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Sam, Aoû

Lettres de Marafa

Transféré nuitamment dans une cellule du secrétariat d’Etat à la Défense le 25 mai dernier, Marafa Hamidou Yaya a écrit… de la prison centrale de Kondengui hier au président de la République. La troisième à cet auguste destinataire depuis qu’il est incarcéré, pour de présumés détournements de fonds publics dans l’affaire de l’achat de l’avion présidentiel. 

L’ancien Minadt parle beaucoup de justice dans sa lettre, justice pour lui et justice pour les 71 morts du crash du Boeing 737-200 de la Camair le 03 décembre 1995: «Avant tout, je réitère solennellement mon innocence pour les faits qui semblent m'être reprochés et j'espère bien avoir l'opportunité de le prouver devant les tribunaux compétents. Si je vous [Paul Biya, ndlr] saisis aujourd'hui, c'est pour solliciter à nouveau que justice soit rendue dans une autre affaire d'avions (déjà!) où j'avais injustement été incriminé il y a plus d'une dizaine d'années. Décidément, l'histoire a l'art de bégayer ou plutôt de se répéter. Rendez-moi enfin justice et indemnisez les victimes. Car seule une application saine de la justice permettra à notre pays de bâtir une société de confiance». 

L’ancien Sgpr relate que «du fait de la défaillance et de la grossière négligence dans l'exécution de ces contrats, le Boeing 737-200 immatriculé TJ-CBE et baptisé Le Nyong, s'est écrasé à Douala le 03 décembre 1995, coûtant la vie à soixante et onze (71) personnes. De même, en 1997, le Boeing 747-200 Combi, Le Mont Cameroun, a perdu un réacteur en plein vol, aux environs de Paris, en France». 

L’ancien ministre rappelle plus loin qu’ «en 1999, alors que j'étais secrétaire général de la présidence de la République, le ministre d'Etat délégué à la Présidence, chargé de la Défense, Monsieur Amadou Ali vous a fait parvenir une note résultant d'un entretien qu'il a eu avec son ami Mila Assouté d'où il ressort que la négligence de SAA [South African-Airways], (qui était chargée d’assurer la maintenance des Boeing 737 et 747) était due au fait que cette entreprise corrompait des autorités du gouvernement camerounais et de la Camair». 

Marafa Hamidou Yaya, qui indique qu’Amadou Ali, qui l’a souvent «jalousé pour des raisons qui lui sont propres et avec qui j'ai entretenu des relations heurtées pendant notre cohabitation au gouvernement», ainsi que les autres intervenants camerounais dans ce dossier, l'ont présenté comme le principal bénéficiaire des fruits de cette corruption. Or, dit-il, il n’a pas été associé à cette scabreuse affaire au même titre que son épouse également citée, plus dans ce scandale. Qui plus est, il a proposé au président Biya «d’indemniser les ayants-droit des victimes de l'accident du Boeing 737 à hauteur de cent millions (100.000.000) de francs CFA par personne [et] de renflouer la Camair avec la différence afin de consolider les fonds propres de cette compagnie». 


Démissionnez! 

«Même Monsieur Amadou Ali qui était pourtant à l'origine du déclenchement de cette affaire ne s'y est plus intéressé, en qualité de ministre de la Justice pendant plus de dix (10) ans, alors qu'une soixante dizaine de nos compatriotes ont perdu leur vie!», déclare l’ex ministre d’Etat, qui accuse aussi Issa Tchiroma: «Quelle ne fut ma consternation lorsque quelques années plus tard, les bénéficiaires de cette corruption ont été promus dont certains à des fonctions gouvernementales! Je vous avais alors fait part de mon refus de collaborer avec M. Issa Tchiroma en particulier, par respect pour la mémoire de mes deux (02) amis et des autres victimes du crash du Boeing 737 de la Camair en 1995». 

Et de lancer un cri en direction de Paul Biya: «rendons justice à ces victimes. Car seule la justice nous permettra collectivement de bâtir une société de confiance. Les tergiversations pourraient excéder et exaspérer nos compatriotes, comme elles ont excédé et exaspéré Cromwell à son époque pour moins que cela ». 

S’appuyant sur une déclaration de Cromwell (faite en Anglais) en 1653, Marafa, au nom des victimes de l’injustice au Cameroun, exige la démission de Paul Biya en ces termes: «... Vous avez siégé ici [à la Présidence du Cameroun] trop longtemps pour tout bien que vous avez fait. Démissionnez, dis-je, et laissez-nous qui l'avons fait avec vous. Pour moi, nom de Dieu, démissionnez!».

Georges Alain Boyomo | Mutations

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