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I – Genèse d’un conflit

Dans les entourages respectifs du ministre du Travail et de la sécurité sociale et du directeur général de la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps), la plupart des collaborateurs directs ne cachent plus leur amertume face « aux mauvaises relations » qu’entretiennent depuis quelque temps les deux hautes personnalités de la République. « Le Dg de la Cnps est irrévérencieux vis-à-vis du ministre Nkili qui assure pourtant la tutelle de l’institution qu’il dirige. Il y a un ensemble de faits qu’on peut aligner, qui montre que le Dg de la Cnps se comporte comme si sa tutelle n’existe pas. Les dernières revendications du personnel, la controverse sur la conduite des réformes qu’il a engagées, et les menaces de grèves des syndicats peuvent en témoigner. Ce n’est pas acceptable. Ce manque de collaboration ne s’était pas vraiment vu depuis longtemps », lance un affidé du ministre du Travail et de la sécurité sociale.

De son côté, M.Y., cadre de la Cnps et proche du directeur général, a un autre avis : « Le ministre Nkili doit faire son examen de conscience. Tous ceux qui sont de bonne foi à la Cnps le savent. Depuis que l’actuel directeur général a pris ses fonctions, on a remarqué que la tutelle fait tout pour que les relations entre le ministère, et principalement entre le ministre et la Cnps, soient exécrables. C’est comme si le ministre Robert Nkili voudrait empêcher que le Dg puisse travailler. C’est plutôt à ce niveau qu’on pourrait se poser des questions sur les motivations du ministre Robert Nkili. » C’est donc désormais un secret de polichinelle : entre Robert Nkili et Mekulu Mvondo Akam, c’est l’animosité totale. L’enthousiasme manifesté par le ministre du Travail et de la sécurité sociale au lendemain de la nomination de l’actuel directeur général de la Cnps a cédé place à une guerre larvée entre les deux hommes.

Selon nos enquêtes, la genèse de ce conflit dont la haute hiérarchie du pays a désormais connaissance, remonte aux premières semaines après l’arrivée de Alain Olivier Mekulu Mvondo Akam à la tête de la Cnps. Alors que le nouveau Dg était encore en train de  s’imprégner du fonctionnement de la maison, il va tout de suite faire face, dès le mois de mai 2008, à une première « crise » avec son ministre de tutelle. Cette « crise » sera relative à la réunion de l’assemblée générale du Bureau international du travail (Bit) à laquelle devaient prendre part à Genève en Suisse, à la fois le ministre du Travail et de la sécurité sociale et le directeur général de la Cnps au mois de juin 2008.

Comme d’habitude, le ministre du Travail préside une réunion préparatoire à cette assemblée générale du Bit avec les différents membres de la délégation camerounaise qu’il va conduire. Celle-ci comprend entre autres, le ministre et ses proches collaborateurs, le Dg de la Cnps et les siens, et les centrales syndicales officiellement reconnues au Cameroun. Avant d’aller prendre part à ladite réunion, les collaborateurs du Dg de la Cnps vont lui rappeler les règles « formellement » établies par la tutelle et qui voudraient qu’au cours de cette réunion, la Cnps, comme d’habitude, annonce le montant de sa part de contribution à « l’enveloppe de souveraineté » que les différents membres de la délégation du Cameroun remettent généralement au ministre Robert Nkili depuis qu’il est à la tête du ministère du Travail et de la sécurité sociale, pour son séjour genevois. Celle-ci, apprendra-t-il alors, s’élèverait à 15 millions Fcfa.

Mis au courant, le nouveau Dg de la Cnps ouvre grands les yeux et demande à ses collaborateurs sur quelle ligne cette donation s’effectuait d’habitude avant sa nomination à la Cnps. Question qui restera en tout cas sans réponse. Aussi, le Dg qui envoie ses collaborateurs à la réunion préparatoire que préside le ministre du Travail et de la sécurité sociale fait dire à ce dernier, qu’il est dans l’impossibilité de respecter cette règle (qui déjà, selon lui, ne s’appuie sur aucun texte), faute d’une ligne budgétaire adéquate.

Lorsque Robert Nkili est mis au courant de cette prise de position de Mekulu Mvondo Akam, sur le champ, il ne dit mot. Le voyage de Genève a lieu. Le ministre et sa délégation sont les premiers à y arriver. Le Dg de la Cnps arrive dans la capitale helvétique avec quelques jours de retard. Mais il a le temps de rattraper le début des travaux. Alors que les débats de l’Assemblée générale du Bit gagnent en intensité, ne voyant aucun « signe » du Dg de la Cnps à son endroit par rapport à sa sollicitation d’argent relative à son « enveloppe de souveraineté », Robert Nkili prend son courage à deux mains pour affronter le Dg de la Cnps et le lui rappeler. Très courtoisement, Mekulu Mvondo Akam lui rappelle les difficultés qu’il a à faire débloquer cette somme de 15 millions Fcfa qui est destinée à sa tutelle. Il évoque au passage la nécessité  de faire d’abord accepter, en cas de nécessité, cette idée d’offrande au ministre par le conseil d’administration. Cette fois aussi, face à l’intransigeance du Dg, Robert Nkili ne dit mot.

