Sidebar

20
Mar, Aoû

Kongossa
Typography
  • Smaller Small Medium Big Bigger
  • Default Helvetica Segoe Georgia Times
Alors qu’il va offrir ce soir au Carrossel club un spectacle dans le cadre de la promotion de son nouvel album «A bas Judas», Longue Longue, l’auteur de quatre albums à succès s’est confié à nous. Pour parler de sa carrière, de la situation de la musique camerounaise, du droit d’auteur, de la politique, de ses antécédents judiciaires… Entretien avec un musicien qui n’a pas sa langue dans sa poche...

Image


Quatre albums au sommet des hits parade. Quel est le secret de la réussite de Longue Longue ?

C’est le travail, le travail et rien que le travail. Vous savez, chacun compose selon son éducation, selon la vision personnelle des choses qu’il a vécues et l’état d’esprit qu’il a au moment d’écrire ses chansons. J’ai été à une école, non pas celle de l’accumulation des diplômes, mais celle de la vie et de la musique. Ce que j’y ai appris, je le pratique et je le mets en valeur dans mes chansons. Avant d’être la star confirmée que je suis devenu aujourd’hui, j’ai d’abord fait mes classes en gagnant quatre concours de la musique. En 1996, j’ai été lauréat au concours national de la musique Satzenbrau organisé par Guinness Cameroun. En 1997 j’ai remporté le premier prix du même concours. Les gens ne connaissent Longue Longue qu’à partir du concours Mutzig organisé par les Brasseries du Cameroun en 2000. Grâce à ce travail, je crois que ma place parmi les musiciens camerounais n’est pas usurpée. Longue Longue est désormais une personnalité de la musique au Cameroun aujourd’hui. C’est une juste récompense du travail que j’ai abattu et du bon sens qui m’habite désormais.

Pourquoi Longue est-il si militant dans les textes de ses chansons ?

C’est ma vie, c’est la vie de tout ce qu’il y a autour de nous. C’est le quotidien de tout le monde qui m’inspire. C’est vrai qu’on dit que Longue Longue raconte sa vie. Je disais à quelqu’un que si chanter ma vie me fait gagner ma vie, quoi de plus normal. Comme le disait Victor Hugo, quand je parle de moi, je parle de vous. Tout le monde, ou presque, se retrouve dans les chansons de Longue Longue. Regardez autour de nous. Combien de familles vivent décemment ? Combien se logent convenablement ? Il y a des châteaux à coté des ghettos. Au Cameroun ou ailleurs, c’est la même dualité. Il y a des nantis, et il ya des pauvres. Malheureusement, il y a plus de pauvres que de riches. Je préfère chanter pour les pous nombreux, non pas que j’ai quelque chose contre ceux qui en ont, mais pour inciter ceux qui n’ont pas aujourd’hui de chercher. Eux aussi, ils peuvent trouver. Je peux chanter l’amour, si je le veux. Mais on ne peut pas être amoureux quand on a faim. A quoi sert de chanter l’amour à des gens qui ont faim ? Vont-ils seulement m’écouter ?

Longue Longue est-il revanchard face à la vie qu’il a menée auparavant ?

ImageNon, du tout non. Je me mets juste devant. Je porte la voix de ceux-là, en me rappelant quand même d’où je viens. Je leur dis que j’étais comme ceux qui n’ont rien aujourd’hui. J’ai osé, et je m’en suis sorti. Et maintenant, je joue dans la cour des grands. Je leur dis que, s’ils le veulent, eux aussi peuvent devenir comme Longue Longue, comme Samuel Eto’o, ou comme Chantal Biya. Le fait que j’ai souffert m’a rendu fort et intelligent. Le fait d’avoir souffert dans mon enfance, les difficultés que j’ai rencontrées dans mon parcours, d’avoir enduré m’a rendu intelligent et fort. Les jeunes d’aujourd’hui qui souffrent, c’est peut-être eux les ministres, les directeurs généraux et les députés de demain. Si mes parents m’avaient tout offert, une belle maison, d’aller en classe en voiture, si j’étais né avec une cuiller en or dans la bouche comme certains, est-ce que j’aurai eu l’expérience de la vie que j’ai aujourd’hui ?

«A bas Judas» est d’évocation biblique. Quelle est la place de Dieu dans la vie de Longue Longue?

