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Mar, Aoû

Opération épervier
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Le ministre de l'Habitat et du Développement urbain, Jean-Claude Mbwentchou a récemment séjourné à Douala. Objet de sa mission : «toucher du doigt», comme on le dit dans le jargon administratif, les différents chantiers de la voirie urbaine. Surtout «voir sur place des personnes qui interviennent» dans le fameux et ambitieux projet dit Sawa Beach, qui fit grand bruit sur les berges du Wouri pendant les années 2000 pour finir au fond des placards des ministères à Yaoundé, on ne sait trop comment. Depuis, Sawa Beach n'est plus qu'un fantôme dans l'imaginaire de ceux qui l'ont pense et qui y ont cru. 

Et pourtant, en escale de campagne électorale à Douala en vue de la présidentielle... d'octobre 2004, le fameux projet figurait en bonne place parmi les fleurons des futures « grandes ambitions » du président candidat d'une élection qu'il remportera. Le colonel à la retraite, Edouard-Nathanaél Etondè Ekoto, délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala à l'époque, présentait Sawa Beach à son illustre hôte en ces termes «C'est le projet «Paul Biya» par excellence à Douala. Celui que vous laisseriez à la postérité, puisqu'il est appelé à se dérouler sur 10 à 20 ans sur une superficie de 1000 hectares qui vont nous relier enfin à la mer. Ce projet n'a pas de prix. Il n'a pas de coût. Il règlera en même temps l'essentiel des problèmes d'emplois, l'essentiel des problèmes de logements et de bureaux, de jardins, parcs de loisirs et autres espaces de pacification sociale». 

Le chef de l'Etat qui remporte cette élection de 2004 comme il vient de réaliser le remake en octobre 2011 en était si touché, si émerveillé qu'il dit ceci : «C'est une grande opération ! Elle sera réalisée, j'y veillerai...». Hélas, le départ d'Edouard Etondè Ekoto de la Cud en 2006, sonna aussi le glas du Sawa Beach qu'oublia également son prestigieux parrain: Paul Biya. Ce qui n'étonne d'ailleurs pas ceux qui connaissent le Cameroun. Ce pays où les projets structurants les plus ambitieux finissent souvent dans les oubliettes, dès lors que ceux qui en sont les initiateurs ou les porteurs sont déplacés. Le cas Sawa Beach est d'autant plus grave que son porteur est tombé en disgrâce. 

Tout était pourtant fait 

Que l'on cherche aujourd'hui à le dépoussiérer, faut-il le croire vraiment? Dans sa campagne électorale de 2011, ce projet a été oublié dans le bilan des grandes ambitions comme il n'a pas figuré dans les projets dits des grandes réalisations à venir. On peut toutefois entretenir l'espoir puisque les études de Sawa Beach étaient bouclées depuis 2003. L'équipe des aménageurs-architectes, conduite par le Français Hérouardavait assuré M. Edouard Etondè Ekoto, commanditaire du projet qu'elle rechercherait un promoteur sur la place internationale pouvant financer le fameux «projet Paul Biya». Pan-Isox, un holding canadien basé à Granby, province du Québec, qui a des états de service parlants dans certains pays africains se fit preneur. Le 5 août 2004, une convention d'un montant de 500 milliards de francs CFA est signée à Montréal pour réaliser le Sawa Beach, sous le contrôle de trois départements ministériels dont le Minuh, le Mindic, le Minville de l'époque, la Maétur et le Pad. 

Et depuis, le partenaire canadien attend le feu vert de la partie camerounaise qui n'avait d'ailleurs pas à débourser un centime. A Yaoundé, on a plutôt fait le mort. Comme pour étouffer le projet, on a créé un comité interministériel coiffé par les services du Premier ministre pour le piloter. Alors, chacun entend faire valoir ses prérogatives jusqu'à ce que le 24 août 2011 un «avis d'appel à manifestation d'intérêt est lancé» pour une étude de... faisabilité concernant Sawa Beach. Une autre étude ? Le Cameroun, c'est vraiment le Cameroun. Sans doute qu'à Yaoundé, des gens n'avaient pas mangé sur ce projet ou alors voudraient avoir leur part ou bouffer à d'autres râteliers. Mais rien, rien alors ne permet, ni n'autorise ce nouvel appel à manifestation d'intérêt après 10 années d'attentisme et de ronronnement plutôt farfelus. 

Pour qui connaît le Cameroun, il n'y a pas meilleure façon de tuer un projet. Soit on le confie à un comité interministériel, soit on le soumet à l'examen d'une commission d'enquête. Et pourtant le Sawa Beach était en bonne voie. Les études de faisabilité achevées, les financements disponibles. Le projet était si alléchant que même une jeune Camerounaise, apparemment bien introduite dans les milieux de la finance internationale, avec un intéressant carnet d'adresses, entendait faire surgir cette ville nouvelle de terre, grâce au Bult operate and tranfer (Bot). Rameline Kamga, puisqu'il s'agit d'elle, n'y vit que du feu;

Le messager

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