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Dim, Jui

Lettres de Marafa

L’ex-Minatd, aujourd’hui incarcéré, devrait dans les prochains jours, publier les "vrais" chiffres du pétrole camerounais et «clouer le bec» à Fame Ndongo. 

L'ancien ministre de l'Administration territoriale et de la Décentralisation (Minatd), Marafa Hamidou Yaya, semble décidé à poursuivre son travail de sape contre ses détracteurs du régime. Après 4 lettres fortement épicées et médiatisées qui continuent d'ébranler le sérail, et malgré les fortes restrictions de ses conditions carcérales au secrétariat d'Etat à la Défense (Sed) en charge de la gendarmerie à Yaoundé, l'homme considère que le pire est à venir. 

De sources introduites, du fond de sa cellule infeste, l'ex-proche du président Biya s'apprête, sauf changement de timing, à axer ses prochains «missiles» sur la gestion des revenus du pétrole camerounais depuis au moins 1982. Mais aussi à donner la réplique au ministre de l'Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo, auteur d'une longue tirade contre lui la semaine dernière, sur le scandale autour de l'arrimage de la Crtv au satellite, survenu du temps où il était le patron de la Communication. 

Sur le premier sujet, apprend-on, M. Marafa, comme on a pu le constater depuis le début de son déballage public, a minutieusement archivé ses notes, a pris le temps de compulser des faits, dates, chiffres et noms. Secrétaire général de la présidence de la République (8 décembre 1997-27 avril 2001) puis ministre d'Etat, secrétaire général à la présidence de la République (27 avril 2001-24 août 2002), était à ce titre le président du conseil d'administration de la Société nationale des hydrocarbures (Snh). 

Pendant ces longues années, le désormais très encombrant prisonnier de «l’ Albatros» a eu à gérer des dossiers ultra secrets en rapport avec la gestion des revenus du pétrole camerounais, un sujet hautement sensible et qui nourrit moult passions aussi bien dans le pays qu'a l'international. La SNH, vache à lait, a eu en effet à financer diverses opérations, y compris le dossier d'acquisition d'un avion pour les déplacements du président de la République. Apparemment déterminé à tout mettre sur la place publique, l'ex-Minatd pourrait mettre la République à nu rien qu'avec ce dossier. Jusqu'où pourrait-il s'arrêter dans sa croisade contre ce qu'il considère comme un «lynchage»? Le suspense est à couper au couteau. 

Jacques Fame Ndongo, qui s'est invité dans ce dossier en demandant à son «camarade» du parti de réserver sa plaidoirie au tribunal au lieu de la publier dans des «tracts», est l'autre cible immédiate de Marafa Hamidou Yaya. Dans la réponse du berger à la bergère qu'évoque son entourage, l'ancien Sg/Pr apprêterait un «scud» en rapport avec l'arrimage foireux de la Cameroon Radio and Television (Crtv) au satellite, non sans mettre, apprend-on, Fame Ndongo à nu. L'alors ministre de la Communication avait confié l'implémentation du projet à la société Newtech, dirigée par Eugène Akame, sur la base d'un marché de gré à gré. A la veille du sommet Afrique-France de janvier 2001 à Yaoundé, l'affaire s'avérait de la plus haute urgence. Elle a coûté entre 3,5 et 8 milliards de francs au contribuable. 

Après le fiasco de l'arrimage de la Crtv, M. Fame Ndongo reçut une demande d'explications du ministre délégué à la présidence de la République en charge du Contrôle supérieur de l'Etat, Siegfried Etame Massoma. Et, plutôt que de répondre à l'émetteur de la correspondance, le Mincom s'adressa directement et par écrit au chef de l'Etat, pour lui exprimer toute sa fidélité, sans pour autant donner quelque réponse à ce qui lui était reproché. L'homme fort de la Mvila fut ensuite auditionné au Sed avant que l'affaire ne tombe curieusement dans les tiroirs de l'oubli. Au-moment des faits, Marafa Hamidou Yaya officiait au secrétariat général de la présidence de la République. Et nul doute qu'il a, sur ce sujet, conservé beaucoup d'anecdotes sous le coude... Pourvu que ses prochaines lettres ouvertes soient dispatchees dans l'essentiel des médias locaux, et non plus dans quelques organes «alliés» comme cela s'est jusqu'ici vu. 


