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Comme un coup de tonnerre en pleine canicule, la mort, vendredi 21 février à Yaoundé, de Charles Ateba Eyene est venue doucher la belle ambiance qui s'était emparée du pays tout entier à l'occasion de la célébration du Cinquantenaire de la réunification. Le trublion écrivain, membre suppléant du Comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc, au pouvoir) s'en va en laissant une traînée d'interrogations et de mystères. Il y a deux semaines en effet, on a dit l'illustre disparu en proie à une crise de paludisme. Il est alors interné à la Polyclinique Fouda de la capitale. S'ensuit un transfèrement au Centre hospitalier universitaire (Chu) de la ville. On parle désormais d'une insuffisance rénale pour certains; et pour d'autres, d'une «grave infection» à laquelle s'ajoute subitement un coma. Sur la prise en charge du malade, une folle rumeur partie des milieux des médias, a parcouru la ville dans la matinée de vendredi, faisant état d'une négligence du corps médical à son endroit.

Joint au téléphone hier pour plus d'informations par La Météo, le patron du Chu, le Pr Nkam, visiblement prudent, ne s'exprimera pas sur le sujet, car n'étant pas «sûr de l'identité de l'appelant», soutiendra-t-il. L'autre mystère autour de cette brutale disparition, c'est l'heure même du décès de celui que les proches appelaient affectueusement «Tara». Des sources introduites au Chu situent cette mort en mi-journée. Le corps médical, qui entre-temps aurait consulté la famille, l'annonce plutôt dans la soirée. Que s'est-il passé dans l'espace? Qui a fait quoi? Bien malin qui pourrait y répondre. De même, on s'interrogera sur les manœuvres ayant précédé le transfert du corps à la morgue de l'hôpital général de Yaoundé, vers 21h30. Alors que parents, amis et connaissances affluent sur les lieux, des éléments du commissariat d'arrondissement seront déployés au Chu. Pendant ce temps, la dépouille de «Tara» serait descendue au deuxième sous-sol de cet établissement hospitalier, d'où elle sortira subrepticement alors que la tension monte dehors.

D'aucuns dénonceront une approche sensationnaliste autour de la disparition de Charles Ateba Eyene qui, faut-il le reconnaître, était bien mal en point. Mais, ces zones d'ombre demeurent sans éclairage suffisant pour laisser croire seulement à une mort due à une infection. Si, pour beaucoup, il était l'une des personnalités les plus aimées du pays, particulièrement par la jeune génération, il n'en demeure pas moins que l'engagement citoyen de «Tara», ces dernières années particulièrement, gênait de nombreux intérêts parfois inavouables.

Mauvaise conscience. Charles Ateba Eyene qui tapait sur tout et partout, était connu dans la vie pour ne pas avoir sa langue dans la poche, particulièrement vis-à-vis de certains de ses camarades du Rdpc dont il pourfendait les attitudes antipatriotiques, c'est en réalité sur le plan épistolaire que le disparu aura le plus ému ses compatriotes. Avec «Les paradoxes du pays organisateur élites productrices ou prédatrices», paru en 2008, il met les pieds dans le plat.

Dénonçant le micro-tribalisme, il décrit une région du Sud, dont il est natif, en proie à la misère alors que le reste du pays la croit gâtée par le régime de Paul Biya qui en est également originaire.

L'écrivain récidive en 2012 avec: «Le Cameroun sous la dictature des loges, des sectes, du magico anal et des réseaux mafieux». C'est un véritable brûlot contre un système de promotion économique, politique et sociale avilissant, en voie d'instauration dans le pays. Contesté ou applaudi, l'engagement littéraire de ce titulaire d'un doctorat/PhD en Communication politique ne laisse point indifférent. Il menace tellement d'intérêts occultes, cible tellement de personnalités de premier plan, dévoile tant de forfaits comme les crimes rituels de Minboman dont on n’a pas fini de parler, que le tribun était devenu la mauvaise conscience de beaucoup.

Qu'on l'ait aimé ou pas, Charles Ateba Eyene était une vigie de la société camerounaise. Certains voyaient de l'exaltation dans ses prises de position. D'autres le classaient parmi les ambianceurs» de la scène politique. Une autre catégorie le considérait comme le fou du roi, celui-là capable de rouler pour un homme — Paul Biya, en l'occurrence —, mais également assez lucide pour ne pas sombrer dans l'idolâtrie. Et en cela «Tara» aura marqué toute une génération de Camerounais. Merci, Charles!

© René Atangana : La Météo

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