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Mar, Oct

Politique
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Pourquoi les Boko Haram ont voulu enlever le Vice-premier ministre.

L’image est gravée dans les annales et hante les salons à Yaoundé . Le 17 mai dernier, le président Paul Biya, au sortir d’une réunion au sommet avec ses pairs d’Afrique voisins du Nigéria, fait une déclaration détonante : « Nous déclarons la guerre à Boko Haram ». Des observateurs des questions de défense se sont tout de même étonnés que le président camerounais ne se soit pas fait accompagner par son ministre de la Défense ni par le chef d’état major des armées pour faire cette déclaration lourde de conséquences. « Au contraire, c’est Amadou Ali qui n’a officiellement rien à faire avec la défense qu’on voyait derrière le président », s’étonne un militaire.

Mais qui est Amadou Ali pour figurer à ce moment de l’histoire auprès du chef de l’Etat comme s’il était le chef de guerre en second ? A 74 ans, le vice-Premier ministre délégué à la présidence de la République chargé des Relations avec les Assemblées est l’un des plus anciens membres du gouvernement depuis l’avènement de Paul Biya au pouvoir en 1982. Mais, il a gagné l’aura qui lui a valu sa désignation, comme le second de Paul Biya à Paris, dans le travail en profondeur qu’il a effectué dans nos forces de défense.

Amadou Ali est sorti de l’Enam en 1971 et a effectué un stage à l’Ecole d’administration de Paris la même année. Il a été chaque fois le major de sa promotion. Affecté 1er adjoint préfectoral de l’Adamaoua dès sa sortie d’école, il va y rester une année avant d’être promu directeur de l’Organisation du territoire au ministère de l’Administration territoriale. Le 12 avril 1983, il est nommé délégué général à la Gendarmerie nationale. Mais, c’est après le putsch manqué d’avril 1984 perpétré pour l’essentiel par des gendarmes que Amadou Ali va se révéler au grand public.

Alors qu’on l’annonçait aux arrêts, Paul Biya lui renouvelle sa confiance et le promeut Secrétaire d’Etat à la Gendarmerie nationale. C’est lui qui, en fournissant ses premiers hommes, contribue à la formation de la Garde présidentielle. En 1990, Amadou Ali procède au recrutement de milliers de gendarmes après que cette opération ait été suspendue pendant des années. Il choisit de faire entrer des sportifs de haut niveau. On le prend pour un fou. Il en profite au prétexte de constituer des équipes sportives féminines, pour recruter des femmes dans les Forces armées camerounaises. C’est une première. L’intégration est parfaite et fera école.

C’est aussi au sein de ces sportifs que le Sed recrute les premières forces anti-terroristes de la Gendarmerie. Le Gpign va s’illustrer dans la lutte contre les coupeurs de route. Amadou Ali passe pour un intermède au secrétariat général de la présidence de la République. Il est Sg Pr en 1996 et le reste un an. Il a le temps de se familiariser avec la police camerounaise, mais sa passion semble être la Gendarmerie d’où il n’a jamais véritablement déménagé, d’ailleurs, il cumule les deux fonctions. En 1997, Amadou Ali est nommé ministre d’Etat, ministre délégué à la présidence chargé de la Défense. C’est sous lui que sont formés le Bataillon léger d’intervention (Bli) en 1999 et le bataillon spécial amphibie (Bsa) en 1999.

 

Il va aussi oeuvrer pour la transformation du Bli en Bir en 2001. Mais le Mindef Amadou Ali a un conflit à gérer, le différend avec le Nigeria sur la presqu’île est abordé avec succès. Militairement, le Cameroun contient le puissant Nigeria. En 2001, Amadou Ali est nommé ministre de la Justice. Il pilote la procédure engagée par le Cameroun contre le Nigéria à la Cour internationale de justice (Cij). En 2002, le Cameroun remporte la victoire en justice. Les accords de Grentree surviennent en 2006 alors qu’il est encore Minjustice. Il va le rester jusqu’en 2011, conduisant la réforme du code de procédure pénale et l’opération d’assainissement de la gestion des fonds publics (opération Epervier).

Originaire de Kolofata, le vice- Pm ainsi que les Camerounais l’appellent affectueusement, est un homme discret. Une opinion le soupçonne toutefois d’être rancunier. On lui prête beaucoup d’actions sulfureuses. Une opinion soutient ainsi qu’il a joué un rôle central dans les négociations qui ont mené à la libération de la famille Moulin Fournier, ces ressortissants français pris en otage à Dabanga il y a un an. Des voix prétendent qu’Amadou Ali aurait usé de son influence de notable Kanouri, ethnie dont sont issus beaucoup de membres de Boko haram, pour parvenir à faire libérer ces otages.

Ces personnes ajoutent que le vice Pm aurait floué ses partenaires lors de ces négociations et que ceux-ci auraient perpétrés les odieux actes de samedi dernier en signe de représailles. Mais des observateurs avisés des questions de sécurité pensent que les terroristes voulaient plus frapper un coup fatal au Cameroun en enlevant et en exploitant cet homme qui a des connaissances encyclopédiques sur les questions de défense au Cameroun.

© Le Jour : Aziz Salatou

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