Sidebar

21
Jeu, Nov

Kongossa
Typography
  • Smaller Small Medium Big Bigger
  • Default Helvetica Segoe Georgia Times
Par téléphone, des escrocs demandent de l’argent et du crédit de communication pour les maintenir en poste.

Mercredi dernier, à bord de sa voiture sur la route de Bafoussam, le proviseur d’un important lycée de la Menoua , région de l’Ouest, reçoit un appel sur son téléphone. Au bout du fil, l’appelant s’assure bien que son correspondant s’appelle comme il a préalablement laissé entendre et qu’il est bien proviseur. « C’est vous …, le proviseur du lycée de … ». « C’est bien lui ». Il l’informe alors d’une urgence : « Je suis actuellement devant votre dossier chez le secrétaire d’Etat (aux Enseignements secondaires, ndlr). Il faut me faire un transfert de crédit pour que je vous dise de quoi il est question. Il faut faire vite car il y aura des nominations aujourd’hui à 13h ». Il raccroche.

Avant le poste de péage, entre les villages Bamendou et Balessing, le téléphone du proviseur sonne de nouveau. Cette fois, l’appel anonyme se fait menaçant. « Vous n’avez pas appelé pourquoi ? Est-ce que vous savez ce que vous risquez ? Faites vite». Pris de panique, le chef d’établissement se bat et trouve un call box. Lui fait un transfert de 5.000F. 15mn plus tard, le bonhomme rappelle. « Monsieur le proviseur, je vois que vous m’avez fait un transfert de 5.000F. C’est quoi ça ? Il faut quelque chose de consistant », il raccroche avant que le proviseur ait posé la moindre question. Durant la suite du voyage, il s’interroge sur les intentions de ce mystérieux personnage, sans trouver de réponse rassurante.
Le sujet, évoqué au séminaire où ces responsables étaient convoqués pour discuter de la corruption en milieu scolaire, au lycée technique « canadien » de Bafoussam, a fait l’effet d’une bombe. Les langues se sont déliées. Entre autres révélations, l’on apprendra que pour l’unique matinée de ce 30 septembre, plus de 20 proviseurs ou directeurs de Ces ont reçu un appel. Confrontation faite, il s’agit du même personnage, utilisant le même numéro : 74 67 12 73. Un directeur de Ces a même avoué être allé dans cette perspective chez un usurier chercher rapidement 100.000F, « pour sauver sa tête », après la sectorielle. L’homme lui avait révélé que le bureau de l’Association des parents d’élèves avait écrit contre lui et que le dossier était en étude avant les nominations. Une autre victime dit avoir appelé une connaissance à l’inspection générale des services, pour savoir s’il y avait des ennuis en vue. Et s’est entendu dire qu’on ne savait pas de quoi il parlait. Certains proviseurs ont avoué qu’ils ont été appelés par des gens se présentant comme des émissaires du ministre que celui-ci relève du menu fretin.
Jusqu’à vendredi soir et comme si de rien n’était, l’homme qui a pu se faire suffisamment de crédit pour entretenir sa ligne continuait de répondre au téléphone. Sans crainte. Difficile pour l’instant de savoir qui il est, faute de fichier. Ceux qui ont essayé de l’appeler pour en savoir davantage ont été grossièrement insultés. Il faisait semblant de ne plus savoir qui ils sont. En usant de numéros différents, le reporter l’a aussi appelé trois fois. La première, en se faisant passer pour l’émissaire d’un proviseur qui lui avait envoyé de l’argent. Il n’a pas dit où il se trouve et a balancé des insultes. La deuxième fois, il a dit être de la police. La troisième fois, il a dit chercher un tuyau pour la nomination. « Qui es-tu ?» Coïncidence troublante, il y a eu des nominations ce jour à la tête des établissements scolaires, même si aucune de ses victimes n’a été touchée. En outre, il maîtrise le fichier téléphonique des responsables.
(le jour)

Overall Rating (0)

0 out of 5 stars
  • Aucun commentaire trouvé
Ajouter un commentaire