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Dim, Mar

Politique
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Off. De retour au Cameroun hier, le chef de l’Etat a de nouveau séjourné sur les abords du lac Léman à Genève, en Suisse. Entre hôtels et résidences de luxe, avec une suite pléthorique, qui coûtent plus que cher aux Camerounais. Notre envoyé spécial raconte.

Selon toute vraisemblance, les Genevois ont rarement assisté à une scène aussi épique. Samedi 25 janvier, en ce début d’après-midi ensoleillé sur le canton de Genève, l’entrée de l’hôtel Intercontinental, l’un des hôtels les plus luxueux au monde, est le théâtre d’une agitation toute particulière. Un groupuscule  d’Africains est aux prises avec la brigade anti-émeute de la ville, la sécurité de l’hôtel et d’autres Africains. Les deux groupes d’Africains se prêtent tous les noms d’oiseaux et en viennent aux mains à un moment, alors que la police tente ramener de le calme… Les rares passants de cette rue pourtant calme du Petit-Saconnex, sur les hauteurs de Genève, et les clients médusés de l’hôtel cherchent à comprendre.

Ces Africains qui se bagarrent ainsi sont des Camerounais, qui ont l’air de ne guère s’apprécier, et disent pis que pendre les uns des autres. Les premiers sont des membres du Collectif des organisations démocratiques et patriotiques des Camerounais de la diaspora (Code). Un groupe d’activistes qui semblent s’être donné pour cheval de bataille d’empêcher le chef de l’Etat camerounais de dormir tranquille, où qu’il puisse se trouver à l’étranger. Ils sont venus à Genève protester contre les « trop longs séjours de Biya hors du Cameroun », et notamment à l’Intercontinental, où il logerait. Ils sont aussi venus protester contre « les nombreuses atteintes aux droits de l’homme au Cameroun ». L’opération un peu pompeusement désignée « assaut sur le Mont-Cameroun » est une mise en scène un peu loufoque : un cercueil recouvert d’un drapeau camerounais pour rappeler les victimes des émeutes de la faim de 2008, une poussette pour dénoncer l’affaire du bébé volé de Vanessa Tchatchou et des photos de l’écrivain et homme politique Enoh Meyomesse… Ils sont une petite dizaine et font un ramdam pas possible.

Garde rapprochée

En face, un autre groupe, plus important. Ce sont quelques membres de la garde rapprochée du chef de l’Etat camerounais et d’autres membres de la délégation qui l’accompagne à Genève où il est arrivé le 31 janvier 2012. Aux côtés de ce dernier, le personnel de l’hôtel intercontinental qui ne sait plus trop à quel saint se vouer face à ce raffut inhabituel dans cet établissement haut de gamme. Les insultes se font plus violentes, les appareils photo sont confisqués et les téléphones portables s’écrasent sur le trottoir. « Paul Biya, ou est l’enfant de Vanessa ? » « Enoh Meyomesse, prisonnier politique au Cameroun. Libérez-le tout de suite », « Paul Eric Kingue, victime de la Françafrique », entend-on scander par les activistes du Code. Pour ces derniers, même s’ils finissent par être interpelés par la police, « l’opération est un succès », car disent-ils, ils ont réussi à « troubler la tranquillité de Biya qui se cache à l’Intercontinental».

Il n’est un secret pour personne que le président camerounais, son épouse et la délégation d’une cinquantaine de personnes qui les accompagnent ont atterri à Genève, depuis leur départ du Cameroun le 31 janvier. En revanche, il est moins certain que Paul Biya a passé le plus clair de son temps dans cet immense building. Selon, une source diplomatique, proche de l’office des Nations unies à Genève, le président camerounais n’effectuerait en réalité que des passages sporadiques à l’Intercontinental. Plus cocasse encore, il n’aurait pas de résidence fixe à Genève. D’après nos sources, le couple présidentiel ferait donc des allers-retours entre l’hôtel Intercontinental et la maison qu’occupent ses enfants dans le quartier des Eaux-Vives à Genève, près du consulat des Etats-Unis. Quand il n’est pas à ces deux adresses, il occuperait une immense villa au 232/234 de la route de Lausanne. 

C’est une sorte de petit château de 4,4 hectares, selon des estimations livrées par une agence immoblière, situé en bordure de route, en sortant de Genève, à quelque 60 kilomètres de Lausanne. Une maison voisine de celles de stars mondiales comme le chanteur Johnny Hallyday et le tennisman suédois Björn Borg. Un château avec les pieds dans l’eau du gigantesque lac Léman qui fait la réputation de la cité genevoise dans le monde. Exactement le type de bâtisse dont même les milliardaires suisses, qui ne sont pourtant pas les plus pauvres, hésiteraient à faire l’acquisition.

