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Mar, Oct

Politique
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L'interpellation d'un ministre encore en fonction a-t-elle laissé ses collègues sans réaction?

Le feuilleton Bapès Bapès a-t-il eu un effet sur l'état d'esprit des membres du gouvernement? La question peut se poser légitimement du fait du précédent qu'ont constitué l'interpellation et la mise sous mandat de dépôt à la prison centrale de Yaoundé, du ministre des Enseignements secondaires. Le premier épisode de cette affaire à rebondissements était donc déjà une curiosité. C'était la toute première fois qu'un ministre en fonction était jeté en prison.
 
Les autres épisodes de l'affaire renforceront encore son côté inhabituel. Tout juste après une nuit passée en prison, Louis Bapès Bapès va être remis en liberté. Le jour suivant, il se rendra à son lieu de service le plus naturellement possible. Samedi, d'ailleurs, il a présidé à Mbalmayo, la cérémonie d'ouverture des finales nationales des sports scolaires (Fenassco).
 
A Mbalmayo, d'autres membres du gouvernement étaient présents. Et on n'a pas besoin d'être sorcier pour deviner qu'ils ont bien dû se poser au moins une question sur la situation de leur collègue qui fut en prison. Au moins l'un d'entre eux, a rendu visite à Louis Bapès Bapès après sa libération.
 
Et plusieurs questions que les Camerounais se posent autour de cette histoire restent sans réponse. Était-il normal qu'un ministre en fonction soit arrêté? La libération de Bapès Bapès est-elle venue corriger une erreur? Les membres du gouvernement doivent-ils comprendre que désormais ils ne sont pas à l'abri de la prison même s'ils sont en fonction?
 
A la première question, certains choisissent de répondre par l'affirmative, en rappelant le régime des immunités qui, au Cameroun, ne concerne que les parlementaires (députés et sénateurs) et ne met pas un ministre à l'abri d'une interpellation. Mais, dans le même temps, l'on constate bien que la justice camerounaise avait jusque-là attendu que les ministres soient démis de leurs fonctions pour les placer en détention préventive.
 
La libération du ministre Bapès Bapès s'est, elle, faite, comme le prétendent certaines sources, à la suite d'une instruction du Président Paul Biya? Du côté du gouvernement, l'on préfère indiquer que l'exécutif n'a pas eu à interférer dans les affaires judiciaires. Deux ministres, à ce jour, se sont prononcés sur «l'affaire Bapès Bapès». Il y a d'abord eu, au soir même de cette libération, la brève sortie du ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement.
 
«Dans la journée du 31 mars 2014, Monsieur Louis Bapès Bapès, ministre des Enseignements secondaires, a été placé en détention provisoire par le juge d'instruction du Tribunal criminel spécial. Dans le cadre d'une procédure suivie contre lui pour détournement de deniers publics. Le 1er avril 2014, en application du pouvoir que lui confèrent les dispositions de l'article 222 alinéa 1er du code de procédure pénale, ce juge a donné main lancée d'office du mandat de détention provisoire décerné à l'encontre du sus nommé. En effet, d'après cet article «le juge d'instruction peut à tout moment, jusqu'à la clôture de l'information judiciaire, d'office, donner mainlevée de mandat de détention provisoire».
 
En la matière, le juge n'obéit qu'à sa conscience et n'a de comptes à rendre à personne. Il y a lieu de rappeler que d'une part, d'après l'article 1er du code pénal, la loi pénale s'impose à tous. Et que d'autre part, la procédure d'information judiciaire suivie contre lui, suit son cours normalement, a déclaré Issa Tchiroma Bakary.
 
Le ministre de la Communication s'en est tenu à ces propos, en indiquant «que l'affaire se trouve entre les mains de la justice, un pouvoir indépendant, jaloux de son indépendance et de ses prérogatives».
 
Vendredi dernier, le ministre de la Justice, Laurent Esso, n'est pas allé plus loin. Interpellé par un député sur l'affaire Bapès Bapès, il a déclaré que les décisions d'interpellation et de libération du ministre des Enseignements secondaires n'avaient pas été influencées par l'exécutif. Il s'est également réfugié derrière le fait que l'affaire était encore en instruction pour ne pas en dire plus.
 
«Un membre du gouvernement a eu une ordonnance de mise en détention provisoire. Cette ordonnance a été suivie par une ordonnance de mainlevée. Les ordonnances sont des décisions juridictionnelles. Vous comprendrez que je ne puisse commenter cela», a-t-il dit.
 
Ces sorties de membres du gouvernement ne permettent donc pas d'être fixé sur la possibilité ou non d'interpeller un ministre en fonction. Les ministres n'ont rien dit pour défendre l'honneur de leur fonction. Par peur? S'ils n'en ont rien fait savoir publiquement, on se permet de s'interroger une fois encore: l'affaire Bapès Bapès a-t-elle créé un malaise au sein du gouvernement?

© Le Jour : Jules Romuald Nkonlak

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