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Mariage. L’ancien administrateur directeur général de la Camair, incarcéré à la prison centrale de Kondengui, a convolé en jutes noces vendredi à Yaoundé.

Yves Michel Fotso n’avait certainement jamais imaginé que les festivités de son mariage se dérouleraient derrière les barreaux.

Sans toute la jet-set camerounaise et mondiale que cet homme affaires connaît, sans voyage de noces, et surtout, une question qui taraude les esprits : comment Yves Michel Fotso et Cécile vont-ils consommer leur mariage ?

Toujours est-il que l’ancien administrateur directeur général de la Camair, incarcéré à la prison centrale de Kondengui depuis décembre 2010, a convolé en justes noces vendredi 27 mai dernier avec Cécile Emerziane. Le mariage a finalement eu lieu à la mairie de Kondengui avec un impressionnant cordon de sécurité constitué de gardiens de prison et de policiers.

Quelques jours avant le mariage, le régisseur de la prison centrale de Kondengui, embarrassé par la demande de mariage de Yves Michel Fotso, adresse une correspondance frappée du sceau « Urgent » au Vice-Premier ministre en charge de la Justice. Jonas Tiwa souhaite savoir s’il doit autoriser la cérémonie ou non. La réponse d’Amadou Ali traîne. Le régisseur est inquiet, lui qui nous confiait n’avoir jamais assisté à un mariage de prisonnier de toute sa carrière. Les invitations ont déjà été envoyées. Finalement, le Garde des sceaux donne son accord. Jonas Tiwa se charge lui-même de porter la bonne nouvelle au détenu. Le mariage ne sera plus célébré en prison comme initialement prévu, mais à la mairie de Kondengui, à un jet de pierre de la prison, à 16h.
Vendredi 27 mai 2011. C’est le grand jour. Une vingtaine de gardiens de prison sont mobilisés pour l’escorte du marié. A 15h45, Yves Michel Fotso, 51 ans, quitte sa cellule. Il est sanglé dans un super costume sombre à rayures. Il porte une chemise bleue relevée par une cravate rose. Le futur marié traverse la cour principale de la prison sous le regard admiratif des gardiens de prison et de quelques détenus qui applaudissent l’élégance et partagent la joie de leur codétenu.

Cortège nuptial
Pendant ce temps, dans une villa cossue de Bastos, la future mariée, Cécile Emerziane, se livre à une petite séance photo avant le départ à la mairie. Elle est entourée notamment de sa mère, de sa sœur ainée, de l’une de ses filles issue d’un premier mariage et des trois fils Fotso, eux-aussi issus d’une première union. La mariée est vêtue d’une longue robe rose qui dessine sa silhouette mince et sa majestueuse stature. Elle est discrètement maquillée et porte des lunettes qui en ajoutent au charme de ses yeux. Cette ravissante métisse ne fait pas ses 37 ans. Elle en fait 10 de moins. Dans la villa, l’anxiété le dispute à la joie. La mère de la mariée est calme.

15h30. Il faut prendre la route de la mairie de Kondengui. La mariée monte à bord d’une Mercedès noire. Les autres membres de la famille forment le cortège dans quelques voitures de luxe : Porsche Cayenne, Bmw, etc.  Tous essaient de se frayer un passage dans les rues embouteillées de Yaoundé. En toute discrétion. Pas de klaxons de joie comme c’est souvent le cas dans les cortèges nuptiaux.

A 15h50, la mariée arrive à la mairie de Kondengui. Le comité d’accueil est plutôt curieux : environ 200 badauds massés en face de la mairie, de nombreux policiers, matraques au poing et casques antiémeute sur la tête. Certains policiers sont même postés sur la barrière de la prison et font face à la foule, l’air menaçant. La voiture de la mariée est autorisée à entrer dans la cour de la mairie.
Au quartier Kondengui, l’annonce par Le Jour du mariage de Yves Michel Fotso a fait rire du monde. « Est-ce que c’est possible ça ? Depuis quand un prisonnier se marie ? », continuent de se demander quelques personnes dans la foule. Elles sont rassurées lorsque le marié, Yves Michel Fotso, arrive à la mairie. Coincé entre trois gardiens de prison dans un vieux 4x4 sale, il porte des lunettes noires. « Le voilà !», crie-t-on dans la foule. L’homme d’affaires sourit et les badauds se mettent à l’applaudir avant que la voiture ne se perde derrière le lourd portail que referme nerveusement un gardien de prison.

