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Le torchon brûle entre Paul Biya et sa diaspora.A quelques jours de la visite du locataire d'Etoudi à l'Elysée, le 21 juillet prochain, de nombreuses manifestations contre le chef de l’Etat se préparent.Rien ne va plus entre l'Etat du Cameroun et sa diaspora en France. Depuis une dizaine de jours, une bataille féroce se déroule sur fond d'interpellations directes des autorités françaises ou de communiqués via Internet prenant l'opinion nationale et internationale à témoin.

La dernière sortie musclée sur la question provient de l'Ambassade du Cameroun à Paris qui « dénonce et condamne fermement les internautes et concitoyens appelant à manifester le 21 juillet prochain contre la visite en France, de Son Excellence Monsieur Paul Biya, président de la République du Cameroun, à Son Excellence Monsieur Nicolas Sarkozy, président de la République française » dans un communiqué diffusé hier le 7 juillet en début de matinée.

Le document, appelant « tous les Camerounais de la diaspora et au-delà à une certaine retenue et à stopper tout acte d'incitations à la haine et à l'égard de la République du Cameroun », insiste particulièrement sur le fait que « la visite du 21 juillet en France du chef de l'Etat, Son Excellence Paul Biya, président de la République du Cameroun, s'inscrit dans le cadre de la coopération entre la France et le Cameroun, qui existe depuis des décennies, et dont les deux pays ont à coeur de la renforcer ». Et de conclure: « L'Ambassadeur du Cameroun à Paris respecte la liberté d'expression et de pensée de tout un chacun, mais appelle tous les Camerounais à entretenir un sentiment républicain et par le rassemblement de tous, témoigner de leur appartenance à la solidarité nationale ».

Rapport du Ccfd-Terre solidaire

Pour comprendre cette réaction du plénipotentiaire camerounais à Paris qui prône l’apaisement, il faut remonter aux multiples prises de position de la diaspora camerounaise depuis la dernière semaine du mois de juin au moins. Profitant notamment du rapport publié par le Comité contre la faim et pour le développement-Terre solidaire, qui épingle la fortune des Biya en France, Chief Mila Assouté interpelle directement l'Elysée sur la prochaine visite du locataire du palais d'Etoudi au pays de l'Abbé Pierre. Dans une correspondance datée du 28 juin 2009 avec ampliation à la présidence du Cameroun, au Secrétaire général de l'Ump, au Secrétaire général du Ps, de même qu'aux présidents des parlements français et camerounais, le patron du Rdmc attire l'attention de Nicolas Sarkozy sur deux points capitaux.

Le premier concerne « le malaise et les répercussions politiques négatives dans l'opinion camerounaise, d'une visite officielle qu'accorderait la France à Monsieur Biya Paul, président de la République du Cameroun, même par réciprocité diplomatique, à l'occasion de la fête du 14 juillet 2009, et dans tous les cas avant les élections présidentielles au Cameroun... L'ouverture d'une enquête de police sur les dénonciations par une Ong française, de biens mal acquis à l'encontre de Monsieur Paul Biya et autres, afin d'éclairer l'opinion camerounaise sur les biens effectivement détenus par les intéressés dans votre pays, à moins qu'ils ne le fassent spontanément eux-mêmes, ce qui est peu probable dans le cadre de l'ordre juridique interne... »

Le second point capital a trait au fait qu’on « dénombre 3 millions de chômeurs dans la jeunesse selon un rapport du gouvernement camerounais, publié il y a un mois de cela;... Le régime n'a pas hésité à faire arrêter en février 2008, trois milliers de contestataires et à faire tuer par des forces militaires spécialisées, des jeunes par dizaines selon la version officielle,(40 morts en février 2008), près de 200 morts selon des Ong, pour modifier en sa faveur la loi fondamentale... » Et de terminer sous forme de mise en garde à peine voilée: « Le monde entier vous suit et suit votre bataille pour la transparence dans les paradis fiscaux. Indépendamment des poursuites judiciaires embarrassantes devant un juge français ou ailleurs, la France ne peut durablement rester indifférente et laisser persister contre elle des soupçons, d'être un lieu de recel des biens mal acquis d'Afrique, et de délicatesse à l'égard des protections indécentes... »

« Le grand déballage »?

Dans le même sens, Célestin Djamen, candidat déclaré à l'élection présidentielle de 2011 au Cameroun, a lui aussi adressé un courrier à l'Elysée, début juillet: « Monsieur le président de la République française, la communauté camerounaise de France est bouleversée d'apprendre votre intention d'honorer dès le 21 juillet 2009, d'une visite d'Etat en France Monsieur Paul Biya, le chef d'Etat du Cameroun. Nous vous adressons ce courrier en vue de vous demander de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour faire avorter ce calendrier... Quelles raisons, Monsieur le président, vous qui avez promis aux Français la rupture avec les régimes de cet ordre, avec la Françafrique lors de votre campagne présidentielle de 2007, peuvent permettre à un grand pays comme la France de Victor Hugo et de René Cassin, de recevoir un homme qui continue de fouler aux pieds les Droits les plus élémentaires de son peuple? », faisait-il observer.

La tension latente entre l'Etat du Cameroun et sa diaspora est montée d'un cran supplémentaire depuis que l'ex-commissaire Albert Léopold Ebenè dans une interview exclusive dans les colonnes du quotidien Le Messager (voir l'édition du 2 juillet 2009), a commencé à mettre sur la place publique ce que Gilbert Andzé Tsoungui lui avait alors dit au sujet de Paul Biya et de ses méthodes de gestion du pouvoir. L'ex-commissairequi travaillait aux Renseignements généraux, limogé en 2006, et qui vit désormais en France promet d'ailleurs « le grand déballage » au cours d'une conférence de presse qu'il convoque demain, le 9 juillet dans un grand hôtel parisien du côté de Montrouge (92.120), en fin d'après-midi.

Appel à manifester

Enfin, le Conseil des Camerounais de la diaspora (Code), qui affirme en avoir déjà reçu l'autorisation auprès de la préfecture de Paris, appelle à manifester le 21 juillet 2009 à partir de 15 heures, Porte d'Auteuil, où se trouvent les locaux de l'Ambassade du Cameroun à Paris. Les mots d'ordre de cette manifestation: « Contre l'enlisement du processus de démocratisation au Cameroun; contre Elecam; pour une Commission électorale indépendante; pour le droit de vote des Camerounais de la diaspora; pour la libération inconditionnelle de toutes les personnes incarcérées pendant les émeutes de février-mars 2008 ».

C'est le journal français, La Lettre du Continent, qui dans sa livraison du 25 juin dernier, a confirmé la venue de Paul Biya en France pour le 21 juillet. Une information que Alain Joyandet, le Secrétaire d'Etat français chargé de la Coopération et de la Francophonie avait déjà donnée lors de l'audience que le prince de Mvoméka lui a accordée le 10 mars dernier au Palais d'Etoudi.

© Le Messager : Jean-Célestin EDJANGUE à Paris

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