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Dim, Jui

Kongossa
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La célèbre chanson du groupe camerounais a été faite hymne officiel de la compétition à l’insu de leur plein gré, et aucun droit ne leur a encore été payé.

C’est l’histoire de la grenouille qui crève de soif au bord de l’eau, d’une manne qu’on refuse de recueillir alors qu’on tire le diable par la queue. Ignorance? On en doute. Orgueil mal placé? Même pas. Stupidité humaine? Voire. Il y a en tout quelque chose dans cette affaire qui s’apparente à de la naïveté. Depuis des semaines en effet, leur air est clamé par des millions de personnes à travers le monde. Eux, pauvres anonymes, se disent simplement heureux de savoir que leur œuvre, fruit de leur génie, ait été reprise pour tenir lieu d’hymne officiel de la Coupe du monde «Afrique du Sud 2010». Il y a pourtant mieux que cette satisfaction morale: Des millions de Cfa à gagner et qui ne demandent qu’à leur être remis. Mais ils ne sont visiblement pas pressés d’exiger leur dû.

 Le 10 juin dernier au stade de Soweto, en Afrique du Sud, la chanteuse colombienne Shakira a triomphé sous les flashes et les paillettes, devant des millions de spectateurs et téléspectateurs. Lors du concert inaugural du Mondial et aux côtés du groupe sud-africain Freshlyground, elle a interprété «sa» chanson «Waka Waka» (Time for Africa) qui fait aujourd’hui un tabac à travers le monde. Elle a été sollicitée par des dizaines de millions de terriens, lors de sa mise en ligne sur les plateformes de téléchargement, le 26 avril dernier. Ce qui apparait comme une partie du refrain de «Zangalewa», sorti en 1986 – un tube en son temps au Cameroun et ailleurs –, est bien une composition du groupe camerounais éponyme.

Sponsors
Personne ne l’a rappelé jeudi soir, lors de la représentation. Il en est ainsi depuis le début de «l’affaire Shakira/Zangalewa»: Un marché de dupes que les artistes camerounais concernés semblent prendre eux-mêmes avec une désinvolture révoltante.
Interrogée par une chaîne de télévision américaine voici peu, Shakira a confié que cette chanson avait bercé son enfance. Ainsi, lorsque Coca Cola, l’un des sponsors officiels de la Coupe du monde, l’a proposée à la Fifa via la multinationale Sony Music Entertainment, la Colombienne a eu juste besoin d’un petit effort de mémoire. Elle n’aura pourtant pas l’élégance de demander l’autorisation d’interprétation, ni même d’en informer les auteurs camerounais, qui découvriront ce «Sample» au même moment que le commun des mélomanes.

Bizarrement, et alors qu’une réaction musclée était attendue par beaucoup, quelques membres des Zangalewa, au cours d’une conférence de presse tenue à Douala le 11 mai 2010, surprendront l’auditoire. Didier Edo, le manager du groupe qui vient d’entonner l’hymne de la reconstitution, déclare qu’«il ne s’agit pas de plagiat, mais d’une adaptation» : «Nous nous sommes assurés que le groupe Zangalewa ne sera pas lésé.» «L’affaire est sur la bonne voie», renchérira l’ancien chef de l’orchestre de la Garde présidentielle, Jean-Paul Ze Bella. Il y a pourtant loin entre ces assurances et la réalité, puisqu’aucun kopeck n’a été versé aux auteurs et qu’aucun début de commencement d’arrangement n’est signalé.

© Mutations : Félix C. Ebolé Bola

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