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Jeu, Aoû

Kongossa

"Bas les pattes !" Au Congo, la drague est une activité qui s’exerce au quotidien. Des goujats les plus directs aux gentlemen les plus charmeurs, les hommes déploient tout un éventail de techniques pour arriver à leurs fins. Plongée dans les subtilités d'un art très intéressé, auquel désormais de nombreuses femmes ne rechignent plus s'adonner.

 

 

Avec leur réputation de beaux-parleurs, les Congolais se targuent d’être des séducteurs en puissance. À en croire ces conquérants, aucune citadelle ne serait imprenable. Et pour arriver à leur fin, ils ont développé différentes techniques qu’ils jugent chacun infaillibles.

 

« Mademoiselle, tu me plais, j’ai envie de toi ! ». Pour beaucoup, pas besoin de tergiverser, il suffit d’aller droit au but. On tente sa chance à tout moment et on y va tout de go. Ici, le vouvoiement n’est pas de rigueur, il s’agit de rompre toutes les barrières possibles. « Moi, je n’ai pas de temps à perdre : si je vois passer une fille qui me plaît, je l’accoste et lui dit tout de suite ce que je veux », raconte sereinement Sorel.

 

C’est aussi l’occasion de tester son sex-appeal, de voir si son physique n'est pas émoussé. « Un homme, ça doit vérifier si son crayon est toujours aussi bien taillé », ajoute Sorel, sourire aux lèvres. « Quand tu veux acheter des cacahuètes, tu demandes le prix et tu achètes, pareil avec une fille, et si elle te dit non, tu vas voir ailleurs. Les femmes, ce n’est pas ce qui manque », explique sans vergogne Patrick. Une opinion aux accents misogynes souvent partagée par la gent masculine congolaise.


Le chic et le chèque

 

Et les femmes dans tout ça ? La plupart considère cette pratique pour le moins insultante. «Tous les jours, je rencontre des hommes qui m’abordent comme ça. On finit par s’habituer à ces manières de brutes », déplore Sheila, 21 ans, étudiante. Franche renchérit : « Je croise souvent des hommes qui me disent directement "j’ai envie de coucher avec toi". On voit tout de suite ce qu’ils attendent de nous ». Une indélicatesse qui a souvent du mal à passer et qui tue dans l’œuf toute romance potentielle...

 

Toutefois, les hommes peuvent compter sur un atout non négligeable : le matériel. Les signes extérieurs de richesse rendraient ainsi les hommes très sexy aux yeux de certaines. L'argent ou le pouvoir leur confère un regain de virilité et d'audace. Les plus puissants ne draguent même plus, mais envoient leurs « petits » (intermédiaire ou homme à tout faire, NDLR) draguer pour eux. « Ceux qui draguent sont ceux qui sont en ballotage défavorable », estime ainsi Ciry, un homme d'affaires aisé de 50 ans.


"Viens j’ai des fruits d’or !"

Mais si certains hommes font dans la manière forte, d’autres sont plus subtils. Procédé qui  n’en demeure pas moins insidieux. Et beaucoup ont recours à des subterfuges pour camoufler leurs intentions prédatrices. « Il vaut mieux ne pas effrayer la proie, livre Espin, les filles sont sensibles et naïves ». « Si tu repères une fille, pour ne pas l’effrayer, mieux vaut ne pas lui dévoiler tes intentions d’abord. Tu la mets en confiance et dès qu’elle sourit, l’affaire est dans le sac », explique Gildas. Dans ce cas-ci, il s’agit plus de courtiser que de draguer. Les filles préférant, en général, les garçons aux bonnes manières. « Quand un homme me parle poliment, je suis plutôt partante pour partager un verre avec lui », confie Gloria qui se sent ainsi valorisée.    

Victor Hugo est entré au panthéon congolais de la drague.

Pour avoir les faveurs d’une femme, il faut souvent y mettre du sien. Et parfois, les Congolais n’y vont pas de main morte. C’est ici l’occasion de démontrer sa verve et toute son éloquence. « Tout le monde sait que les femmes sont sensibles aux mots. Pour qu’elles succombent il s’agit de faire les plus belles phrases afin de toucher leur corde sensible », lance Davy en fin psychologue. Beaucoup ont pour référence les poèmes français, des répliques de téléfilms cultes ou de séries télévisées à l’eau de rose. Certains préfèrent passer des heures entières en compagnie d’un dictionnaire de l’amour pour trouver le vocabulaire adéquat.

 

C'est ainsi que Victor Hugo est entré au panthéon congolais de la drague. « "Viens j’ai des fruits d’or, j’ai des roses, j’en remplirai tes petits bras, je te dirai de douces choses, et peut-être tu souriras..." À chaque fois que je disais ce poème à une fille, elle était aux anges ! » s'exclame Freddy. D'autres gentlemen charmeurs osent même des formules plus personnelles et parfois... bien mystérieuses. On notera ces quelques perles d’anthologie : « Ma chérie, quand je te vois, mon cœur devient congélateur » ; ou : « tu es la racine cubique de mon cœur » ; ou encore : « Demande moi ce que tu veux, s’il faut que j’aille sur la Lune, j’irai te cueillir les étoiles avec les dents… »


Signe d'émancipation

Mais la drague n'est pas l'apanage de la seule gent masculine. Signe des temps et de l'émancipation des femmes, celles-ci ont également mis au point des stratégies pour courtiser ces messieurs. Tout est dans la séduction. Le regard et l’habillement sont autant d’éléments qui entrent en action. « Quand un homme me plaît, je n’attends plus qu’il fasse le premier pas. C’est moi qui me lance », afirme Dora, une lueur amusée dans le regard. Toutefois, une femme qui drague un homme est souvent mal perçue par la société congolaise.

 

Une injustice sociale qui n’est pas propre au Congo. Comme partout ailleurs ou presque, un homme à femmes reste un Don Juan, tandis qu'une femme à hommes sera tout simplement accusée d'avoir la cuisse légère. Et dénigrée, y compris par ses compatriotes du même sexe...

 

Jeune Afrique

 

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