Je sors d’un milieu d’où seul Dieu aurait pu me sortir. J’ai connu des problèmes, j’ai traversé des obstacles dans ma vie et Dieu seul a permis que je m’en sorte. Je suis une créature de Dieu. Que serait ma vie sans Dieu? Je ne peux que lui manifester ma reconnaissance pour la grâce qu’il m’a accordée. Si vous priez beaucoup, vous serez plus fort que tout. Il y en a qui ne lisent même pas la Bible, ou un autre livre religieux. Dans l’album qui vient de sortir, «A bas Judas» est d’abord l’histoire de Jésus Christ qui est venu pour sauver le monde, il a été trahi par Judas. C’est ensuite le symbolisme de la relation avec autrui, avec son voisin, avec son frère, avec son ami. C’est la condamnation de la trahison qu’a subie un homme. Qui d’entre nous n’a jamais été trahi?

Et c’est votre cas ?

C’est le cas de tout le monde. J’évoque le cas de Thomas Sankara, de Patrice Lumumba, de Longue Longue. Comme je le disais, tout le monde a été sinon trahi, du moins désabusé. C’est la nature humaine que je chante dans «A bas Judas».

Et pourtant « Kirikou » est le titre que les gens ont le plus retenu…

Il est même devenu l’hymne national. Ce n’est pourtant pas le titre qui a donné son nom à l’album. La raison, pour moi, est simple. Quand vous sortez un disque, il ne vous appartient presque plus. Le public et les fans décident d’acheter un album parce qu’ils aiment, et on ne peut pas imposer au public d’aimer tel titre plutôt que tel autre. Ce n’est d’ailleurs pas l’intention du musicien que je suis. «A bas Judas» contient 8 titres nouveaux avec 3 reprises. Et aucun des titres n’y figure pour le remplissage. Je ne suis pas un artiste en panne d’inspiration. J’ai actuellement de quoi faire trois albums. Le seul critère qui les décide à acheter l’album est la beauté des chansons. Mes albums coutent souvent 10, voire 20 000 francs l’unité, et çà ne décourage pas ceux qui veulent l’acheter. Ils l’achètent parce qu’ils aiment un titre qui leur rappelle quelque chose. Pour le titre «Kirikou», c’est le symbolisme de la bravoure de ce petit garçon qui réalise des exploits. Il met en déroute tous les méchants autour de lui, il réussit à sauver son village de nombreux dangers qui les guettent. Il se joue d’une méchante sorcière. Avec pour seule arme son intelligence. C’est ce que je prescris à ceux qui écoutent cette chanson. Mais si les gens l’aiment plus qu’une autre, tant mieux, c’est leur libre choix.

Dans le même album, il y a un titre sur Samuel Eto’o Fis…

Pour arriver au sommet de la hiérarchie sociale, il faut des privations. Il faut éviter de se droguer, de consommer de l’alcool, éviter de regarder les nanas pour devenir père à 16 ans pendant qu’on se cherche encore, de céder à la facilité. Samuel Eto’o, c’est l’exemple de toute une génération. Un jeune qui s’est mis au travail, qui n’a pas passé sa vie à dormir. Ce qu’il a fait pour le football est incommensurable. C’est quelqu’un qui a tout gagné dans sa vie. Trois fois Ballon d’or africain, meilleur buteur dans l’un des meilleurs championnats de football au monde, Commandeur de l’Ordre de la Valeur, ambassadeur de l’Unicef, etc. Il touche 10 millions d’Euros par mois. Il n’ya pas un seul ministre au Cameroun qui aura un jour le salaire qu’on lui paie. Et pourtant, il vient d’un milieu pauvre. Il est devenu grand parce qu’il avait la volonté. C’est aujourd’hui un vrai lion indomptable. Il faut valoriser nos icônes. Ma chanson pour Eto’o est ma part d’hommage que je rends à quelqu’un qui a réussi par l’effort. C’est dommage que des gens passent plus de temps à causer du tort aux autres. Ils racontent n’importe quoi sur ceux qui ont réussi. C’est de la jalousie, tout simplement. Regardez ce que James Ononbiono par exemple a fait pour notre pays. C’était l’un des plus grands industriels de notre pays. Il a employé un nombre impressionnant de Camerounais. Les gens ont une mémoire courte. Ce n’est pas parce qu’il a connu quelques difficultés qu’il doit être traîné dans la boue te que les gens le font aujourd’hui. C’est l’œuvre de tous ces incapables, qui ne savent pas comment il faut faire un effort pour arriver aux sommets.

Dans la même chanson, vous faites un featuring avec d’autres artistes, que voulait expérimenter Longue Longue ?

