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Kongossa
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Denise Epoté, vous êtes directrice de Tv5 Monde/ Afrique. Vous venez de célébrer à Bamako au Mali le dixième anniversaire de votre émission « Et si vous me disiez toute la vérité ». Quel bilan faites-vous de cette émission dix ans après sa création ?

Le bilan est plutôt positif au regard des invités qui ont accepté de venir sur ce plateau. Le procédé est simple, on les invite ou alors ils se proposent. On en est à notre deux centième invité. Ce sera le président Amadou Toumani Touré qu’on reçoit pour la seconde fois  sur ce plateau. Avant lui, plusieurs décideurs africains, du monde politique, de la culture ou du monde des affaires nous ont fait l’honneur de venir sur le plateau du magazine. C’est une tribune qui, je crois, permet d’aller au-delà de l’actualité. Ça permet aussi de poser des questions sur une Afrique en pleines mutations aujourd’hui. Moi je ne peux qu’être reconnaissante envers tous mes invités qui ont accepté de venir occuper le plateau, qui ont tenté aussi, autant que faire se peut, de dire toute la vérité même si ce n’est pas aisé pour les hommes politiques. Mais, je crois que ça permet de lever un point de voile sur les problématiques qui se posent à notre continent aujourd’hui.

Vous avez dit : vous choisissez ou les gens se proposent. Qu’est ce qui guide vos choix ?

Notre choix est guidé d’abord par l’actualité. Quand l’actualité ne l’impose pas, c’est aussi le parcours de l’invité quand j’estime que c’est quelqu’un que l’opinion  gagnerait à connaître un peu mieux compte tenu de son parcours. Il peut être un exemple ou un modèle pour la jeunesse africaine. C’est un peu ça  le critère du choix des invités.

Pour rester dans le choix, vous avez décidé de célébrer ce dixième anniversaire à Bamako au Mali. Pourquoi pas à Yaoundé au Cameroun, à Libreville au Gabon, à Kinshasa ou dans un autre pays ?

Je crois que le choix du Mali s’imposait. Je pense que le modèle de l’alternance politique du Mali peut être une référence aujourd’hui. Certes, il n’est pas parfait mais, il a montré que le pouvoir n’était pas forcément source de conflit comme il peut l’être aujourd’hui dans plusieurs pays. Et forcément, la personne qui incarne cette politique consensuelle à la malienne est le président Amadou Toumani Touré. C’est pourquoi j’ai choisi de conduire cet entretien de cette deux centième émission qui marque le dixième anniversaire du magazine avec lui comme invité.

On a vu à la cérémonie d’ouverture ce que Bamako compte comme classe politique et professionnels de médias. Croyez-vous avoir atteint la cible que vous visiez en venant ici ?

Je pense que les Maliens se sont sentis honorés et je ne peux me permettre de répéter les propos tenus par le chef de l’Etat lui-même qui a affirmé que c’était un honneur pour son pays que Tv5 ait souhaité célébrer cette émission qui est une émission de référence dans la grille des programmes de Tv5 Monde et surtout ce dixième anniversaire au Mali. Il s’est senti honoré parce que ce n’est pas la première fois qu’il est mon invité. Il a été mon invité en 2002 lors de son accession au pouvoir. En parlant des confrères maliens, eux aussi ont estimé que c’était un honneur fait au Mali que Tv5 décide de célébrer les dix ans d’un magazine comme celui là dans leur pays. C’est pour ça que la presse malienne a été mobilisée. Quand on voit le nombre d’articles rédigés autour de ce dixième anniversaire, le nombre de reportages faits à la télévision malienne, sur le site de mali.com, ça traduit la reconnaissance des professionnels de ce pays à l’endroit d’un média international qu’ils choisissent de mettre sur orbite dans leur pays dans un contexte politique très difficile pour l’Afrique, pour la sous région avec la crise au Niger, la crise guinéenne, la crise en Guinée Bissau ; dans cet environnement là, le Mali, le Burkina Faso et peut être le Togo sont des havres de paix un peu plus que les autres. Cette stabilité dure quand même depuis 1991, date du coup d’Etat d’Amadou Toumani Touré qui aujourd’hui pourrait être un modèle pour certains militaires qui sont arrivés après lui. On se souvient des propos tenus par le général Gueï en 1999 au lendemain du coup d’Etat en Côte d’Ivoire. Il a dit : « Je serai le nouveau ATT de la Côte d’Ivoire ». « Je ne m’accrocherais pas, je rendrai le pouvoir aux civils » : propos tenus par le colonel Mohammed Val en Mauritanie qui a dit que sa référence était Att et il a respecté. Plus près de nous, la Guinée avec Dadis Camara qui, en décembre 2008, a dit qu’il sera le nouveau Att. Mais malheureusement, il n’en prend pas le chemin.

