Politique
Elections Cameroon (Elecam) a décidé de la refonte des listes électorales en lieu et place de la révision des listes électorales. Sous la pression de l’opposition mais surtout de la France qui a instruit au vieux président camerounais de 79 ans, de corriger les défaillances électorales observées lors de la présidentielle chaotique du 9 octobre 2011 qui l’a donné vainqueur avec 77,989 %.
Elecam s’est réuni ce jour en session extraordinaire. Au terme de cette session, l’organe en charge de la gestion des élections a décidé de la refonte électorale contrairement à la révision des listes qu’elle avait entamée depuis le début de l’année. Selon les lois camerounaises, Elecam doit procéder chaque année entre le 1er janvier et le 31 août, à la révision des listes électorales.
Mais, au vu du chaos électoral enregistré lors de la dernière élection présidentiel avec les noms des morts apparaissant sur les listes électorales, les doubles inscriptions, différentes cartes attribuées à des mêmes personnes, les noms de certains électeurs se retrouvant dans des bureaux de vote où ils n’étaient pas inscrits ; l’opposition n’a cessé de demander la refonte totale des listes pour dépouiller les listes des nombreuses anomalies ayant entachées le dernier scrutin présidentiel au Cameroun.
Malgré les menaces de l’opposition, Elecam continuait tranquillement de réviser les listes. Certains responsables ayant avoué que seul, Paul Biya, au pouvoir depuis trois décennies, avait le pouvoir d’ordonner une refonte. Pourtant, la loi permet au « directeur général des élections, à l’occasion de la révision annuelle, après avis conforme du conseil électoral, ordonner par décision une refonte des listes électorales ».
La pression de la France paie
La décision d’une refonte est-elle une victoire de l’opposition ? Impossible de le penser. Le vieux dictateur de Yaoundé n’étant plus sensible qu’aux préoccupations de la France. Une France qui n’a pas été tendre avec lui au lendemain de l’élection présidentielle d’octobre 2011. «Alors que votre pays connaîtra de nouveau des élections en 2012, je ne doute pas que vous saurez, d’ici là, mettre en œuvre les efforts et les moyens nécessaires au bon fonctionnement d’Elecam et, par voie de conséquence, au renforcement de la démocratie au Cameroun» écrivait Nicolas Sarkozy au lendemain de l’élection appuyant ainsi les positions du ministère français des Affaires étrangères qui demandaient que «des mesures soient prises pour que celles-ci (les irrégularités, Ndlr) ne se reproduisent pas lors des scrutins de 2012».
C’est donc ainsi que, le 30 janvier 2012, avant de s’offrir l’une de ses luxueuses vacances européennes qu’il effectue des dizaines de fois chaque année, le sphinx de Yaoundé a reçu en audience, l’ambassadeur de France au Cameroun, Bruno Gain. Au sortir de l’audience, le diplomate français indiquait qu’il pourrait y avoir « des réglages qui pourraient éventuellement être apportés à la législation électorale au Cameroun, en vue d’une meilleure organisation des prochaines consultations électorales » au Cameroun.
Implications
En cédant ainsi aux pressions de la France, Paul Biya démontre bien son souci de ne pas s’attirer les foudres d’une communauté internationale qui se montre de plus en plus impitoyable à l’encontre des présidents éternels comme lui. Mais, il reste qu’au Cameroun, la décision de la révision va impliquer de lourdes conséquences dans la suite du processus. Non seulement, les élections législatives et municipales sont susceptibles d’être repoussées alors qu’elles devraient avoir lieu en juillet comme les précédentes (celle de 2007 notamment).
En outre, il n’est pas certain que les personnes qui s’étaient déjà inscrites décident de retourner recommencer le processus à nouveau. Autre implication, l’Etat devra dégager les moyens de mener cette opération qui nécessitera beaucoup de moyens financiers et humains. Des moyens qui n’ont pas été forcément programmés dans le budget 2012 du Cameroun. A cet effet, l’on apprend que Paul Biya a demandé au gouvernement de trouver l’argent nécessaire à l’opération.
Enfin, rien ne garantit que cette option de refonte des listes va mobiliser les Camerounais qui sont lassés des victoires répétées du parti au pouvoir et alors même que le débat sur la composition des membres d’Elecam (jugés trop favorables au pouvoir en place) n’a pas été évacué.
Il est à noter que le principal parti d’opposition, le Front Social démocrate pose toujours plusieurs exigences parmi lesquelles l’indépendance et à l’impartialité des membres d’Elecam, l’introduction des données biométriques dans l’établissement des listes électorales et des cartes d’électeurs ; l’exclusion totale et sans ambiguïté du ministère de l’administration territoriale du processus électoral, l’utilisation d’un bulletin de vote unique, ’institution d’une élection présidentielle à deux tours, la dotation d’Elecam d’une autonomie financière effective, la mise en place des dispositions précises pour interdire l’engagement des fonctionnaires, des responsables publics et parapublics dans les campagnes électorales.

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