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Mar, Mai

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Ces filles  sont originaires des départements du Bui et de Donga Mantung. Au motif des conditions de vie difficile et  qui se  détériore au fil des ans,  elles ont choisi le Moyen-Orient afin de prêter main forte à leurs familles. Les personnes à l’origine de ce trafic des jeunes filles vers le Koweith surtout, disent envoyer ces camerounaises pour travailler comme domestiques. Mais une fois sur place, elles vivent un véritable enfer. Maltraitées, battues, violées, elles subissent toutes formes de violences.

Patricia nom d’emprunt donné à cette fille n’a ni chaussures ni vêtements propres lorsqu’elle pose les pieds sur le tarmac de  l’aéroport de Douala le 10  avril dernier. Ses cheveux sont ébouriffés, son visage méconnaissable. La jeune femme de 26 ans revient du Koweit. Sa place de domestique dans une grande maison n’avait rien de l’eldorado promis explique-t-elle : «Nous travaillons et d’autres mangent notre argent. Une sorte de prostitution où on est enfermé dans la chambre, nue, on nous nourrit et notre travail c’est le sexe, et  on nous prive de liberté ».

A la recherche d’une vie meilleure, Patricia s’était laissé convaincre par la promesse d’un salaire qu’elle n’a jamais touché. Avant de quitter le Cameroun la jeune fille savait qu’elle allait travailler comme domestique : «on m’a dit que j’allais travailler comme bonne,  et comme enseignante avec un salaire de 800 mille Fcfa», raconte-t-elle.

Une fois au Koweith, Patricia se retrouve coincée dans un piège à souris. «On a retiré mon passeport à mon arrivée pour remettre à quelqu’un que je ne connais pas. Je faisais la lessive, je cuisinais, on passait des jours sans manger,  je prenais soins de six enfants, je me levais à 5 h du matin pour me coucher à 1h de l’autre matin. Personne pour en parler parce que j’étais enfermée dans la maison.»

Comme elle, des milliers de jeunes filles y ont migré pour travailler comme domestiques, rêvant d’une vie meilleure. Pour ces camerounaises qui ont réussi à rentrer au pays, certaines ont accepté raconter ses rudes conditions de travail, à la télévision nationale. D’après ces témoignages, ces jeunes femmes qui viennent de plusieurs pays africains se voient paradées devant des potentiels employeurs, qui les recrutent comme des servantes, les vendent puis les revendent. Ces migrantes africaines, dont le titre de séjour au Koweit est lié à leur employeur, ne peuvent fuir les conditions déplorables de leur lieu de travail qui implique souvent une absence de paiement, des violences physiques et psychologiques, le surmenage, l’impossibilité de communiquer avec l’extérieur.

«On était nombreuse à  dormir dans une petite maison, on versait de l’eau sur nous pour réveiller. On appelait cet endroit Koweït Shelter, et là nous étions nombreuses, en provenance du Cameroun, Ghana, Sierra Leone»,  ajoute Patricia. Si le Koweit est la destination prisée par la majorité de ces jeunes camerounaises, d’autres n’hésitent pas à tenter leur chance en Arabie Saoudite, au Liban ou encore en Jordanie. Dans cette recherche du bonheur, les familles font d’énorme sacrifice pour leur progéniture. La Maman de Patricia vend au marché central de Bamenda, «c’est grâce à ce petit commerce,  mes contributions journaliers,  et des prêts, plus d’un million Fcfa que J’ai pu envoyer ma fille en espérant un lendemain meilleur», nous dit la Dame.

Les témoignages de ces victimes ont contraint les promoteurs de ces entreprises chargées de trouver du travail aux jeunes filles à l’extérieur du pays, à fuir ou à fermer leurs portes.   

Deux suspects aux arrêts

Pour les 70 jeunes filles destinées au trafic humain à destination du Moyen-Orient retrouvées, deux suspects sont aux arrêts à Kumbo. Des peines de prison lourdes pèsent sur ces deux suspects. La commission de la justice et de la paix du diocèse de Kumbo a réussi à ramener 70 jeunes filles. Selon Isidore Lukong, la commission justice et paix du diocèse de Kumbo essaie maintenant de les réhabiliter. Les jeunes filles ont été repêchées alors qu’elles étaient conduites vers trois destinations du Moyen-Orient: le Koweït, le Liban et Dubaï. La plupart de ces jeunes filles reçoivent des soins médicaux dans certains centres de santé dans le Bui et le Donga Mantung.

Certaines ont reçu une aide financière tandis que d’autres, psychologiquement traumatisées, sont conseillées et spirituellement encadrées. À l'heure actuelle, les 2 hommes présumés commanditaires de ce trafic sont incarcérés et seront jugés au tribunal de première instance de Kumbo dans le Département de Bui. D’après Isidore Lukong, la loi suit son cours et les trafiquants seront nécessairement punis.

La sanction à eux infligée servira d'exemple aux autres qui se prêteront à ce trafic humain. Au regard de la nature clandestine du trafic, personne ne peut estimer avec précision le nombre de victimes. Les chiffres les plus souvent avancés par les experts locaux parlent 40 filles qui quittent le Cameroun  chaque jour  pour le Moyen-Orient. De nos jours une poignée seulement est rentrée au pays pour fuir leurs mauvaises conditions de travail. Alors qu’en allant au Koweït, elles étaient pleines d’espoir, leur périple s’est finalement transformé en cauchemar.

 © La Nouvelle Expression : Fréderic Takang

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