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Lun, Oct

Opération épervier

Le dossier de l'ancien Dg de l'ex-Snec serait parmi ceux qui ont récemment été transmis au Tribunal criminel spécial. En se fiant aux prédictions de ceux qui connaissent bien cette affaire de détournements de fonds publics, tout porte à croire que si Clément Obouh Fegue ne se décide pas à rembourser au trésor public ces importantes sommes d'argent détournées avec la complicité d'un de ses neveux, aujourd'hui décédé, il finira assurément ces derniers jours à la prison centrale de Kondengui.

Fait à peine croyable. Après avoir été aux commandes de la Snec pendant des décennies, Clément Obouh Fegue est aujourd'hui au centre d'un gros scandale de détournement de fonds publics qui risque, dans les tout prochains jours, de le faire passer devant le Tribunal criminel spécial. Jamais, depuis le déclenchement de cette affaire, l'ancien Dg de l'ex-Snec n'a paru si près de comparaître devant la justice, après avoir été vu à maintes reprises à la direction de la Police judiciaire à Elig-Essono à Yaoundé. Une perspective qui sème la panique dans le proche entourage familial du patriarche d'Akok-Bekoe. 

L'émotion n'est pas feinte chez certains quand ceux-ci apprennent surtout que le chef de l'Etat, informé, aurait donné des instructions pour que les enquêtes se poursuivent jusqu'au bout, afin que l'ancien Dg rembourse les fonds détournés ou aille en prison comme tous les vulgaires détourneurs de fonds publics. Pour ne rien arranger, les dessous de cette affaire ont tôt fait de dévoiler à ces proches le rôle essentiellement néfaste du patriarche Etenga dans la déchéance, puis la mort de son neveu, Joseph Bandolo, ancien Dg adjoint de la Bicec. A Akok-Bekoe, le village de Clément Obouh Fegue, c'est le silence-radio. Mais un silence révélateur du malaise, à en juger par le climat de suspicion qui a commencé à régner entre lui et certains de ses neveux qui l'accusent en privé d'égoïsme. En fait, de quoi s'agit-il? 

Comme nous l'indiquions dans notre édition N°195 du lundi 12 novembre 2012, depuis l'époque d'Edouard Akame Mfoumou, Clément Obouh Fegue est l'acteur principal d'un feuilleton qui frise par moment au ministère des Finances, une comédie à rebondissements. Surtout face à l'entêtement de l'ancien Dg de la. Snec à faire feu de tout bois pour se faire payer une somme de près de 195 millions de FCFA. Cet argent, selon nos sources, représente le reliquat des fonds évalués à plus d'un milliard qu'il avait entrepris de payer à 3 sociétés françaises et suisses. 

Ces sociétés, en réalité, seraient des sociétés-écrans qui lui permettaient d'opérer astucieusement ses détournements à travers des transferts de fonds que faisait, à partir de la Bicec son neveu Joseph Bandolo à l'époque Dg. adjoint de la Bicec. Ce sont les responsables français de la Bicec qui découvrent en 2000 le pot aux roses à partir de Paris. Ils le font savoir aussitôt dans un long rapport qu'ils font parvenir à Edouard Akame Mfoumou, ministre de l'Economie et des Finances. Ce rapport accable Clément Obouh Fegue, Joseph Bandolo et même son épouse Sophie Bandolo. Les Français indiquent nettement qu'ils ont découvert que le Dg de la Snec, après avoir créé 3 sociétés-écrans en France et en Suisse, utilise son neveu Joseph Bandolo, à l'époque Dg adjoint de la Bicec, pour opérer des transferts d'argent frauduleux. C'est lui qui était chargé de transférer frauduleusement de l'argent à ces 3 sociétés-écrans. Dans leur rapport, les Français concluent que c'est cette découverte qui va, par la suite, motiver la décision du licenciement de Joseph Bandolo de la Bicec. Ce d'autant plus que ce dernier avait associé son épouse Sophie dans ces opérations frauduleuses de transfert d'argent. Une fois licencié de 12 Bicec, les destins d'Obouh Fegue et de Joseph Bandolo jusque-là étroitement liés, vont se séparer. 

