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Mar, Oct

Opération épervier
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Pourquoi le célèbre prisonnier du Sed a «suspendu» son activité épistolaire. 

Cela fait exactement 37 jours ce mardi que l’ancien ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (Minatd), Marafa Hamidou Yaya, n’a plus adressé de lettre ouverte au président de la République ou au peuple camerounais. En effet, c’est le 3 juin dernier, que l’ex Minatd a signé sa dernière épître, dans laquelle il invitait le chef de l’Etat, Paul Biya, à sacrifier au devoir de justice. Et puis plus rien. Du coup, le silence de l’ancien secrétaire général de la présidence de la République (Sg/Pr), au même degré que ses lettres ouvertes, déclenche mille et un commentaires, même dans les cercles les plus insoupçonnés. Des hypothèses s’affrontent. 

Première hypothèse entendue et relayée par certains journaux: l’encre de la plume de Marafa Hamidou Yaya a tari parce qu’on a confiné ce dernier à l’isolement au Secrétariat d’Etat à la Défense (Sed). Après avoir procédé à des recoupements auprès des proches de l’ancien Sg/Pr, cette thèse semble irrecevable. «Entre sa sortie du gouvernement le 9 décembre 2011 et son arrestation le 16 avril 2012, le ministre d’Etat a mûrement préparé sa stratégie de communication», souffle un membre de l’entourage du Prince de Garoua, qui ajoute: «Au cours d’une perquisition à la prison de Kondengui, ses geôliers lui ont tout retiré, même son stylo. Mais Marafa a continué à écrire. Il a été transféré au Sed dans la nuit du 25 au 26 mai 2012, en dépit de cela, il a adressé une lettre ouverte au chef de l’Etat le 4 juin 2012, à chacun d’apprécier». 

Deuxième hypothèse: Marafa a décidé de se réserver dans la perspective du procès qui s’ouvre lundi prochain, le 16 juillet 2012. D’aucuns croient fermement à cette hypothèse dans le sérail. Après les sorties de Jacques Fame Ndongo, de Cavaye Yéguié Djibril et de… Paul Biya, Marafa Hamidou Yaya et son collège d’avocats auraient pris la résolution de bien se pourvoir pour la bataille judiciaire. Dans sa 3e lettre, l’ancien Minatd affirmait d’ailleurs qu’il n’a pas peur d’un procès juste et transparent. Cela dit, selon des indiscrétions fiables, sur la base de ce qu’il se considère comme un prisonnier politique et que son sort est déjà scellé, quelle que soit sa stratégie de défense, Marafa pourrait continuer à actionner sur le levier du «silence» ou du «refus de collaborer», comme il l’a fait face au juge Pascal Magnaguemabé, qu’il a récusé. Le magistrat instructeur cité a finalement bouclé son instruction sans avoir entendu le détenu-écrivain. Les prochains jours nous diront si cette option a été retenue par le célèbre bagnard. 

Négociations 

Troisième et dernière hypothèse, la plus crédible sans doute: Marafa Hamidou Yaya se tait en vertu des «négociations» qui ont été ouvertes avec le pouvoir, lequel fait feu de tout bois pour éviter la publication de la cinquième lettre de l’ex Minatd, subodorée plus incendiaire. En dépit de certains démentis officiels, des proches de Marafa se veulent catégoriques: «Des démarches ont bel et bien été entreprises dans ce sens, pas à l’initiative de Marafa. Ces démarches n’ont pas été menées de manière coordonnées. Marafa a posé ses conditions», lâche parcimonieusement une source digne de foi. A l’un de ses visiteurs, de confession musulmane, qui lui demandait d’arrêter son activité épistolaire, Marafa Hamidou Yaya aurait rétorqué, en fulfudé [langue véhiculaire dans le septentrion]: «Alhadji, vous voyez bien que je n’ai ni plume, ni papier dans ma cellule, alors comment écrirais-je?». 

Questions tout de même: les démarches entreprises auprès de Marafa, y compris par un certain officier supérieur de l’armée camerounaise, ont-elles été fructueuses ou infructueuses? «Elles ont été infructueuses, car Marafa a exigé un non-lieu et le pouvoir refuse (pour le moment?), d’y accéder», tranche un membre de la «cellule de veille» de Marafa. Un autre soutient que «rien n’est encore définitif. Les deux camps s’épient. Marafa a simplement suspendu la publication de ses lettres en sachant que dans cette affaire il n’a rien à perdre…». 

Par ailleurs, d’après des informations puisées auprès de sources généralement bien informées, afin de prévenir les effets jugés dévastateurs de «l’ouragan Marafa», le pouvoir aurait envoyé un émissaire sur la place parisienne, question de «négocier», cette fois-là, avec un éditeur bien connu d’un magazine bien en cour dans des Palais africains. Lequel détiendrait des documents compromettants pour le régime de Yaoundé. «L’envoyé spécial» d’Etoudi, avoue notre source, a reçu des assurances, en fait un «embargo» sur les informations redoutées. Mais la durée du compromis, révèle notre informateur, sera fonction de l’évolution du procès de Marafa à Yaoundé. D’ailleurs, croit savoir cette source, «les documents en question sont entre plusieurs mains, donc rien n’est à exclure». Info ou intox? En tout état de cause, toutes ces informations, aussi poignantes qu’elles puissent être, restent cependant difficiles à étayer davantage. Mais une constante demeure: le «temps mort» observé par Marafa est éloquent.

Georges Alain Boyomo | Mutations

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