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Mar, Fév

Politique
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Comme tout bon citoyen, nous avons écouté notre président s'exprimant devant le premier conseil des ministres, et peut-être le dernier du gouvernement Yang, réuni au palais d’Etoudi le 03 juillet 2009. Attentifs et préoccupés par l'avenir de notre pays, nous avons retenu l'idée d’un cahier de charge, avec au bout une obligation de " résultats" dans les six mois. Une riche idée que celle de  résultat. Quel meilleur moyen, si cette option est retenue, pour nous de prouver notre engagement patriotique, notre patriotisme économique en souscrivant à cette démarche populiste.

Enfin l'occasion de montrer au monde entier que  notre président est aux commandes. Car pour une fois, en vingt-sept ans de règne, il a exigé des "résultats ".Ceci dit, j'ai, à la réflexion, trouvé que notre président avait manqué d'ambition et de confiance en ses compatriotes pourtant prêts à tous les sacrifices pour que leur pays sorte au plus tôt de la crise. Paul Biya aurait pu lancer ce cahier de charge dès sa prise de fonction en 1982, tout au moins en 1991, avec l’arrivée du multipartisme, en engageant la responsabilité du gouvernement devant le parlement.

Ou plus audacieux, mais sur la base du partenariat institutionnel, il pouvait lancer une "mise à l’épreuve" dont l’adhésion est un don patriotique et républicain. Quoi de plus symbolique, de plus exaltant, de plus unificateur que le désintéressement pour le bonheur de tous. Equitable retour d’ascenseur : nous qui devons tant à la société et à qui le pouvoir  doit autant. Aubaine pour le  premier ministre Yang, au nom à consonance japonaise d’insuffler un vent oriental. Un élixir ascétique. Une asana réformatrice.

Le Ying et le Yang

Entre autres, l'annonce de cette démarche a, pendant quelques instants, tonifié mon élan nationaliste, ma confiance et forcement stimulé ma hargne. Quelques moments seulement car notre président nous a en quelque sorte démontré qu'il n'avait pas réfléchi à quoi pourrait bien servir cette obligation de « résultats », ce contrat de performance à durée déterminée. Sans quoi... Evidemment, il nous a dit, en bon démocrate adepte du dialogue social, qu'il ne voulait pas décider seul, mais avec son gouvernement. Une fois n’est pas coutume. D'ailleurs, notre président ne nous avait-il pas dit que lorsqu'il serait réélu en 2004,  les « grandes ambitions » seraient la matérialisation des inédits que les camerounais attendent ?  Pourtant le doute en ses « grandes ambitions » s'est incrusté, d’où le changement de cap, avec autre slogan, celui des "grands résultats ".

Cela fait plus de vingt-sept ans que notre président est au pouvoir, cela fera bientôt un vingt-trois ans que la crise a montré  sa tronche. Depuis tout ce temps, le président flanqué de tous ses conseillers, ministres ou assimilés, ne serait pas en mesure de déterminer les priorités, les objectifs de sa politique économique et sociale ? Nous ne pouvons malgré tout pas être dubitatifs. Cela d'autant que me revient en mémoire les paroles de notre monarque éclairé qui, lors de la campagne présidentielle de 2004, nous avait affirmé qu'il avait eu tout le temps nécessaire de réfléchir, de prendre du recul, car n'étant pas  responsable de affres de ses collaborateurs et ses gouvernements les vingt-deux précédentes années. Alors, le nouveau mandat que le peuple lui donnerait, lui permettrait de déterminer les priorités de son action ainsi que les réformes qui feraient de notre pays un des leaders de l’Afrique subsaharienne. Je me souviens qu'à l'époque ces "grandes ambitions" me donnaient le tournis.

Et puis l'espoir est revenu lorsque j'ai appris que Monsieur Inoni Ephraïm allait tenir les rênes du gouvernement dans un premier temps pour mettre en musique ces "ambitions ". Cinq ans plus tard, voici Yang Philémon comme nouveau chef de gouvernement. Une des fonctions de ce chef de gouvernement est d'expliquer, de traduire, de préciser la parole présidentielle. J'étais donc persuadé que monsieur Yang, après le dernier conseil des ministres allait extirper le doute de mon esprit.

Que nenni.

Le communiqué du secrétariat de la présidence, usait d'une rhétorique par moment approximative, il me sembla  que le journaliste de la télévision d’Etat peu sûr de lui, tatillon, traduisait son embarras à exprimer une pensée rationnelle et convaincante. L'enseignement que je tirais de ses propos était qu'il n'avait pas la moindre idée de ce que pourrait être ces "résultats ". La charrue avait été mise avant les bœufs, car il aurait fallu faire  le bilan de cette gouvernance qui n’a pas marché vingt-sept ans durant.

Comme le disait notre président à propos de la sémantique, à la suite d’un débat national que le peuple réclamait, une méthode de communication ne nuirait pas dans cette exégèse du "résultat" qu’on nous bassine. Je garde malgré tout espoir, persuadé que nous finirons bien par  trouver les divines priorités de ces "résultats".

© Correspondance : Aimé Mathurin Moussy (camer.be)

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