Pendant que le premier va imperturbablement continuer à régner à la Snec, le second sombre dans l'oisiveté et le dénuement total. Pratiquement traumatisé par l'indifférence de cet oncle qui est, en réalité, à l'origine de ses déboires professionnels, Joseph Bandolo meurt misérablement, après avoir vainement tenté de trouver un ultime réconfort spirituel dans certaines églises pentecôtistes. C'est la consternation dans la grande famille Etenga où l'ancien Dg de la Snec n'en est pas moins reconnu comme le grand vizir. Son nom est si intimement associé à cette grande famille Béti qu'il a toujours été considéré par les Etenga comme leur porte-parole, au point d'en devenir au fil des années le symbole facilement identifiable de la puissance et de la solidarité de cette grande famille qui occupe tout un arrondissement (Bikok) dans le département de la Mefou et Akono. A ses proches, Joseph Bandolo avoue avant de rendre l'âme sa connivence avec son oncle. Mais personne pour subodorer que ce dernier est à l'origine de ses malheurs à la Bicec... 

Une fois informé, Edouard Akame Mfoumou constitue Me Mbiam, avocat au barreau du Cameroun, pour suivre cette affaire et défendre les intérêts de l'Etat camerounais. Ceci se passe en 2001. Quand Michel Meva'a M'Eboutou remplace Edouard Akame Mfoumou, il trouve ce dossier sur sa table. L'affaire commencée comme une simple historiette avec le rapport des Français tourne d'ailleurs trop vite au vinaigre quand Clément Obouh Fegue, à la fois vorace et gourmand au point d'être insatiable, assigne l'Etat camerounais en référé pour se faire payer le reste des sous qu'il n'avait pas réussi à faire transférer à ses 3 sociétés-écrans françaises et suisses par son neveu Joseph Bandolo. Face à l'intransigeance de l'Etat, le patriarche d'Akok-Bekoe étale une capacité à garder son-sang-froid qui impressionne par la suite Polycarpe Abah Abah, une fois nommé ministre de l'Economie et des Finances. Avec l'appui discret de Jean-Marie Atangana Mebara, Clément Obouh Fegue, entre temps devenu grâce à feu Isidore Onana le président de l'Association des notables du Centre, après la mort de Basile Emah, réussit le tour de force de se faire payer d'autres centaines de millions FCFA. Pourquoi à lui et non aux sociétés françaises et suisses concernées? Parce qu'une fois parti de la tête de la Snec, il a l'imagination facile de créer cette fois-ci une autre société dénommée «Electronique camerounaise de distributions» (Elcadis) dont il devient le Pdg. C'est cette société qui représente dès lors les 3 sociétés françaises et suisses qui réclament de l'argent à l'Etat camerounais. 

Déterminé et ne reculant devant aucun scrupule, Clément Obouh Fegue manifeste aussitôt la même frénésie quand Essimi Menye est nommé au ministère des Finances. Cette fois, ce n'est pas lui-même qui monte au front pour mener l'assaut, mais un certain Jacques Enyegue Nkodo. C'est lui qui parle au nom d'Elcadis, la société dont Obouh Fegue est le Pdg. Le nouveau Minfi sent le roussi et saisit les autorités judiciaires au mois de septembre 2011. Plus troublant: désargenté, l'ancien Dg de la Snec à l'air sincère dans ses ultimes élans de séduction. Essimi Menye demeure de marbre, et ne fait aucune concession jusqu’à ce qu'il soit remplacé au ministère des Finances par Alamine Ousmane Mey, le 9 décembre 2011. En janvier 2012. Ce dernier ne se fait pas prier pour saisir la Direction de la police judiciaire. Et, quoi qu'il en dise aujourd'hui, quoi qu'il a pu expliquer à ses enquêteurs, ou tente d'expliquer de ses vrais intentions en se présentant étrangement comme le représentant des 3 sociétés françaises et suisses, une chose apparaît évidente: Clément Obouh Fegue dévoile une identité de détrousseur de fonds publics.

© Boris Armelle Mbock :  La Nouvelle

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