Oui, je fais un featuring avec Majoie Ayi et Pierre Didi Tchakounté. J’ai même sollicité Nkodo Sitony en guest star, mais il était aux Etats-Unis au moment où on enregistrerait. Quand on fait bien, et que j’ai un projet, je sais apprécier qui peut lui être utile pour bien le mener. Nous n’avons pas beaucoup de promoteurs dans notre pays. Nous-mêmes artistes devons trouver des occasions de collaboration. Une jeune sœur comme Majoie Ayi, qui fait de bonnes choses, qui ne représente pas une menace pour moi, pourquoi ne pas l’inviter à mes cotés pour échanger nos expériences et les mettre ensemble, surtout qu’elle est très douée. Quelqu’un comme Pierre Didi Tchakounté qui m’a fait rêver quand j’étais jeune. Travailler avec lui, c’est un honneur. Profiter de son expérience est un privilège. Ceux qui ne le font pas sont égoïstes et jaloux. La jalousie provient de l’incapacité. Ce n’est pas le cas de Longue Longue. Je peux écrire des chansons autant que je le veux. Pourquoi ne pas donner l’opportunité aux autres de travailler dans un projet commun ?

Est-ce qu’il y a une rivalité entre le Makossa et le Bikutsi au Cameroun ?

De mon point de vue, non. Je ne le ressens pas, en tout cas, pas au même degré que certains veulent entretenir cette rivalité artificielle. Le Makossa a porté très haut les couleurs du Cameroun à une certaine époque. Ce n’est pas parce que certains chanteurs de Bikutsi ont de la coteaujourd’hui qu’il faut croire qu’il y a de la rivalité entre les musiques camerounaises. Aujourd’hui, je donne un spectacle au club Carrossel ici à Yaoundé, le temple du Bikutsi. N’est ce pas une preuve que la musique, lorsqu’elle bonne, s’écoute par tous et partout? Je ne vis pas cette rivalité dont parlent certains. Il ne faut pas transporter dans notre pays les choses qu’on voit ailleurs. Où les groupes religieux rejettent les autres. On ne peut pas avoir la même manière de penser. La rivalité entre Bikutsi et Makossa est fabriquée. C’est une polémique que les médias entretiennent pour des raisons que j’ignore. Je vais vous prendre un exemple, au-delà de cette rivalité entre Bikutsi et Makossa. Des gens disaient à un moment que c’est Hugo Nyame qui composait les chansons des autres musiciens de Makossa. Lorsque j’ai sorti mon dernier album, ce sont les mêmes personnes qui disent que Longue Longue a éclipsé Hugo Nyame. Il faut éviter de confronter les musiciens qui n’ont pas de problèmes entre eux. En tout cas, je n’ai personnellement pas de problème avec les autres musiciens. Ce sont peut-être qui en ont avec moi.

Longue Longue a-t-il des ambitions politiques?

Non, du tout. Même si je sais être critique envers les dirigeants de mon pays, je ne veux pas exercer directement le pouvoir. Par contre, je serai volontiers partant pour être le conseiller de nos dirigeants, à l’instar de Roger Milla. Il n’éprouve plus aucune difficulté aujourd’hui à faire entendre sa voix. Il peut voir n’importe quel ministre, demander à rencontrer le président de la République, avec des chances d’être reçu et écouté. Moi aussi, je voudrais devenir un conseiller du président. Vous savez, les gens qui sont autour de lui n’ont pas vécu ce que moi, Longue Longue a vécu. Je sais ce que le bas-peuple veut parce que je viens d’en bas. Il faut bien que quelqu’un qui a mon parcours soit près du président, pour lui dire la vérité que ses collaborateurs ne lui disent toujours pas.

Longue Longue vit-il de son art ?

Je vis décemment de ma musique. Je n’ai certes pas de château, je n’ai pas de jet privé. Mais la musique qui est mon métier aujourd’hui m’a permis de construire ma modeste maison, d’envoyer mes frères et mes enfants à l’étranger. Je suis père de famille et je la fais vivre grâce à la musique.

Quels sont les préjudices que la piraterie cause à Longue Longue ?

