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Dim, Juil

Opération épervier
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Drôle d'affaire que celle de l'ex-ministre d'Etat Marafa Hamidou Yaya. Alors même que son procès s'est ouvert le 16 juillet 2012, l'opinion publique est toujours à l'affût d'une nouvelle lettre qui dévoilerait, une fois de plus, les lèpres du régime en place. 

En attendant, chacun y va de son explication sur ce silence «suspect». La plus répandue, alimentée par quelques médias, est que la fermeture de ce précieux robinet est la conséquence d'un arrangement conclu à l'issue des négociations indirectes entre Marafa Hamidou et le chef de l'Etat, Paul Biya. Les noms des médiateurs ont môme été avancés: ceux de l'homme

d'affaires El Hadj Mohamadou Abbo Ousmanou et le sultan des Bamoun, Mbombo Njoya. 

L'histoire est pourtant toute autre. «Une note a été adressée au Chef de l'Etat courant mai 2012 par un de ses proches, membre de son premier cercle familial, lui suggérant de mettre un terme aux lettres de Marafa. L'idée était de dépêcher auprès du prisonnier une ou plusieurs personnalités à même de le raisonner», explique une source introduite à la Présidence et au fait de cet épisode. En échange de quoi ? «D'un procès équitable, juste et impartial», argue notre source. Le profil des émissaires avait meme été esquissé dans la note: ils devaient être d'un âge suffisamment avancé, avoir la confiance du Chef de l'Etat et le respect de l'ex-Minatd. Deux hommes se sont alors rapidement détaches du lot pour l'exécution de la si délicate mission: El hadj Abbo et Mbombo Njoya. Membres du bureau politique du Rdpc et fidèles de longue date du chef de l'Etat, l'homme d'affaires et le sultan des Bamoun disposent en effet d'une solide autorité morale pour jouer discrètement les entremetteurs. Même si, depuis, l'on sait grâce à une interview accordée au quotidien Le Jour du 4 juillet 2012, que Mbombo Njoya aurait décliné la proposition. 


TORPILLAGE 

Pourquoi mandat n'a-t-il plus été donné à ces deux personnalités par le chef de l'Etat ? «Il existe une petite clique d'extrémistes dans l'entourage présidentiel. Pendant qu'une réflexion positive était amorcée autour de cette idée, elle a fort opportunément organisé la fuite dans les médias», explique notre source. La mission Mbombo Njoya - El hadj Abbo a donc été tuée dans l'œuf avant même que les intéressés n'en soient informés. Normal que le duo se soit alors, par la suite, répandu en démentis dans la presse... 

Pour l'entourage direct de Marafa Hamidou Yaya, ce commencement de discussion était, de toute évidence, voué à l'échec. «Dans une négociation, il y a toujours quelque chose à céder et Marafa n'a rien à céder. L'idée même de négocier suppose qu'il a quelque chose, à tronquer. Marafa veut prouver son innocence devant la justice et non autour d'une table de discussion», indique ce président de section Rdpc de la région du Nord. Dans ces conditions, qu'est-ce qui justifie alors la fermeture du robinet à lettres ? «Le ministre d'Etat a son calendrier auquel il se conforme scrupuleusement», lâche ce proche de l'ex-Minatd. 

Cette initiative, mijotée à la Présidence, n'est pas la seule à n'avoir pas prospéré. Une seconde, jusqu'ici méconnue du grand public, s'est déroulée dans les couloirs de l'Assemblée Nationale au cours de la session de juin 2012. Son metteur en scène: l'honorable Hamadou Adji, député Undp du Diamaré-centre, et apparenté (?) à Marafa. Entre le 04 et le 08 Juin 2012, muni d'un document préparé à l'attention du chef de l'Etat, il s'est mis en quête de collecter des signatures auprès de ses collègues. Il s'agissait, pour les élus invités à parapher le document, de proposer au président de la République la mise sur pied d'une commission vérité et réconciliation devant laquelle devaient défiler les coupables et autres présumés coupables de l'Opération épervier. Le document proposait également le remboursement des sommes détournées et le bannissement de la vie politique nationale pour une période à déterminer, de tous ceux qui auraient été reconnus coupables d'atteinte à la fortune publique. Ainsi, se refermerait une page de cette «campagne» qui, selon le document élaboré par Hamadou Adji, sape les fondements de la paix, et de la stabilité nationale. 