Est-ce qu’il vous est arrivé de solliciter un invité qui a décliné l’offre en disant : « Ecoutez, je n’ai rien à faire avec votre émission », en évoquant d’autres raisons ?

Jamais. Heureusement, parce que c’est un camouflet d’aller vers un invité qui vous dit non je préfère ne pas venir. Non. Quand je regarde l’intégralité depuis dix ans, je dirais même que c’est 80% des invités qui sollicitent de venir. Les autres 20%, c’est moi qui décide de les inviter. C’est plutôt en l’honneur du magazine et de la crédibilité qu’ils accordent à ce magazine.

Ne peut-on donc pas vous accuser d’aller uniquement convaincre des gens intéressés de venir à votre émission ? Par exemple, avez-vous déjà demandé à monsieur Biya de venir à cette émission ?

Pour l’instant non. Parce que ça n’a pas toujours été facile. Mais, c’est le moment de le dire, en 2001 lors du sommet Afrique/France, j’avais sollicité une interview du président Biya auprès du secrétaire général de la présidence de l’époque, Marafa Hamidou Yaya, également du ministre de la Communication de l’époque, Jacques Fame Ndongo ; ils m’ont dit que ce n’était pas possible compte tenu de l’agenda du président. Je n’avais d’autres choix que de constater en fait que c’était un refus de leur part. Et l’émission n’a pas pu se faire. Mais je n’ai pas perdu tout espoir et continue d’espérer qu’un jour peut-être le président Biya m’accordera enfin cette interview. Sinon, tous les autres invités ont toujours accepté avec beaucoup de plaisir, soit de venir à Paris pour la faire soit de me convier à venir chez eux pour faire cet entretien.

Quel avenir entrevoyez-vous à cette émission ? Allez-vous la remodeler après vos dix ans d’expérience ?

Je préfère la garder sous sa forme actuelle parce que ça permet de parler en profondeur de l’actualité africaine ou des problématiques qui se posent au continent. On ne peut pas le faire dans un format plus court. 26 minutes, je trouve que c’est parfait pour un entretien. Je pense que ça permet d’aborder tous les sujets. C’est vrai qu’on ne peut pas toujours aller en profondeur parce qu’il faudrait au moins une heure de temps. Mais une heure de temps à la télé, ça peut être barbant. La nouveauté dans ce magazine est que depuis un an, il est archivé sur Internet, il est consultable en ligne, il y a un sondage sur Internet auquel les internautes peuvent participer. Par ailleurs, l’émission est diffusée sur l’Afrique mais aussi aux Etats-Unis, au Canada, en France, Belgique et Suisse, en Europe francophone. Ce qui fait que le bassin d’audience s’est agrandi depuis la création jusqu’à la mise à l’antenne. Je suis assez reconnaissante au président de Tv5 en 1999, Jean Stauf, qui m’a proposé le titre parce que c’était au lendemain d’une interview que m’avait accordée le président Henry Konan Bedié quelques mois avant le coup d’Etat, c’était au mois de septembre. J’avais fait cette interview en duplex d’Abidjan. Il était à Paris, en route pour une visite officielle au Japon et moi j’étais à Abidjan. C’est à la fin de cette interview que le président de Tv5 Monde m’a dit : « Mais Denise, pourquoi on ne garderait pas une tribune comme ça à l’antenne, parce que huit minutes c’est bien mais c’est un peu court. Et je suis sûr qu’on aura des choses à apprendre des chefs d’Etats africains qui n’ont pas d’autres tribunes ». Certes chez eux. Mais, on sait toujours à quelle occasion ; c’est lors de la fête nationale ou lors de la présentation des vœux. Sur des choses internationales, on peut leur tendre le micro pour qu’ils s’expriment aussi sur les problèmes qui se passent dans leur pays. C’est pourquoi le président Stauf m’a dit qu’il faudrait qu’on réfléchisse sur un format pour que tous les deux mois, on puisse convier un décideur africain pour parler de l’actualité africaine certes, mais également de l’actualité en général.

