autres structures. En 1997, il est choisi par Titus Edzoa comme directeur de campagne en vue des élections présidentielles de cette année là. Considéré comme le bras droit de l'ex-Sgpr, son élimination fait partie de la stratégie d'isolement mis en place autour de son mentor. Le 12 mai 1997, il est enlevé par des éléments se réclamant du Groupement spécial d'opération (GSO) alors qu'il revient de chez son patron avec son épouse. 

De procédures judiciaires en procédures, il sera condamné comme son co-accusé à 15 ans de prison pour détournement et tentative de détournements de derniers publics. Il rompt plus tard avec son mentor, mais n'échappe pas à une nouvelle condamnation à 20 ans de prison en 2012. Les pressions de la France, sont pays adoptif, feront le reste. Bénéficiaire du décret présidentiel du 18 février 2014, il est libéré le 23 février. Michel Thierry Atangana s'est directement dirigé à l'ambassade de France au Cameroun, avant de s'envoler plus tard pour son pays d'adoption.

Amadou Ali : Il a continué le travail

Pilote de l'Opération Epervier, il a eu la tête de d'autres pontes du régime. Même s'il semble aujourd'hui en retrait dans le système.

 

C'est le scandale des écoutes téléphoniques qui révèle sa vraie face. Avec l'ancien ministre de l'Economie et  des finances, Edouard Akame Mfoumou, il est l'un des principaux instigateurs du complot. Ces écoutes montrent en effet la stratégie mise en place par ces derniers pour isoler Titus Edzoa. Elles montrent aussi leur tentative de fragiliser certains autres barons du régime dont le  Vice-Premier ministre en charge de l'administration territoriale, Gilbert Andze Tsoungui, présumé défenseur de l'ex-Sgpr.  

Dans cet entretien, Amadou Ali  et Akame Mfoumou se mettent d'accord sur  la stratégie du  «rouleau compresseur » Il est question d'affaiblir Titus Edzoa en ressortant patiemment une affaire après l'autre. Il décide aussi de mettre à contribution d'autres acteurs du système dont le ministre de la Justice, le Procureur général, le Dgsn, etc. Alors chargé de coordonner les activités des services spéciaux, il s'échine à trouver des  «affaires». Il ne s'arrêtera pas là. 

En 2004, alors qu'il est désormais Vice-Premier ministre chargé de la Justice, il pilote l'Opération Epervier qui verra l'incarcération de plusieurs barons dont Polycarpe Abah Abah, Marafa Hamidou Yaya, Urbain Olenguena,  Alphonse Siyam Siewe, Gérard Ondo Ndong, Paul Ngamo Hamani, Edouard Etonde Ekotto, Gilbert Belinga, Jean Baptiste Nguini Effa, etc.  Mais le remaniement de 2011 va affaiblir son influence. Il est certes encore Vice-Premier ministre, mais est seulement chargé des relations avec les assemblées.

© LanouvelleExpression : Ben Christy Moudio

Overall Rating (0)

0 out of 5 stars
  • Aucun commentaire trouvé
Ajouter un commentaire