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Mar, Oct

Politique
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Témoignage sur la gestion d’une rumeur érigée en vérité d’Etat.Titus Edzoa a-t-il téléphoné au président de la République la semaine dernière pour le narguer des 14 années déjà passées en détention ? Une certaine presse se fait l’écho de cette « information » depuis le début de la semaine en cours. Après la Météo (premier journal à avoir publié des listes de prétendus homosexuels au Cameroun), le pourtant respecté Mutations a pris le relais, cédant la voie à une flopée d’autres titres. L’affaire fait fantasmer dans les chaumières.

En fait, cette rumeur croustillante a commencé à circuler cinq jours plus tôt. Jeudi 14 juillet 2011, nous assistons au procès de Jean Marie Atangana Mebara au palais de justice de Yaoundé, lorsque notre téléphone vibre avec insistance. A l’autre bout du fil, un reporter qui sollicite notre aide pour recouper, auprès de Titus Edzoa, l’information qui fait part d’un échange téléphonique insolite avec le président de la République. Un scoop, si l’information était avérée…

Ce jeudi-là se tient la réunion du Conseil national de la sécurité. Certains avaient pronostiqué la tenue d’un congrès extraordinaire du Rdpc… Le calendrier du président aurait été perturbé. Le Chef de l’Etat chercherait à savoir, en urgence, qui aurait communiqué son numéro de téléphone à l’ancien Secrétaire général de la présidence de la République. Réalité ou manipulation politicienne, notre interlocuteur entend percer le mystère.

Conseil national de sécurité

Le journaliste-enquêteur laisse entendre qu’il a appris d’une source digne de foi que l’ancien Secrétaire général de la présidence de la République, Titus Edzoa, a été entendu la veille, au Sed, sur procès-verbal. Qu’interrogé par le Général Elokobi, il n’aurait pas nié les faits. Que la réunion présidée ce jeudi par Paul Biya a été provoquée par le coup de fil insolite du prisonnier du Sed (Secrétariat d’Etat à la Défense). L’auteur de ces lignes est parent à l’épouse du professeur. Il se plie naturellement à l’obligation confraternelle d’entraide professionnelle, non sans avoir fait le serment de ne pas ébruiter le « scoop ». De toutes les façons, est-il prévenu, le « tribunal de 237 » l’attend, au cas où…

Un coup de fil à madame Edzoa. Elle apprend « l’information » à l’instant, pourtant, confie-elle, elle est partie du Sed la veille, peu après 18h. Une visite n’est pas prévue pour le prisonnier cet après-midi. En temps normal, s’il s’était passé quelque chose de sérieux, raconte-t-elle, je serai au courant. Ce n’est d’ailleurs pas le genre de son chéri de procéder à des coups de fils comme celui qu’on lui rapporte. Il faut insister pour qu’elle prenne des nouvelles de son époux, malgré tout… Elle tente un appel téléphonique, ça ne passe pas. Elle dépêche quelqu’un au Sed et promet de rappeler…

Quarante minutes plus tard, le missionnaire revient du Sed. Le professeur a dit qu’il n’y a rien de grave. Son téléphone lui a été retiré la veille vers 20h. La mesure concerne d’autres détenus du Sed. Il n’a pas été auditionné sur PV comme indiqué. En tout cas, il n’y a pas de quoi improviser une visite. Tout est calme.

Le compte rendu est aussitôt fait au reporter, qui renonce à son « scoop ». Il nous apprend alors qu’il a interrogé un haut gradé de la gendarmerie qui lui a donné une version des faits qui va dans le sens de ce qu’on apprend de l’entourage familial du professeur. « J’ai failli être manipulé », se réjouit-il.

Visite au SED

La semaine s’achève. Rien. Lundi, la Météo, tel un perroquet, raconte l’affaire dans ses colonnes. Le lendemain, Mutations fait pareil, avec dans son récit, une emphase sur la réaction du Comité de soutien à Michel Thiéry Atangana Abéga, le compagnon de cellule de M. Edzoa. Mardi, 19 juillet 2011, vers 17h45, nous nous rendons au Sed. Notre passage à l’émission dominicale de la Crtv (Scène de presse) le dimanche précédent n’a pas laissé indifférents deux gendarmes, qui nous abordent. C’est dire si nous sommes reconnus et que l’objet de notre présence est présumé.

Le Pr Edzoa ne va pas se faire prier pour nous raconter ce qu’il sait. Mercredi, 13 juillet 2011, 20h20, nous apprend-il, il prenait son repas du soir lorsque le lieutenant-colonel responsable du Service central des Recherches du Sed a fait son entrée dans sa cellule. Il lui a dit que le Général Elokobi souhaitait le recevoir. Il s’est exécuté.

Le Général, en présence de deux officiers supérieurs de la gendarmerie, a voulu savoir s’il était détenteur d’un téléphone portable. Réponse affirmative du détenu. Le général lui aurait alors confié avoir reçu une instruction de sa hiérarchie pour lui retirer le téléphone, au motif qu’il était « susceptible de troubler l’organisation de l’élection présidentielle ». Le prisonnier dit s’être interrogé au sujet de telles allégations et aurait fait observer l’importance de son téléphone pour sa sécurité (compte tenu des antécédents), avant de se résoudre à remettre son appareil aux gendarmes.

Le Pr Edzoa ajoute qu’il lui a été dit que dès le lendemain, tous ses visiteurs seraient priés de confier leurs téléphones aux gendarmes chargés de sa garde avant d’avoir tout contact avec lui. L’échange se serait passé de façon courtoise. Ce n’était pas une audition sur procès-verbal, précise-t-il. Et il a regagné sa cellule. Le lendemain, dans l’après-midi, poursuit-il, il aurait reçu la visite du Général Elokobi. Qui l’aurait félicité pour son attitude la veille, faite de correction, avant de lever, auprès des gendarmes chargés de sa garde, l’instruction de retirer aux visiteurs leurs téléphones portables. « Je suis sans téléphone, mais tout le reste est comme avant », dit-il en conclusion.

Lorsqu’on lui demande si la mesure de retrait ne vient pas à la suite d’un coup de fil passé au Chef de l’Etat, il est amusé : pour quel intérêt je lui aurais passé un coup de fil ?, s’interroge-t-il. Il dit être étonné de voir qu’une dame qui travaille pour Jeune Afrique ait pris la peine de partir de la France pour venir à sa rencontre avant de faire un article sur sa personne, mais que des journalistes qui sont sur place ne prennent même pas la peine de recouper ce qu’ils apprennent, mais rédigent tous les jours des articles le concernant. Le dernier article qui l’amuse du fait des « imprécisions », rappelle-t-il, a été publié ces derniers temps dans les Cahiers de Mutations.

© Par Christophe BOBIOKONO via 237 médias
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