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Dim, Jui

Opération épervier
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La pluie battante a maintenant faibli. Un policier, en tenue civile, arborant un gilet pare-balles, intime l’ordre, une fois de plus, de « libérer » la véranda de l’immeuble abritant la direction de la police Judiciaire. Quelques personnes tentent d’expliquer qu’elles cherchent juste un abri. Rien à faire. Il faut s’exécuter, sinon « personne ne répondra de ce qui va vous arriver », prévient le policier, un sacré colosse. Même les véhicules garés doivent déguerpir. C’est plus sérieux à présent. Tout le monde recule donc. La foule se disperse. Sauf un groupe de quatre. Les proches de l’ex-ministre des Finances, Polycarpe Abah Abah, gardé ici depuis trois jours. Il s’agit de son fils, médecin, de son épouse, Caroline, et de ses deux sœurs dont l’une, avocate, tient sa robe en main. 


Ekounou 

Le dispositif sécuritaire se précise. Il est 16h 44, ce 14 mai 2012. On aperçoit Polycarpe Abah Abah qui sort d’une salle au rez-de-chaussée du bâtiment. Bien encadré, il va dans le bureau du directeur de la Pj à l’étage. Puis redescend. C’est le départ. Avant de franchir la porte de sortie, il donne une chaleureuse poignée de main à un officier de police. Et le voila dehors, arborant un costume sombre, avec, en dessous, une chemise blanche assortie d’une cravate à carreaux rouges. Il affiche fière allure et esquisse un sourire vers on ne sait qui. Mais cette bonhomie apparente cache mal la pâleur de son visage. Abah Abah a quelque peu maigri. Il s’engouffre dans le car de la police immatriculée SN 4290. L’ex-ministre y a été précédé par les quatre geôliers avec qui il est gardé depuis le vendredi 11 mai 2012. Ceux-là par contre ont mauvaise mine. L’escorte est toujours aussi resserrée. De jeunes policiers, tous en tenue civile, arborant un gilet pare-balles pour certains, et un fusil pour d’autres. La voiture démarre et descend la côte vers le pont de la gare. A ses trousses, les autres membres de la famille Abah Abah, tous quatre dans une rutilante Infini FX 35, conduite par le fils. 

Polycarpe Abah Abah et ses quatre geôliers ont donc été déférés au parquet d’Ekounou hier, en début de soirée. Jusqu’à cet instant, aucun bon de garde à vue n’avait été signé pour justifier la détention de l’ex-Minfi depuis trois jours à la direction de la police Judiciaire. « Mon client a été emmené ici par la Dgre (direction générale de la recherche extérieure). Aucun motif n’a été donné. Tout juste, nous a-t-on dit, le procureur de la République a demandé l’ouverture d’une enquête pour tentative d’évasion », explique Me Jean-Calvin Bilong, l’avocat de Polycarpe Abah Abah. Autant de raisons pour lesquelles l’ex-ministre a systématiquement refusé de se faire entendre, précise son avocat. 


Auditions 

Au contraire des gardiens de prison qui ont été auditionnés. Ils étaient en compagnie de l’ex-Minfi à son domicile d’Odza, vendredi dernier, lorsque des hommes, armés et cagoulés, ont fait irruption et les ont tous embarqués de force. Polycarpe Abah Abah, détenu à la prison centrale de Kondengui depuis 2008 pour détournement de fonds publics, avait obtenu la permission d’aller se faire consulter dans un cabinet dentaire. Il n’était pas prévu une escale chez lui. 

Hier soir, le procureur de la République près le tribunal de première Instance d’Ekounou, n’a pas pu entendre Polycarpe Abah Abah, faute d’électricité. L’ex-Minfi et les geôliers sont rentrés passer la nuit à la Pj. Lui, il sera entendu ce matin.

Le Jour

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