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Dim, Jui

Kongossa
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Lorsqu’il décide de porter plainte contre le magistrat Michel Ntyame Ntyame, président du tribunal de grande instance du Moungo à Nkongsamba, Lambo Sandjo Pierre Roger, de son nom d’artiste Lapiro de Mbanga, sait exactement ce qu’il recherche : une croisade contre les abus que subissent plusieurs Camerounais dans les tribunaux de la République. Sa conviction s’appuie sur le fait que nul n’est au dessus de la loi. Pour lui, lorsqu’il y a des irrégularités constatées dans la conduite d’une procédure, il est tout à fait normal de recourir au droit, même si c’est un magistrat qui est mis en cause. « Cette plainte va réveiller beaucoup de Camerounais qui vivent injustement les violations de leurs droits. Au-delà de la plainte que je porte, c’est une sorte de rappel à l’ordre de ceux qui sont appelés à dire le droit. Et je souhaite que justice soit faite non seulement dans mon cas, mais que les autres victimes voient les torts qui leur sont causés trouver réparation », explique en substance Lapiro de Mbanga. Ces récriminations contre ceux qui sont appelés à dire le droit, surtout ceux des tribunaux près les cours du Moungo ne datent pas d’aujourd’hui. Comme préalable, le requérant a désaisi ces tribunaux de toutes les affaires qu’il y avait portées.

L’affaire des émeutes de la faim de février 2008 pour laquelle Lapiro de Mbanga a été condamné à trois ans d’emprisonnement ferme avec des dommages de 280 millions de Fcfa à payer au ministère des Finances et à la Société des plantations de Mbanga, Spm, est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et a amené le détenu à saisir les juridictions compétentes. Pendant le déroulement de ce procès éclair, comparé aux autres procès qui trainent des années durant, il estime que ses droits ont été violés. Pour lui, les dépositions de certains témoins dans l’affaire ont été altérées, pour le charger. « Le juge Ntyame Ntyame Michel a altéré dans sa substance les déclarations de Eyambe de Mbelle en ce sens que, il a écrit dans l’acte de jugement que Eyambe de Mbelle a déclaré que le 27/02/2008 se trouvant à la sous préfecture de Mbanga, il a vu les émeutiers introduire une moto dans l’immeuble du Centre divisionnaire des impôts ; qu’en voulant y mettre le feu, ils ont été chassés par la police. Pourtant, ce même magistrat a écrit ceci dans les notes d’audiences concernant la déclaration du même témoin : le 27/02/2008 se trouvant à la sous préfecture de Mbanga, il a vu les émeutiers introduire une moto dans l’immeuble du Centre divisionnaire des impôts. Ils y ont mis le feu pour incendier l’immeuble », peut-on lire dans la plainte avec constitution de partie civile adressée au président de la Cour suprême par le plaignant. Et de poursuivre dans sa plainte que « malgré ce changement délibéré de témoignage, le président du tribunal Ntyame Ntyame Michel a écrit dans l’acte de jugement que le témoignage de Eyambe de Mbelle est sans ambigüités, témoignage qu’il a qualifié de preuve accablante contre moi ». Pour le requérant, cet acte du magistrat est réprimé par la loi et mérite d’être sanctionné. « Monsieur Ntyame Ntyame Michel a volontairement fait un faux dans l’acte de jugement en altérant dans sa substance la déclaration du témoin Eyambe de Mbelle tel qu’il l’a fait au cours des débats et consigné dans les notes d’audiences et ce qu’il a écrit dans l’acte de jugement. Parce que la loi pénale s’impose à tous, je porte plainte pour abus de fonction, favoritisme et faux dans un acte ».

Faux témoignage

Et Lapiro ne s’est pas arrêté là. Il a fait servir une citation directe à Pierre Moulima, le directeur des ressources humaines de la SPM, qui a par son témoignage, fait retenir des charges contre lui. Dans cette citation, Lapiro énumère toutes les « déclarations mensongères » du cadre de la SPM et s’appuie sur les articles 74, 164 et 172 du Code pénal camerounais pour invoquer les déclarations mensongères, faux témoignages et refus d’innocenter. Toutes choses qui viennent relancer ce procès qui est loin d’être clos, le requérant étant décidé à aller jusqu’au bout, jusqu’à ce que justice soit dite. Pour lui, c’est un moyen pour les Camerounais de ne plus accepter que leurs droits continuent d’être bafoués et que les différentes irrégularités et violations de droits de l’Homme cessent pour que les procès soient « désormais » équitables. Une juste cause lorsqu’on sait que les conventions internationales que le Cameroun a ratifiées disent en matière de normes dans les prisons que « toute personne qui prétend avoir été soumise à la torture a le droit de porter plainte devant les autorités compétentes qui procéderont immédiatement et impartialement à l’examen de sa cause », le terme torture désignant ici tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aigües, physiques ou mentales sont intentionnellement infligées à une personne.

Robert NGONO EBODE

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