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Sam, Aoû

Opération épervier
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Le 8 décembre 2004, le chef de l'Etat, à l'issue de l'élection présidentielle de l'année éponyme, procédait au remaniement de l'équipe gouvernementale jusque-là conduite par Peter Mafany Musongue, neuf ans durant. Ce jour-là, Paul Biya, qui avait habitué l'opinion publique à des équipes gouvernementales austères, crée la surprise en nommant 65 ministres. Cette «flop team» sera réaménagée tour à tour le 17 septembre 2006, le 7 septembre 2007 et le 30 juin 2009. Jeu de chaises musicales, éviction de certains membres, rappel d'anciens, entrée de nouveaux, bref, le président de la République maintient le nombre de personnalités de son gouvernement à 65. 

Dans les allées du pouvoir, les collaborateurs du président de la République voient d'un mauvais œil l'embonpoint de son gouvernement. Dans la rue, la moquerie cède la place à l'euphorie, tant la fragmentation de certains cabinets crée ces chevauchements dans l'élaboration de ce qu'on appelle alors les «Grandes ambitions». Toutes ces critiques acerbes remontent aux oreilles de Paul Biya qui, dans la foulée, accorde une audience à Marafa Hamidou Yaya, alors ministre de l'Administration territoriale et de la décentralisation. Ce dernier est venu porter à la connaissance du chef de l'Etat, le comportement insolent, arrogant et condescendant des nouveaux ministres. Dans sa lettre ouverte au chef de l'Etat publiée dans la presse le 2 mai 2012, Marafa Hamidou Yaya, indique qu'au cours de l'entretien qu'il eut avec le président, celui-ci lui demanda ce qu'il pense de son équipe gouvernementale. 

«Les gens pensent qu'avec un effectif d'environ 65 ministres et assimilés, le gouvernement est pléthorique et manquerait d'efficacité», lui répond-il. Une situation que Marafa Hamidou Yaya lui-même n'appréciait guère. «Vous êtes combien de ministres dans ce gouvernement? lui demande alors le président de la République. 10 ou 15 tout au plus. Le reste, ce sont des fonctionnaires à qui j'ai donné le titre de ministre.» Sauf que, rétorque Marafa Hamidou Yaya, ces fonctionnaires se prennent pour des ministres. Mais cette précision du chef de l'Etat laisse songeur. En effet, jusqu'à ce que Marafa Hamidou Yaya ne rende public cet échange avec le président de la République, il était difficile, voire fastidieux, de comprendre les motivations réelles qui ont conduit à la formation d'une équipe gouvernementale aussi pléthorique. Aussi, lorsque Paul Biya parle de 15 véritables ministres dans son gouvernement, l'on peut penser que les autres qui sont en réalité «des fonctionnaires à qui il a donné le titre», bouchent des trous de mécontentement qui pourraient survenir dans certains coins réputés pour leur inféodation à la dictature du bourrage des urnes. Question de permettre à Paul Biya de ramasser des voix à la pelle, et de couronner le tout par un score stalinien. 



Le 9 décembre 2011 

L'architecture gouvernementale, conçue et élaborée en décembre 2004, n'a pas changé. Le cabinet Yang II fut la reproduction exacte d'Inoni I, Il et III. Aussi pour savoir qui sont les vrais ministres de ces différents cabinets qui sont chacun le continuum de l'un et de l'autre, l'on peut convoquer la physionomie universelle des équipes gouvernementales dans le monde et les grandes démocraties. Dans les 15 vrais ministres ou ministères du chef de l'Etat, auxquels peuvent s'ajouter cinq ou six autres ministères, on retrouvera d'abord les ministères de souveraineté. L'Economie; La Défense; les Finances; l'Administration territoriale; la Justice; le Commerce; l'Agriculture; les Transports; l'Energie et l'eau; la Fonction publique; la santé; les Postes et télécommunications; l'Enseignement supérieur; l'Education de base; les Enseignements secondaires; l'Urbanisme et développement urbain; les Travaux publics; le Travail et la sécurité sociale; les Relations extérieures; la Recherche scientifique et technique; les Petites et moyennes entreprises; de l'Economie sociale et de l'Artisanat; et la Communication. Les détenteurs de ces maroquins peuvent s'estimer à juste titre comme étant les vrais ministres de Paul Biya. L'exclusion du Premier ministre qui en réalité est le chef du gouvernement, apparaît compréhensible, même si, pour certains, ce n'est qu'en réalité le premier des ministres. Le secrétariat général de la présidence de la République, le cabinet civil, les ministres chargés de mission et les conseillers spéciaux, tous ouvriers du président, ne peuvent pas faire partie de cette équipe. Du coup, l'on peut, à partir du prisme de lecture qu'offre le président de la République dans la lettre ouverte de Marafa Hamidou Yaya, aisément comprendre les explications et les justifications de la présence de certaines personnalités dans son équipe de grandes réalisations. Celle-ci est ainsi constituée aux deux tiers de fonctionnaires à qui il a donné le titre, ou encore de vaillants représentants du bétail électoral, issus de toutes les sphères sociopolitiques et géographiques. 

Les ministres délégués que sont Jules Doret Ndongo au Minatd, Ananga Messina au Minader, Nana Aboubakar Djalloh à l'environnement, Yaouba Abdoulaye à l'Economie, Jean-Pierre Fogui à la Justice,Dion Ngute et Adoum Gargoum aux Relations extérieures, Titi Pierre aux Finances, Mefiro Oumarouaux Transports, sont en réalité, malgré les fortunes colossales qu'ils amassassent au quotidien, des fonctionnaires qui se prévalent du titre de ministre. Pour le président, ils sont là pour donner l'impression de la stabilité et de la représentativité de toutes les aires géographiques. Même s'il faut accompagner leur admission dans ce club désormais ouvert de quelque présomption de compétences. 

En dehors de Jean-Baptiste Bokam qui fait partie de la grande muette et de Benoît Ndong Soumhet dont la franche collaboration avec sa hiérarchie augure d'une année scolaire satisfaisante, les autres secrétaires d'Etat que sont Koumpa Issa aux anciens combattants, Fuh Calistus Gentry aux Mines, Alim Hayatou à la Santé, Hans Nyetam Nyetam aux Travaux publics, Rose Dibong au Mindaf, Mme Koulsoumi à l'Habitat, Pembaka à la Justice, Mounouna Foutsou aux enseignements secondaires, sont la confirmation en béton de la parole présidentielle. Une situation qui pose le problème de la sélection des collaborateurs du président de la République lorsqu'on veut atteindre des sommets. Aussi se rend-on compte que Emmanuel Bonde, ministres des mines, Abena Ondoa, ministre de la femme, Catherine Bakang Mbock ministre des affaires sociales, Philip Ngole Ngwese, ministre de la Faune, Bidoung Mpwkatt, ministre de la Jeunesse,Adoum Garoua, ministre des Sports, Hele Pierre ministre de l'Environnement, Zacharie Perevet ministre de l'Emploi et de la formation professionnelle, Koung à Bissike, ministre du Cadastre, Ama Tutu Muna, ministre des Arts et de la Culture, Abba Sadou, ministre des marchés publics, Dr Taiga, ministre de l'élevage, Bello Bouba, ministre du Tourisme, Henri Eyebe Ayissi, ministre du contrôle supérieur de l'Etat, viennent grossir les rangs d'une équipe bedonnante et inutile, dont il est facile de localiser l'épicentre inertielle.

Yves Marc Kamdoum | La Météo

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