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Mer, Aoû

Opération épervier
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Apparu dans le jargon camerounais ces dernières années à la faveur de la campagne d’assainissement dans l’administration publique engagée par le président de la République, et dont le nom générique usité est « l’Opération épervier », le vocable « éperviable » s’est confortablement incrusté dans les mœurs au point de devenir, l’un des plus utilisés actuellement au Cameroun. Etre « éperviable » signifiant qu’on se trouve à la lisière de la prison, à l’exemple de la vingtaine d’anciens membres du gouvernement et d’ex-directeurs généraux des sociétés d’Etat, embastillés pour atteinte à la fortune publique comme le précisent des chefs d’accusation. 

 Du coup, tout le monde est soupçonné d’être « éperviable », bien que cela puisse paraître comme une façon assez caustique pour décrire l’état de déliquescence morale dans lequel, se trouvent les Camerounais. Toujours est-il que pour en découdre rapidement avec un adversaire ou supposé comme tel quelque soit le secteur d’activité, on a tôt fait de l’assimiler à un « éperviable » surtout si la cible détient une parcelle de pouvoir susceptible d’établir un lien avec les marchés publics, et autres prestations de services dans lesquels, semblent exceller de plus en plus les compatriotes de Paul Biya. Ce ne sera pas la fabrication des preuves, mêmes virtuelles qui sera la chose la plus difficile en ce moment.

 Le bon grain et l’ivraie

 Si de manière générale, on est d’accord que la morale a foutu le camp dans bien des cas au regard du comportement abject des Camerounais, où le vice a supplanté la vertu, et que le sens de l’honneur a démesurément perdu du terrain, ce serait injuste cependant de considérer tous les Camerounais comme des voleurs ou des « éperviables » pour reprendre la formule consacrée. Non, tous les Camerounais ne le sont pas et ne le seront certainement pas. Que ce soit au gouvernement ou dans les autres couloirs de l’administration publique et privée, il y a de bons et honnêtes citoyens. Des compatriotes responsables qui oeuvrent au quotidien avec zèle, dévouement et responsabilité, pour le développement de leur pays.

 Tous les Camerounais n’ayant donc pas confondu le bien public au bien privé, cela va de soi que tout le monde ne saurait être « éperviable ». Mais comment s’y prendre pour faire un distinguo entre le vrai de l’ivraie lorsque la confusion est savamment entretenue par des réseaux centrifuges ? Question complexe s’il en est, tout au moins, au regard de l’amalgame fait autour de cette campagne qui prend parfois l’aspect d’une représentation théâtrale. On a finalement le sentiment que c’est la société, mieux, que les commanditaires ou ceux qui s’apparentent comme tel, entretiennent délibérément ce cirque, profitant du contexte de paupérisation très avancé et de la légitimation de la rumeur, où les gens cherchent la situation la plus immédiate pour noyer leurs soucis dans d’interminables commentaires.

 L’opium du peuple

 Les plus naïfs, donnant alors l’impression d’avoir pris la revanche sur la providence, en se délectant sans cesse des histoires de ces Camerounais d’en haut qui tombent du coup de leur piédestal pour partager les soucis de la populace. Dans ce contexte, les présumés commanditaires tapis dans l’ombre, pourront calmement boire leur petit lait, heureux d’avoir réussit leur coup : celui d’avoir égaré les Camerounais sur le factuel alors que les problèmes réels –  santé, éducation, travail, sécurité, alimentation…-, continuent pourtant de se poser avec acuité.

 Comme on le voit, « l’Opération épervier », à défaut d’être l’opium du peuple y ressemble étrangement, ce qui peut autoriser quelques interrogations. Quel est le véritable objectif de « l’Opération épervier » ? Cinq ans après son déclenchement, qu’attend-on pour faire une première évaluation ? Les Camerounais sauront ainsi ce que l’Etat a déjà tiré comme bénéfice en termes de retombées financières et matérielles.

 Parce que tout le monde n’est pas « éperviable », il revient à ceux qui pilotent cette opération, et qui, a priori ne seraient pas « éperviables », d’en faire un bilan. Encore que les Camerounais ont le droit de connaître la vérité. Cette clarification aurait du reste l’avantage de démontrer que « l’Opération épervier » n’est pas à tête chercheuse ; qu’elle n’est pas du tout un règlement de compte dans l’intention d’éliminer quelques rivaux politiques ; et infine, qu’elle permet d’améliorer le quotidien des Camerounais  en ce sens que le patrimoine public indûment acquis sera récupéré pour être reversé au Trésor public.

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