C’est vrai que la piraterie a diminué mon chiffre d’affaires. Je me souviens que lorsque je sors «Ayo Africa» en 2001, la maison de disques a vendu 300 000 exemplaires, réalisant des bénéfices de 300 millions. Un album qui a eu des records de vente qu’aucun autre album d’un musicien camerounais n’a réussi à égaler jusqu’ici. Il continue d’être demandé aujourd’hui par les fans. Pour cet album, le contexte de sa sortie est différent. J’ai eu la chance de le produire moi-même grâce à la générosité d’un mécène qui m’a donné le coup de main dont j’avais besoin et qui m’a totalement cédé les droits de l’album. Je m’occupe moi-même de sa diffusion parce que mon mécène n’a pas le temps. J’ai édité pour le premier pressage 5000 exemplaires qui sont déjà placés partout où on vend de la musique africaine en France. Ce n’est que maintenant que j’envisage de faire venir les originaux de mon dernier album ici au Cameroun. Les pirates, pour moi, ce sont des mendiants, derrière lesquels je n’ai plus le temps de courir. Ils ont faim. Si la piraterie n’existait pas, je serai en train de construire une maison de 150 millions. Hélas ! Mais, je m’en sors bien, malgré la piraterie. Les spectacles que je donne compensent largement le manque à gagner que les pirates me causent.

Quel est l’avis de Longue Longue sur le conflit entre la Socam et la Cmc ?

Çà ne me gêne pas du tout. Ce n’est pas mon problème. Je sais chanter et je m’occupe à gérer la promotion de mes disques. Pour moi, les droits d’auteurs ne sont qu’un bonus sur ce qu’un artiste devrait gagner. Ils viennent compléter ce qu’un musicien devrait gagner. En tout cas, pour moi, c’est un bonus. Parce que je vis de mes spectacles, des contrats que j’honore. J’ai des amis qui me disent souvent qu’ils ont reçu 200 euros de la Sacem en France. A quoi çà sert de se faire enregistrer à la Sacem, ou ailleurs, si c’est pour attendre 200 euros lors d’une répartition de droits d’auteur?

On raconte que les rapports entre Longue Longue et la presse sont difficiles?

Ce sont des idées reçues. Vous ne pouvez pas rester dans votre coin et vous contenter des ragots qu’on raconte sur un individu. Vous restez dans un coin, vous n’avez jamais rencontré Longue Longue, mais vous connaissez tout de sa vie. Il ne faut pas que les gens cherchent à salir et à détruire des célébrités. Je suis une créature de Dieu. Si vous cherchez le conflit avec Longue Longue, vous créez le conflit avec Dieu. Faire du mal injustement à autrui, c’est porter la malédiction. Etre journaliste ne veut pas dire raconter des mensonges sur les gens. Si un journal ou une radio me diffame, il est normal que je réagisse. Malheureusement, les journalistes au Cameroun ont tendance plus à colporter des mensonges et recherchent très peu la vérité. Les journalistes ne doivent pas être des intrigants.

Le couplet de votre titre à succès «Quand on veut vendre les journaux, on parle de Longue Longue» n’a-t-il aidé la rumeur à enfler?

Justement, ils racontent des choses qui ne sont pas vraies. Quand vous prenez votre plume ou votre micro pour détruire un homme, pour faire mal, si c’est la vérité, tant mieux. Mais quand c’est le mensonge, il y a problème. Je veux comprendre que le but de la presse à sensation est de vendre et non d’informer. Et comme je suis devenu une célébrité, çà leur permet de vendre leurs journaux. C’est vrai qu’il y a le business derrière l’information. En réalité, c’est parce que je dis la vérité que certaines personnes ne m’aiment pas. Ceux qui se rapprochent de moi constatent que je suis autre chose que ce qu’ils ont pu entendre par ci ou par là.

Les antécédents juridiques de Longue Longue sont-ils passés?

Le problème est passé, mais il n’est pas fini. Je ne vis pas avec, sinon je cesserai de vivre. J’ai été accusé pour une cause qui n’était pas fondée. Je suis tombé, mais je ne suis pas resté dans ma chute. La prison morale est pire que la prison physique. Je n’ai été qu’en prison physique, mais, dans ma tête, je me suis toujours senti un homme libre, parce que je suis innocent. Lorsqu’un brigand tue ou commet un délit tout seul, ses remords ne le lâchent pas, même s’il est libre de ses mouvements. Il est tourmenté et c’est pire que d’être enfermé. Moi, je n’ai jamais été dans cette situation.

Un dernier mot pour les lecteurs du Jour ?

Je voudrai vous remercier de me prêter cette tribune qui est la vôtre. Lorsque vous entendrez désormais parler de Longue Longue, vous saurez désormais qu’il n’est pas exactement ce que les gens racontent sur lui. Faites bien votre travail, recherchez toujours l’information à la source, ce sera bien pour tout le monde.

Overall Rating (0)

0 out of 5 stars
  • Aucun commentaire trouvé
Ajouter un commentaire