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Mar, Nov

Opération épervier

L’ex ADG de la Camair affirme avoir déboursé des centaines de millions pour assurer la poursuite du voyage du chef de l’Etat en Asie en 2003. 754 millions Fcfa des droits sociaux également impayés par la Camair.

Un rebondissement digne d’un conte de fée. C’est plutôt la liquidation de la Camair et l’Etat du Cameroun à travers le cabinet civil de la présidence de la République qui doivent de l’argent à Yves Michel Fotso. L’ancien administrateur directeur général de la défunte compagnie nationale aérienne a pourtant doublement été condamné à perpétuité aux mois d’avril et mai 2016, par le tribunal criminel spécial (TCS) du fait de sa gestion à la Camair. C’est une «attaque» de l’honorable  Martin Oyono au travers d’une tribune publiée dans les colonnes du quotidien «Emergence» du lundi 08 août 2016 qui a poussé le milliardaire à sortir du mutisme auquel il s’était reclus depuis trois mois.

Affublé d’une gestion de la Camair émaillée de «conflits d’intérêts et de délits d’initiés», similaire à celle de Camair-Co sous l’ère Jean Paul Nana Sandjo, Yves Michel Fotso a répondu au député Rdpc de l’Océan le lundi 22 août 2016 tout en étant «convaincu que c'est simplement parce que vous avez été mal informé, que vous avez porté ces jugements négatifs sur ma gestion passée de la Cameroon Airlines ; jugements, qui cependant, ne peuvent pas résister à une analyse documentée, contextuelle et circonstanciée du mandat qui a été le mien à la tête de la Cameroon Airlines».

Un droit de réponse  également parvenu à la rédaction de votre journal. Si d’emblée, M. Fotso se fait le devoir de démontrer comment «sa gestion en aucune façon n'a porté préjudice ni à la compagnie nationale, ni à l'État camerounais », il prend remarquablement soin de documenter ses différentes allégations par des preuves factuelles. L’homme n’a jamais effectivement bénéficié de ses droits sociaux bien que les dispositions légales réservent la priorité au règlement des droits du personnel par rapport à tout autre créancier d’une société en liquidation.

Et ce n’est pas faute d’avoir entrepris des démarches en réclamation auprès de l’administrateur provisoire d’alors, Paul Ngamo Hamani, en 2006, puis du liquidateur de la Camair. Dans un courrier datant du 14 juillet 2014, intitulé en objet «Mon solde de tout compte », il adresse à Emile Christian Bekolo, «une nouvelle mouture de calcul de mes droits intégrant l’indemnité de retard de versement mise à jour sur la même base de calcul que celle utilisée pour mes prédécesseurs». Soit un montant cumulé de 754 398 182 (sept cent cinquante quatre millions trois cent quatre vingt dix huit mille cent quatre vingt deux) Fcfa.

FINANCEMENT DU VOYAGE PRÉSIDENTIEL

Bien qu’affirmant qu’il s’agit des centaines de millions de Fcfa, l’on regrette que l’ex ADG de la Camair ne soit cependant pas aussi précis sur le montant exact de la créance dont la présidence de la République, par le truchement du cabinet civil, lui est redevable. En revanche, il ne fait aucune économie des détails des circonstances aux cours desquelles il a volé au secours du cabinet civil en faisant recours à ses cartes de crédit personnelles pour assurer la poursuite du voyage du chef de l’Etat.

Les faits remontent au mois d’octobre 2003, quelques semaines avant le limogeage d’Yves Michel Fotso à la tête de la Camair. Le président de la République engage un voyage officiel en Asie. Le voyage présidentiel s’effectue alors à bord d’un aéronef de la Camair, le Boeing 767-300 «le Dja». C’est ce qui justifie la présence du patron de la compagnie aérienne nationale parmi les membres de sa délégation. Lors de ce périple, celui-ci aura à intervenir à un très haut niveau de responsabilité, dépassant le simple cadre de ses fonctions.

Sa première intervention  survient à Hong Kong, où la délégation fait escale avant de rallier Pékin, en Chine, où Paul Biya est attendu en visite officielle. Yves Michel Fotso relate que «nous avions déjà fait le plein de carburant et réceptionné les repas, la société Handling nous informe ne pas pouvoir accepter les paiements en espèces et en conséquence, nous immobilise au sol alors que le chef de l’Etat est à moins d’une demi heure de l’aéroport. Le directeur du cabinet civil, M. Edgard Alain Mebe Ngo’o qui faisait partie du voyage et qui avait la charge de régler toutes ces dépenses, contacté au téléphone, nous indique n’avoir aucune autre possibilité que de payer en espèces…J’ai payé les 148.000 dollars US de dépenses souveraines de l’Etat».

Le chef de l’Etat se rendra par la suite à Tokyo, au Japon. Yves Michel Fotso y procède encore, deux fois de suite, au règlement des charges liées au voyage du chef de l’Etat. D’abord à Osaka, pour régler les frais de carburant. Et par la suite à Tokyo où, relate-t-il, «Le directeur du cabinet civil a pris le soin de confier une mallette d’argent au colonel Amougou afin que celui-ci s’occupe du paiement des différentes prestations (carburant, repas, assistance au sol, etc.), mais coup de théâtre, l’aéroport de Tokyo refuse de prendre les espèces.

Le colonel Amougou, sur instruction du DCC, me demande de faire comme à Hong Kong et Osaka. En bon patriote, une fois de plus, je m’exécute…»

Treize ans plus tard, les sommes ainsi déboursées par Yves Michel Fotso pour l’intérêt supérieur de l’Etat ne lui sont toujours pas restituées. Et peut-être ne seront-elles jamais, tant la logique de réduire l’ex ADG de la Camair à néant semble l’emporter sur l’Etat de droit.

 © L’Oeil Du Sahel : DOUWORÉ OUSMANE

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