II –La fille du ministre licenciée de la Cnps

Mais une fois de retour au Cameroun, la collaboration entre les deux hommes se dégrade, au point de devenir peu à peu une guerre ouverte. Le ministre Nkili écrit à la direction générale de la Cnps pour lui faire savoir que désormais, toutes les missions du Dg et de ses collaborateurs doivent être signées par le ministre de tutelle qu’il est. De même que toutes les nominations jusqu’au rang de chefs de services devront aussi avoir, au préalable, son approbation et sa caution. Le Dg est troublé. Il répond au ministre de tutelle en lui rappelant le rôle et les priorités de la tutelle tels que l’indique la loi. La réponse du Dg est ampliée au Premier ministre chef du gouvernement de l’époque. Ce dernier ne tarde pas à réagir en rappelant très « amicalement » au ministre du Travail et de la sécurité sociale entre autres, « de laisser travailler le directeur général de la Cnps ». Mais en vain. Nos sources indiquent que quelques mois après, le même ministre réécrit au directeur général de la Cnps pour lui faire savoir qu’il viendra personnellement rencontrer et parler à l’ensemble des employés de la Cnps. Le plus cocasse est que l’ordre du jour de cette rencontre n’est pas connu du directeur général. Toutefois, la rencontre a lieu. Au cours de celle-ci, « le père de la politique du dialogue sociale»,  va se présenter entre autres comme le véritable patron de la boite, et que les employés peuvent à tout moment se référer à lui en cas de conflit avec leur hiérarchie. Il sera mis en place un comité pour gérer le climat de travail à la Cnps. Cette fois aussi, le Premier ministre est une fois de plus obligé de rappeler à l’ordre son ministre et demander en dernière analyse une franche collaboration entre les deux hommes.

Lorsque l’opération de vérification de diplômes est lancée par le directeur général de la Cnps, suite à l’audit du personnel qui a été commis quelques temps avant sur instruction du conseil d’administration, parmi les employés qui sont pris au piège de la dite opération, il y a une proche du ministre Robert Nkili. Notamment l’épouse de son fils, qui était cadre dans cette société d’Etat. Celle-ci est, comme tous les fraudeurs d’ailleurs, immédiatement licenciée. Plus grave encore, la propre fille de Robert Nkili, la nommée Simé Ghislaine qui était en poste à Douala, est épinglée par un contrôle interne à la Cnps. Il se dit que cette cadre responsable du recouvrement des loyers immobiliers de la Cnps aurait mis en place un quittancier parallèle, qui lui permettait de faire payer les occupants des immeubles Cnps pour son propre compte, en spoliant ainsi la société pour laquelle elle travaillait. Mis au courant de la gravité des accusations, le directeur général de la Cnps adresse une demande d’explication à dame Simé Ghislaine. Dans sa réponse, celle-ci avoue le forfait et supplie le Dg de lui pardonner. Mekulu Mvondo Akam lui suggère plutôt de démissionner. Refus catégorique de dame Simé. Finalement, le Dg de la Cnps est obligé de prendre ses responsabilités en licenciant cette employée convaincue de fraude par les services compétents internes.

III –Pour qui roule la Dga?

C’en est alors trop pour le ministre Robert Nkili qui aurait vu en cette décision du Dg de la Cnps « un acte de défiance » comme certains de ses proches l’avancent ? Difficile à dire pour l’instant. Toujours est-il que cette situation ne va pas arranger les relations déjà tendues entre les deux hommes. Robert Nkili va ruminer sa rancœur sans mot dire. Jusqu’au moment où il va trouver une alliée de taille en la personne du directeur général adjoint de la Cnps, Lysette Ngatchou. En début septembre 2009, Mekulu Mvondo Akam tombe malade au point d’être hospitalisé. Dès cet instant, se sentant indisponible, le Dg de la Cnps signe une délégation de signature et de compétence à son adjoint pour rester gérer la société d’Etat pendant son absence pour cause de maladie. A son retour quelques semaines après, quelle n’est pas sa surprise de trouver une montagne de parapheurs et de dossiers sur son bureau. Le Dg s’en prend à tout son secrétariat, en pensant que ceux qui travaillent ont oublié de faire parvenir les dossiers à traiter à son adjoint qui assurait pourtant l’intérim.

Après explications, Mekulu Mvondo apprend que madame le Dga n’a fait que viser les dossiers, en demandant par la suite qu’ils attendent le retour du directeur général. Nos sources indiquent  que Mekulu Mvondo s’est alors ouvert à sa collaboratrice pour lui dire tout son courroux. Suffisant pour que celle-ci écrive au ministre de tutelle pour lui dire qu’elle aurait été maltraitée par le directeur général qui l’aurait couverte d’injures. Une occasion en or pour Robert Nkili de saisir la haute hiérarchie, à savoir la présidence de la République. Nos sources indiquent alors que le ministre du Travail et de la sécurité sociale n’y serait pas allé du dos de la cuillère. Indiquant ainsi à ses réseaux d’Etoudi que « par cette façon de traiter ses collaborateurs directs, et surtout le fait d’être à l’origine du climat actuellement tendu à la Cnps, Alain Olivier Mekulu Mvondo Akam n’est pas à la hauteur de la tâche que lui a confié le chef de l’Etat », pour reprendre un commentaire d’une source proche du ministre du Travail et de la sécurité sociale. Pour l’instant, ce conflit (s’il en est un) entre le ministre Robert Nkili et le Dg Mekulu Mvondo Akam reste à l’appréciation de qui on peut imaginer.

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