Il faut montrer patte blanche pour entrer à la mairie. Les gardiens de prison, appuyés par des policiers, sont menaçants et stricts. « Si vous n’avez pas votre nom sur la liste, n’insistez pas », éructe un maton dont le visage perle de sueur. Il tient entre ses mains une liste des invités qui a été visée par le régisseur. Il y a des éclats de voix et des chamailles avec quelques personnes qui ont bien des billets d’invitation, mais qu’on empêche d’entrer. La sœur aînée de la mariée et sa mère sont bloquées. Il faut quelques interventions pour qu’elles finissent par regagner la salle où sera célébré le mariage.

Polygamie ou monogamie
Dans la salle, Yves Michel et Cécile se lancent des plaisanteries ponctuées par de larges sourires. Théophile Abega, le maire, n’a pas souhaité célébrer ce mariage. Il a laissé l’honneur à Martin Bouli, le 6ème adjoint au maire de Yaoundé IV, qui ne boude pas son plaisir. Tout se passe dans une bonne ambiance, quand vient la question fatidique pour l’option du mariage : « Polygamie ou monogamie ? », demande le maire. Silence dans la salle. On peut entendre une mouche voler. Yves Michel Fotso fait mine d’hésiter. Les sœurs et les membres de la famille de la mariée ont le souffle coupé. Leurs regards sont rivés sur le marié qui fait durer le suspense. Il finit par lâcher, dans un éclat de rire : « Monogamie ». Ouf ! Soulagement dans le « camp » d’en face. Les mariés choisissent le régime des biens séparés. Mais quelqu’un a oublié l’acte notarié. Le notaire, heureusement, est là. Toutes les formalités sont remplies. Yves Michel et Cécile se disent oui pour la vie et s’échangent un baiser langoureux devant quelques proches triés sur le volet. L’émotion est à couper au couteau.

Direction, prison centrale de Kondengui. Dans la cour, des dizaines de voitures luxueuses sont garées. Un gros camion du service traiteur de l’hôtel Hilton est positionné à l’entrée. C’est cet hôtel qui va se charger de servir les hôtes. Les mariés sont félicités par le personnel du pénitencier. Certains demandent à se photographier en compagnie du couple Fotso. Les deux tourtereaux acceptent sans rechigner. De l’extérieur, on entend les prisonniers chanter et danser. C’est la fête. Quelques détenus Vip ont été invités : Polycarpe Abah Abah, Urbain Olanguena Awono, Haman Adama, Achille Zogo Andela, Mounchipou Seydou sont de la partie. La plupart en costume et cravate. Ils sont environ 150 dans cette salle des fêtes de la prison centrale de Kondengui. Tous les autres quartiers de la prison ont reçu des repas, notamment le quartier des mineurs.

Après le buffet, Yves Michel Fotso et son épouse esquissent quelques pas de danse et laissent la piste libre. L’émotion est grande. Cécile Emerziane, la nouvelle mariée, ne retient pas ses larmes, qui sont tout de suite essuyées par son mari, d’un geste d’amour et de tendresse. Dans son petit discours, Yves Michel Fotso adresse ses remerciements à tous ses amis qui ont accepté son invitation. Il charge aussi le régisseur de remercier sa hiérarchie pour cet acte d’humanité qui lui permet de convoler en justes noces. Des cadeaux sont remis au couple.

18h15. Fin de la cérémonie à la prison centrale de Kondengui. Cécile Emerziane écrase encore une larme au moment de quitter son mari. Il n’y aura pas de nuit de noces. Elle repart et la grille se referme. Son mari retourne dans sa cellule. Elle passera la nuit toute seule.

Le jour : Jean-Bruno Tagne

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