Avez-vous déjà eu des récriminations après la diffusion d’une émission, des gens qui vous appellent pour vous menacer par exemple ?

Non. Apparemment, ils sont convaincus par ce que disent les invités et ils partagent peut-être aussi mon point de vue à travers les questions que je pose. C’est vrai qu’on ne peut pas tout aborder en 26 minutes. Mais, on essaye de balayer le plus largement possible l’actualité. Comme je vous disais, il y avait un sondage en ligne sur le site de l’émission qui permet aux internautes de venir répondre à une question liée à l’émission. Pas forcément une question que j’ai posée à l’invité. C’est une question d’ordre général concernant soit l’invité soit son pays. Les internautes réagissent toujours. Il y a une alternative avec la réponse « oui » ou « non ». Très souvent, on constate que les internautes ne sont pas tendres. Parce que les deux options qui sont proposées sont presque extrémistes mais c’est un peu pour les titiller. On voit bien qu’ils se prennent au jeu.

On a constaté l’absence de la présidente de Tv5 Monde à Bamako. Comment l’expliquez-vous ?

Il n’était pas prévu qu’elle vienne. Parce que compte tenu des engagements qu’elle a déjà à Paris et liés aux autres zones de diffusion de Tv5, certes l’Afrique est importante parce Tv5 Afrique c’est 30 % du taux d’audience de la chaîne dans le monde, mais les autres régions sont aussi importantes. Marie Christine Saragosse ne pouvait pas venir à Bamako. C’est elle qui lançait l’invitation mais l’événement se faisait autour de l’émission. Elle a estimé que j’étais à la hauteur pour la représenter.

Tv5 s’est mis en partenariat avec Le Messager pour célébrer le 30 anniversaire de ce quotidien camerounais. Pourquoi avoir accepté ce partenariat ?

Participer au trentième anniversaire du Messager est une évidence. Quand on est le premier journal indépendant d’Afrique francophone, avec le parcours qu’on connaît, pour un média comme Tv5 Monde qui milite pour la liberté de la presse à travers les différents prix qu’on décerne, je pense à Kiosque, à Afrique presse, le Journal Afrique, c’était normal que Tv5 soit partenaire d’un tel événement. Pour moi, la question n’est même pas à poser. J’ai dit oui tout suite quand vous m’en  avez parlé. J’ai soumis le partenariat à la directrice générale qui a tout de suite donné son accord en disant : « si tu estimes qu’on doit y être, on y sera. »

Fenêtres

1-En 2001 lors du sommet Afrique/France, j’avais sollicité une interview du président Biya auprès du Secrétaire de la présidence de l’époque, Marafa Hamidou Yaya, également du ministre de la Communication de l’époque qui était Jacques Fame Ndongo, et qui m’ont dit que ce n’était pas possible compte tenu de l’agenda du président. Je n’avais d’autres choix que de constater en fait que c’était un refus de leur part. Et l’émission n’a pas pu se faire. Mais je n’ai pas perdu tout espoir et continue d’espérer qu’un jour peut-être le président Biya m’accordera enfin cette interview.

2-Participer au trentième anniversaire du Messager est une évidence. Quand on est le premier journal indépendant d’Afrique francophone, avec le parcours qu’on connaît, pour un média comme Tv5 Monde qui milite pour la liberté de la presse à travers les différents prix qu’on décerne, je pense à Kiosque, à Afrique presse, le Journal Afrique, c’était normal que Tv5 soit partenaire d’un tel événement. Pour moi, la question n’est même pas à poser. J’ai dit oui toute suite quand vous m’en  avez parlé.

Encadré

Depuis son lancement en 1999, « Et si vous me disiez toute la vérité » a reçu plus de 200 invités pour aborder sans détour les questions brûlantes d’une Afrique en pleine mutation, parmi lesquels : Omar Bongo Ondimba, président de la République du Gabon, James Alix Michel, président de la République des Seychelles, le Général Mohamed Ould Abdelaziz, président de la République de Mauritanie, Aminata Traoré, présidente du Forum social africain, Khalida Toumi, ministre de la Culture algérienne, Erik Orsenna, écrivain français, Isaïas Samakuva, secrétaire général de l’Unita (Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola), Donald Kaberuka, président de la Banque africaine de développement, Alpha Blondy, chanteur ivoirien, Tertius Zongo, Premier ministre du Burkina Faso…Des entreprises de 26 minutes menés par Denise Epoté.

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