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Les forces de l’ordre sont accusées de nombreuses exactions tandis que les groupes armés sécessionnistes se multiplient.

« Nous ne croyons plus dans ce pays, dans cette union. Le divorce est consommé entre les francophones et les anglophones », assure à La Croix, Emma, une représentante du gouvernement de l’Ambazonie, le gouvernement autoproclamé des sécessionnistes anglophones du Cameroun. Vingt mois après le début de la crise, rien ne va plus dans les deux régions anglophones du Cameroun, du nord-ouest et au sud-ouest.

L’armée camerounaise accusée d’exaction

« Je n’ai plus de nouvelle de mes parents depuis six mois, confie Pierrette. Leur village a été attaqué par les forces camerounaises, dans la région de Manuyu (Sud-Ouest). La population, dont mes parents, a fui dans la forêt. Depuis, plus rien. Le village, lui, a été brûlé par les soldats. »

Chargée de lutter contre les sécessionnistes, la Brigade d’intervention rapide (BIR) est accusée de tous les maux. « Ils sont composés d’éléments qui ne sont pas de la région, affirme Emma. Leurs hommes partagent les préjugés francophones sur les anglophones. Et on trouve des mercenaires parmi les forces présentes. »Elle cite les communes où la BIR aurait commis des exactions : Dadi et Munyenge dans le Sud-Ouest, Batibo dans le Nord-Ouest. Dernier affrontement en date, mardi 23 octobre, à Ndu, dans le Nord-Ouest : au moins 17 morts, dont deux soldats.

« C’est la région du Sud-ouest qui souffre le plus des forces armées, ajoute un observateur qui souhaite rester anonyme. Les unités envoyées rétablir l’ordre dans les deux régions anglophones sont composées de mercenaires du nord du pays. » « Des Tchadiens, des Centrafricains et des blancs », ajoute Emma.

Les conseillers militaires Israéliens et Français

Elle montre des photos où l’on voit des barrages, des check-points tenus par des soldats de la BIR accompagnés d’un soldat blanc. « Un Français ou un Israélien », avance-t-elle. Impossible à vérifier. Mais la rumeur est persistante. Elle s’appuie sur la formation et l’encadrement apporté par Israël à la BIR. Et sur la place occupée par l’armée française dans l’histoire du Cameroun, de la guerre contre l’Union des populations du Cameroun (UPC) – parti politique qui a tenu un rôle central dans l’Afrique française d’après guerre –, à la présence, aujourd’hui encore, d’environ 25 conseillers militaires français auprès de Paul Biya.

Interrogé sur le sujet, l’Élysée admet cette présence dans les arcanes du pouvoir, mais rappelle que ce n’est pas la France qui est chargée de la BIR et dément toute présence de militaires français dans la lutte contre les séparatistes anglophones.

Le mépris francophone

Parmi les points de ruptures entre les deux communautés, on retrouve le sentiment de relégation qu’éprouveraient les anglophones. « Les Francophones nous appellent “Bamenda” (principale ville anglophone avec Bua), “anglofull” : des insultes pour signifier « idiot », raté », « bouseux »… pour désigner le sous-citoyen, le sous-homme », expliquent Emma, Pierrette et notre observateur. « Entre nous, à l’école, c’est vrai que nous utilisons ces expressions pour nous insulter, témoigne Jean, un Camerounais francophone qui a pris parti pour la cause anglophone. Je ne m’en rendais pas compte avant, mais nous avons intégré dans notre langue, dans notre comportement, ce mépris pour les anglophones. »

Violences attribuées aux sécessionnistes

 Pour défendre les intérêts des Anglophones, plusieurs milices et groupes armés se sont constitués dans ces deux régions. On en compte au moins cinq dont la principale est l’Ambazoni defence force (ADF). Ses membres harcèlent les BIR, s’attaquent à leur soutien. On leur attribue plus d’une centaine de tués parmi les soldats camerounais. « Mais ils s’attaquent aussi aux Anglophones qui ne sont pas favorables à la sécession mais veulent un fédéralisme au sein du Cameroun, souligne notre observateur. Si tous les Anglophones veulent être plus respectés, ils sont divisés entre ceux qui veulent couper les amarres avec le Cameroun et ceux qui veulent plus d’autonomie dans le Cameroun. »

 De leur côté, les évêques du Cameroun ont manifesté leurs réserves sur les résultats de l’élection présidentielle, annoncés lundi 22 octobre. Elle a consacré la victoire de Paul Biya avec 71 % des voix. « Je crois que ces résultats ne relatent pas vraiment la réalité de fait, a déclaré Monseigneur Samuel Kleda, le président de la Conférence épiscopale, interrogé par RFI. Ces résultats ne me semblent pas corrects, ne sont pas corrects du tout. »

Laurent Larcher(lacroix.fr)

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