Amnésie sélective. 

Début mai 2012, Marafa Hamidou Yaya, alors fraîchement derrière les barreaux à la prison centrale de Yaoundé-Kondengui, défraie la chronique à travers une première lettre ouverte à Paul Biya. Avec cette forte explication qui n'a pas manqué de frapper les esprits: «Je ne cache ni mes opinions ni mes agissements. Vous comprenez donc qu'ayant recouvré ma liberté de parole, car n'étant plus tenu par une quelconque obligation de solidarité ou de réserve, je puisse exposer, échanger et partager avec tous nos compatriotes mes idées et mes réflexions que je vous réservais en toute exclusivité ou que je ne développais qu'au cours des réunions à huis clos. Ces idées et ces réflexions portent particulièrement sur la paix et la justice.» Bien dit! Par la suite, l'ancien ministre d'Etat évoquera son intimité avec le chef de l'Etat à qui il a, au moins deux fois, dit son désir de quitter le gouvernement. Depuis lors, chacune de ses sorties est guettée avec inquiétude ou délectation, selon le camp où on se trouve. Marafa est devenu une star nationale, plus populaire au cachot qu'au gouvernement. 

La première observation qu'on peut faire sur son attitude d'aujourd'hui, c'est ce narcissisme et ce besoin de se présenter en pion incontournable du pouvoir Biya. Sinon, on ne comprendrait pas pourquoi il a tant tenu à se faire retenir aux affaires par le premier Camerounais, ses doléances sur l'envie de partir pouvant être assimilées à du chantage. Dès lors, d'aucuns seraient fondés à penser que c'est parce que Paul Biya ne lui a pas accordé la place centrale qu'il désirait auprès de lui que, par aigreur, il en est aujourd'hui à essayer de traîner d’anciens collègues lui ayant fait l’ombre dans la boue. 

Mal à l'aise dans ce milieu, ainsi qu'il l'expose dans ses lettres au vitriol, Marafa Hamidou Yaya aurait davantage marqué les esprits en démissionnant avec fracas au lieu d'attendre d'être viré du gouvernement. La deuxième analyse, et qui découle de la première, c'est la «liberté de parole» qu'il évoque, maintenant qu'il n'est plus tenu par le devoir de réserve. Marafa, faut-il le rappeler, a été sorti des affaires le 9 décembre 2011. Il a été interpellé le 16 avril 2012. Pendant quelque 4 mois, et alors qu'il n'était plus tenu par quelque contrainte que ce soit, il s'est gentiment installé sur le banc de touche, attendant sans doute que le Prince se rende compte qu'il était "incontournable" dans le système et le rappelle. 

L'homme qui fait la une des médias depuis le 16 avril aurait, surtout, fait preuve de pragmatisme s'il s'était mis à table pendant sa période de mise à l'écart, lui qui manifestement ne partageait plus la gestion du pays par le régime Biya, lequel régime l'a fabriqué, lequel régime l'a sorti de l'anonymat. Au lieu de quoi, c'est une fois en délicatesse avec la justice qu'il a retrouvé l'usage de la parole. Du coup, ses tirades perdent quelque peu de leur pertinence. Elles peuvent même, en prolongeant l'analyse, paraître comme des élucubrations d'un homme hanté par le désespoir. 

L'observateur averti s'interroge toutefois sur les origines de la grave crise qui oppose désormais MM. Marafa à Biya, deux personnalités que le public a crues longtemps liées par une grande complicité autour des affaires de l'Etat. Au premier qui s'estime «lynché» aujourd'hui, le second, à travers des faits tels que la déportation de l'ancien Sg/Pr au Sed un camp militaire dont on lui prête l'initiative, est aujourd'hui vu comme un homme sans cœur. Sans doute aussi, l'un et l'autre savent-ils les raisons profondes de la déchirure.

René Atangana | La Météo

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