Manque de pot: les députés approchés ont critiqué aussi bien le fond que la forme de l'initiative et refusé de cautionner la démarche. Téméraire, le député Undp du Diamaré-centre s'est rapproché du Président de l'Assemblée Nationale, Cavayé Yeguié Djibril, pour faire prospérer son idée. Que s'est-il passé par la suite ? Mystère. L'on sait seulement que le chef de l'Etat a reçu un document, le 12 juin 2012, dans lequel il était écrit que Marafa Hamidou Yaya était disposé à rembourser les sommes présumées détournées en échange d'une remise en liberté! Cerise sur le gâteau: le document portait la signature de certains députés dont les accointances passées ou présentes avec l'ex-Minatd sont connues de tous. 

Est-ce l'initiative du député Hamadou Adji qui a ainsi connu une curieuse mutation dans le fond? Ses collègues, eux, démentent fermement avoir signé le moindre papier. Lui-même reconnaît avoir rencontré le président de l'Assemblée nationale, mais dément avoir finalisé son initiative. «Marafa a eu connaissance de cet épisode regrettable. Il n'a mandaté personne pour parler en son nom, alors personne. Vous VOUS rendez compte d'une telle ineptie? Vous clamez votre innocence, vous publiez des lettres et vous osez faire un tel aveu de culpabilité ! C'est pour que Famé Ndongo passe au 20h30 de la Crtv? Croyez-moi, aucun député connu, proche de lui, n'a signé cette correspondance simplement parce que personne ne peut prendre des engagements en ses lieux et places. Maintenant, je dois reconnaître que certains hommes politiques jouent de leur proximité supposée ou réelle avec l'ex-Minatd pour fructifier leur position en usant des stratagèmes, c'est leur droit», avoue un des proches de l'ex-Minatd, visiteur assidu de sa cellule au secrétariat d'Etat à la Défense (SED). Vérification faite, le chef de l'Etat n'a pas donné suite à cette correspondance à laquelle, dès le 12 juin 2012 pourtant, il avait prêté une attention particulière. 

Quid des négociations directes avec les officiels? Rien à signaler non plus de ce côté. Depuis son interpellation le 16 avril 2012, l'ex-ministre d'Etat n'a été en contact direct qu'avec un seul officiel de haut rang: Jean Baptiste Bokam. Les circonstances pour lesquelles le patron de la gendarmerie s'est retrouvé dans la cellule de l'ex-ministre d'Etat au SED, fin juin 2012, sur instruction du chef de l'Etat, sont connues: il conduisait une délégation mixte de sécurocrates du régime venue s'enquérir des conditions de détention dans les cellules du SED. Quelques jours plus tôt en effet, le 20 juin 2012 précisément, les avocats de Marafa Hamidou Yaya avaient saisi, par voie d'huissier, le ministre de la Justice garde des Sceaux sur les «conditions inhumaines» de sa détention. Le chef de l'Etat a reçu, lui, ampliation de ladite correspondance deux jours plus tard en même temps que de nombreuses chancelleries basées à Yaoundé. 

L'ex-ministre d'Etat, selon le compte rendu d'un membre de la délégation, a même plaisanté avec ses visiteurs quand ceux-ci ont visité des cellules inoccupées attenantes à la sienne. «Est-ce à dire que d'autres personnes viendront me rejoindre bientôt?». a-t-il lancé. Bien évidemment, personne n'a dit mot. Qui sait?

GUIBAÏ GATAMA | L'Oeil du Sahel

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