Ce serait donc là, les trois adresses du couple Biya à Genève. L’hôtel Intercontinental, apparaissant comme le QG du Cameroun, l’autre palais d’Etoudi, à plus de 6.000 kilomètres du Cameroun. Ici, la direction commerciale de l’hôtel consent à souligner que le 6e étage est en permanence réservé par l’Etat Camerounais, que Paul Biya y séjourne ou non. Un 6e étage, qui représente une suite présidentielle d’une trentaine de pièces. En mois, tout calcul fait sur la base des indications glanées auprès de l’hôtel, la location de cette seule suite avoisine les 100 millions de francs pour quatre semaines. Il ne s’agit que de la seule suite présidentielle. Sans compter toutes les chambres réservées pour ses sbires et autres courtisans, sachant que la suite la moins la moins chère et la plus banale coûte tout de même 600.000 CFA par nuitée.

Costume-cravatte

C’est d’ailleurs à un spectacle particulier que l’on assiste quand on décide de flâner pendant des heures, et plusieurs jours de suite dans le hall de l’Intercontinental.  Des membres de la délégation présidentielle en costume-cravate sont affalés dans les canapés des salons d’attente. Ils se relaient, prennent un verre ou vont déjeuner dans l’un des nombreux restaurants de l’hôtel. On se sait trop ce qu’ils font ni ce à quoi ils pensent, mais ils ont l’air de s’ennuyer comme des rats morts. De temps à autres, on les entend parler bruyamment au téléphone, histoire de se donner l’air important. Ca a tout l’air d’une conversation avec une connaissance au Cameroun. L’on peut aussi voir un autre parler d’une histoire de voitures à faire sortir du port (au Cameroun, de toute évidence) ou encore se faire livrer pas moins de 15 téléphones portables à la fois. Allez savoir pour quoi faire.

Le hall de l’Intercontinental semble transformé en lieu de retrouvailles de toute sorte de courtisans et flatteurs quand Biya se retrouve à Genève. Des Camerounais qui vont et viennent. Certains ont l’air de savoir précisément où ils vont. D’autres un peu perdus, attendent dans le hall. Des visiteurs qui viennent attendre des connaissances qui, elles-mêmes, sont venues attendre on ne sait qui ni trop quoi d’ailleurs.

C’est donc en observant ce cirque un peu curieux que l’on tombe sur une vieille connaissance, entrée  depuis des lustres dans le saint des saints présidentiels. L’amitié est plus forte que les secrets et les cachoteries liés au pouvoir. L’on finit par apprendre  que partant du Cameroun, le 31 janvier, « le boss n’était pas dans une forme olympienne ». 

Un euphémisme pour indiquer, sans trop vouloir en dire davantage, que Paul Biya aurait donc passé le plus clair de son temps à suivre une convalescence à Genève. Pour montrer qu’il bosse justement et rassurer tout le monde, il a tout de même accordé une audience,  à Chamberlain Donahoe, la représentante des Etats-Unis auprès du Conseil des Nations unies pour les droits de l'homme à Genève, dans les salons de l’Intercontinental.  C’est aussi de là, qu’aurait été enregistré le discours à la jeunesse à l’occasion du 11 février. 

Mais on ne saura peut-être vraiment jamais précisément ce que vient chercher pendant autant de temps, le chef de l’Etat camerounais au bord du lac Léman. Les activistes du Code croient soupçonner, qu’il aurait mis à profit de ce séjour pour conclure des tractations dans l’optique d’un soutien, dont on peut imaginer la forme, à Nicolas Sarkozy dans la perspective de la toute prochaine élection présidentielle française. 

Ces brefs longs séjours de Biya en Suisse coûtent tout de même très cher. Si  l’on ajoute  à ces voyages, le coût de la scolarité de ses enfants, qui fréquentent une prestigieuse institution scolaire : le collège du Léman, situé sur la route de Sauverny, dans la banlieue chic genevoise. Tous suivraient le cursus américain de cette école qui regroupe des enfants de riches argentiers et de fonctionnaires internationaux, avec des frais de scolarité qui oscilleraient entre 15 et 35 millions de francs CFA. Ne demandez surtout pas qui paye la note, en Suisse, ce serait malvenu.

Raoul Mbog,

 à Genève

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