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Sam, Aoû

Politique
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Ceux qui disent combattre le tribalisme ne sont pas ce et ceux qu'on croit. Ils nous préparent le chaos, à travers leur marketing politique abject. Réaction à une récente tribune d'Anicet Ekanè.

La longue tribune du «leader naturel» du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), mercredi dernier chez nos confrères de Mutations, est venue remettre au goût du jour la bataille d'hypocrites que se livrent certaines élites de notre pays sur notre réelle volonté du vivre ensemble. Anicet Ekanè, sous le titre «Le prétexte béti», cogne comme un sourd sur cette démarche stigmatisante et manichéenne consistant à jeter en pâture un groupe sociologique au prétexte que l'un de ses représentants est à la tête du pays. Le prétexte béti, estime-t-il, permet d'occulter les questions fondamentales liées à la nature de classe du pouvoir chez nous.

Pour M. Ekanè, la corruption et le népotisme aidant, le fait qu'une partie toujours plus grande de la richesse nationale est accaparée par des clans ou des ramifications autour de Paul Biya, et qu'un sectarisme ambiant est entretenu par certaines élites tribalistes béti a contribué à installer cet état d'esprit chez bon nombre de Camerounais non béti. Des frustrations et ressentiments d'autres élites, non béti, auraient alimenté le radicalisme anti-béti, béat et désuet dès 1990. «A cette période-là, nos compatriotes étaient déboussolés par la situation politique. Certains malins, prétendument leaders sociopolitiques, ont cherché l'adhésion des masses par l'exacerbation de nos différences ethniques. Toutes les thèses démagogiques et populistes prospéraient.»

Et les années de braise ont, malheureusement, brouillé l'analyse politique au sujet de la nature réelle du pouvoir dans le pays et, «malgré la réalité des faits, ces vieux, faux, et dangereux schémas persistent et sont souvent le prétexte pour susciter la haine ethnique». Et de s'en prendre à ces, nombreux, faux opposants infiltrés dans les sectes tribalistes et réactionnaires, mais également dans les médias et dont la contribution principale au départ de Biya semble être l'exacerbation du chauvinisme tribal et l'amalgame consistant à rendre le peuple béti solidairement comptable des échecs du Renouveau.


La manipulation

Présenter le peuple béti comme foncièrement népotique, arrogant, boulimique, égocentrique et opposé à l'unité nationale est donc «un argument de propagande politique», c'est «faire preuve soit d'ignorance, soit de malhonnêteté politique dangereuse, soit les deux». «Si une certaine opinion tente de faire croire que cette hégémonie du clan béti est plus évidente que celle de la caste peuhle sous Ahidjo, cela relève de la manipulation. Tous ceux qui ont vécu et observé le régime Ahidjo savent bien que la caste peuhle régnait sans partage, prenant souvent un malin plaisir à humilier tous ceux qui osaient contester cette hégémonie, instaurée notamment par les colons français».

Nous voici donc au cœur d'un psychodrame national, d'une grosse escroquerie politique qui fait aujourd'hui plus mal au pays que le sida et la corruption réunis. Où ce ne sont pas ceux qui crient le plus au tribalisme qui le combattent, bien au contraire. Ce fléau ravageur semble en ce moment devenu un sujet de marketing populiste, dans le genre côte-toi de là pour que je m'y mette». Chacun, parmi ceux-là qui «dénoncent», stigmatisent, jettent une partie du peuple en pâture, croit le temps venu pour son «village» de gérer le gâteau national. Et il faut pour cela marcher sur ceux qui prétendument leur bouchent les horizons, en utilisant la mauvaise foi et des armes non conventionnelles. En dressant les Camerounais les uns contre les autres sans avoir l'air d'y toucher. Il s'agit donc de «toutes ces personnalités politiques, sociopolitiques ou religieuses qui derrière des discours mielleux, sont de patentés tribalistes, conscients ou inconscients».

Le grand-Sud, grand privilégié du Renouveau ? Mon œil ! Ceux qui ont fait un petit tour dans le département du Dja et Lobo, dont est originaire le chef de l'Etat, peuvent témoigner du niveau de pauvreté qui y règne au même titre qu'à l'Est, par exemple. Le chantier de l'axe routier Sangmélima-Mengong, dont les travaux de bitumage ont démarré au lendemain du Comice agropastoral d'Ebolowa, est actuellement en friche. Abandonné. C'est le seul «cadeau» que les populations d'ici comptaient enfin recevoir de leur digne fils, au pouvoir à Yaoundé. Autour de la capitale, où se concentrerait l'élite régnante, la qualité des infrastructures sociales de base est des plus catastrophiques. Mais le discours en vogue voudrait qu'on taise ces frustrations.

© Dieudonné Mveng : La Météo

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