Sidebar

21
Mar, Mai

Opération épervier
Typography
  • Smaller Small Medium Big Bigger
  • Default Helvetica Segoe Georgia Times

Mis en cause dans les lettres de l’ex-ministre de l’administration territoriale, le ministre de la communication a chargé son ancien collègue du gouvernement hier 07 juin 2012 au cours d’un point de presse, l’accusant «de vouloir déstabiliser le pays». 

«Je voudrais dire à tous ceux là qui sont tapis dans l’ombre, et en particulier Monsieur le ministre Marafa que dans notre pays, la paix n’est pas une option, elle n’est pas circonstancielle. La paix est une culture, c’est un invariant quelles que soient les circonstances. C’est parce que les camerounais ont intégré cela que le discours de ce monsieur n’aura aucun impact». Ce monsieur, c’est bel et bien Marafa Hamidou Yaya, l’auteur des quatre lettres qui donnent l’impression d’ébranler le sérail depuis qu’elles ont commencé à être publiées. Issa Tchiroma Bakary n’a pas mis les gants pour fustiger une «activité épistolaire relayée par une presse pistolet». «C’est un homme qui, dans son intelligence, veut se servir de cet outil pour détourner l’attention», a poursuivi le ministre de la communication. «Que tous ceux là qui veulent déstabiliser, sachent que c’est le petit peuple qu’ils trouveront devant; que c’est tous ces opérateurs économiques qu’ils trouveront devant. C’est donc pour cette raison que je dis que nous ne sommes pas surpris par ce que le ministre Marafa cherche à utiliser la presse comme un pistolet qu’on poserait sur la tempe afin de prendre la nation en otage» finit-il d’asséner. La diatribe prend les allures d’un règlement de comptes avec des menaces à peine voilées contre l’ancien haut-commis de l’Etat. «Quand il publie des lettres ouvertes, il s’adresse aux camerounais, au peuple en lui demandant de se rendre justice. Il nous ramène donc vers l’état de nature. Mais il oublie une chose, le Cameroun est un Etat de droit», conclue t-il. La position officielle du gouvernement, c’est donc celle-là. On est là dans une affaire judiciaire qui trouvera son dénouement devant les tribunaux de la République. 


Diversion 

Le même discours, empruntant parfois les mêmes mots, a été produit le 05 juin 2012 par le président de l’Assemblée nationale au cours du discours d’ouverture de la deuxième session ordinaire de cette chambre du parlement. Cavaye Yeguié Djibril a notamment fustigé une «grossière prise en otage de l’opinion nationale et internationale», dénonçant la récupération politique d’une affaire de droit commun. Avant lui, c’est Jacques Fame Ndongo, secrétaire à la communication du parti Rdpc, proche du pouvoir – et non moins ministre de la république – qui, dans un éditorial paru dans l’hebdomadaire L’Action, dénonçait une manœuvre de diversion, un plaidoyer pro-domo et le manichéisme de son camarade de parti. Issa Tchiroma, qui n’appartient pas au Rdpc et dont le parti ne dispose d’aucune alliance officielle avec le premier cité, sera donc resté dans la même lancée. Mais si la posture du porte-parole du gouvernement peut se comprendre, elle cache mal cependant le combat de titans que se livrent, dans le cadre de cette même affaire, les deux natifs de Garoua. Leur inimitié a déjà été révélée par Marafa dans sa première lettre. Dans la quatrième, publiée lundi 04 juin 2012, l’ex-Minatd rend responsable l’actuel Mincom d’un scandale de détournement et de corruption dans le cadre d’une affaire de crash d’avion de la compagnie nationale Camair en 1995. Attendu sur ce front, Issa Tchiroma s’est contenté d’un petit subterfuge. « Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire» a-t-il notamment déclaré; tout en s’affirmant serein: «Es-ce que vous avez vu en moi un homme qui a peur? Je n’ai pas peur, j’ai évacué le doute et la peur». Une légère crainte toutefois persiste. «Il faudrait que ce monsieur sache une chose: il est en train de secouer la boite de pandore de là où il est pour que les camerounais se révoltent», a-t-il aussi glissé. Sous-entendu: les «vérités» que révèlent Marafa pourraient faire mal.

Serge-Lionel Nnanga | La Nouvelle Expression

Overall Rating (0)

0 out of 5 stars
  • Aucun commentaire trouvé
Ajouter un commentaire