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Mar, Oct

Opération épervier
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«Je tiens à préciser d’entrée de jeu que j’ai été présenté comme quelqu’un qui défiait la justice pour n’avoir pas comparu devant le juge d’instruction et n’avoir pas déféré à vos deux convocations des 29 juin et 02 juillet 2012 ». Lundi dernier, face à la collégialité, au tribunal de grande instance (Tgi) du Mfoundi, le prévenu dans l’affaire de l’avion présidentiel, Yves Michel Fotso, n’a pas pu aller au-delà de ces mots dans sa déclaration liminaire. 

Interrompu par le président de la cour, Gilbert Schlick, l’ancien directeur général de la Camair avait pourtant hâte de faire des révélations, du moins si l’on s’en tient à sa déclaration liminaire à laquelle Mutations a pu accéder. « Contrairement à ce qui a été considéré comme refus de déférer à vos convocations susvisées, c’était plutôt l’exigence de ma part d’être accompagné par mes avocats, car je pensais que cela découlait de la loi comme dans les cas de comparution devant le juge d’instruction. Ce n’est malheureusement qu’après consultation de mes avocats que j’ai compris qu’il s’agissait de me faire notifier le procès verbal du dernier interrogatoire et que la réglementation n’exigeait aucunement la présence de mes conseils. Je voudrais ici vous réitérer mes excuses (après celles présentées par mes conseils pour cette méprise. Je voudrais également dire haut et fort que mon attitude n’est nullement une défiance et encore moins un mépris à l’égard de la justice de mon pays», explique d’emblée Yves Michel Fotso. 

Vient ensuite un long réquisitoire contre le juge Pascal Magnaguemabé. « Si à partir du 19 août 2011 je n’ai pas voulu répondre aux convocations de Monsieur le juge d’instruction, Pascal Magnaguemabé, c’est parce que, au bout d’un certain nombre d’interrogatoires, j’ai senti de la part de ce magistrat, un manque de loyauté qui l’amenait à vouloir instruire systématiquement à charge et jamais à décharge comme la loi le recommande. Raison pour laquelle, j’ai fini par estimer inutile de continuer à vouloir m’expliquer sur cette affaire qui pour ce magistrat était une cause entendue ». 

L’opérateur économique énumère ensuite une série de faits qui le confortent sa posture : le 09 décembre 2010, il dit avoir introduit auprès de ce juge une requête aux fins de dessaisissement pour cause de litispendance internationale. «Ce n’est que le 1er février 2011 qu’il a vidé sa saisine pour rejeter ma requête». Soit près de deux mois après, alors que la loi portant organisation judiciaire prescrit un délai de cinq (05) jours maximum. « Le 05 septembre 2011, j’ai sollicité vainement ma mise en liberté pour cause d’incompétence du même juge d’instruction. Le 12 octobre 2011, je déposais une seconde requête aux fins de mise en liberté d’office pour cause d’extinction de l’action publique prévue à l’article 62, paragraphe E, du Code de procédure pénale et de l’autorité de la chose jugée (…). Le 20 octobre 2011, soit huit (08) jours après le dépôt de la seconde requête, le ministère public avait déjà pris ses réquisitions. Malgré les relances de mes conseils et pour des raisons inconnues de ma part, ce juge d’instruction n’a vidé sa saisine que le 05 avril 2012, soit sept (07) mois plus tard, en violation flagrante des dispositions de l’article 25 alinéa 3 (b) de la loi n°2006/015 du 29 décembre 2006 portant organisation judiciaire ». 

Yves Michel Fotso s’offusque également de « l’attitude incompréhensible » de Pascal Magnaguemabé qui lui a signifié le 29 mai 2012 l’ordonnance de rejet rendue le 04 avril 2012, soit près de deux (02) mois après son prononcé. Il dénonce aussi « l’instrumentalisation » des gendarmes de son escorte par Magnaguemabé et la discourtoisie avec laquelle ce dernier a traité ses avocats. « M. Pascal Magnaguemabé a même refusé de me remettre des pièces de mon dossier, renvoyant ainsi mes conseils à des méthodes de travail surannées, les obligeant à se contenter de simples notes manuscrites qu’ils ont pu prendre ». 
Last but not least, M. Fotso fait savoir qu’en l’espace de deux semaines (08 juin-26 juin 2012), le juge Magnaguemabé a pris une ordonnance de disjonction et a clôturé l’information judiciaire par une ordonnance de renvoi « dans laquelle le même juge d’instruction a cru devoir préciser que mon inculpation et mon incarcération opérées il y a bientôt deux (02) ans n’avaient en fait rien à voir avec l’affaire Albatros ». 

Pour finir, Yves Michel Fotso rappelle qu’il est homme d’affaires qui a « surement commis des erreurs dans [sa] vie professionnelle », mais dans l’affaire pour laquelle il est mis en cause, il indique qu’il est « chrétien, catholique et croyant » et qu’il croit « au fait que seul le Bon Dieu décide de notre destin, les hommes n’étant que les instruments de ses décisions ». Et de conclure : « C’est pourquoi, je prie le Seigneur pour qu’il vous apporte [à la collégialité, ndlr] toute la clairvoyance nécessaire pour découvrir la vérité et enfin me rendre justice dans cette affaire ».

Georges Alain Boyomo | Mutations

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