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Le 14 décembre, Obiageli Kathryn Ezekwesili, la vice présidente de la Banque mondiale chargée de l’Afrique était reçue au palais de l’Unité. Sourires, poignées de mains chaleureuses, déclarations onctueuses. En bonne diplomate, l’émissaire de l’institution financière internationale a dit tout le bien qu’elle pensait des perspectives économiques camerounaises, et même sa satisfaction sur les avancées remarquables obtenues. Ces déclarations de pure forme cachaient plutôt une réalité contraire, que la vice présidente de la Banque mondiale a pris le soin de faire consigner dans un rapport confidentiel destiné à son staff et dont quelques officiels camerounais - et La  Nouvelle Expression - ont pu avoir copie. Un rapport particulièrement sévère à l’endroit du Cameroun et de ses dirigeants, qui dit exactement le contraire du satisfecit.

Intitulé « Cameroun : politique budgétaire pour la croissance et le développement » (Banque mondiale, Rapport N° 48433-CM), ce document d’une centaine de pages, contenant des analyses, des tableaux et des chiffres mis en perspective, met en pièce la gestion actuelle des autorités camerounaises et montre tout le pessimisme du bailleur de fonds sur les perspectives camerounaises. Dès le départ, les analystes de la Banque mondiale mettent les choses bien au clair : « La croissance réalisée par le Cameroun est décevante et le pays est en retard pour l’atteinte de la plupart des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Le sous emploi est très élevé  et risque d’entraîner des désordres et une instabilité sociale. (…) Ce tableau d’ensemble dissimule des éléments plus inquiétants encore : fossé entre les zones rurales et urbaines, entre provinces et entre paysans et autres groupes socioéconomiques. Le Cameroun se retrouve dans une situation qui résulte de plusieurs facteurs et notamment d’un héritage de mauvaise gestion des finances publiques, de faible gouvernance et d’inégale distribution des ressources » analyse ce rapport.

Gaspillage

En d’autres termes, la mauvaise gestion des finances publiques constatée au cours des années antérieures continue de plomber les efforts actuellement entrepris par les autorités pour relancer l’économie. Par exemple, la Banque mondiale estime que « le gouvernement du Cameroun dépense trop peu et gaspille trop. Par rapport aux pays similaires, et aux pays en forte croissance, le niveau de la dépense publique est très bas au Cameroun. Le faible niveau de la dépense est aggravé par la mauvaise composition de la dépense et par l’inefficacité des systèmes de gestion. [De plus], la fonction publique est petite au Cameroun au regard des normes internationales : moins d’un fonctionnaire pour 100 habitants. »

Deux facteurs majeurs semblent être la cause de la situation problématique décrite par l’institution de Bretton Woods : la mauvaise gouvernance et la répartition inégale des richesses. Concernant globalement la gestion des affaires publiques, le rapport est particulièrement amer : « La mauvaise gouvernance est également un facteur des mauvaises performances économiques et sociales du Cameroun. Et l’effondrement des services publics au milieu des années 80 a entraîné celui des institutions de contrôle et d’exécution. Les progrès dans l’inversion de cette tendance ont été lents, les actions ayant tendu à la création d’institutions formelles plutôt qu’à améliorer la gouvernance.»

Conditions de réussite pas réunies

Pour ce qui est de la redistribution de la richesse nationale, la Banque mondiale juge qu’au Cameroun, elle est par trop inégalitaire : « L’inégale distribution des richesses est un autre facteur crucial du retard dans le développement du Cameroun. Le présent rapport offre une preuve frappante du biais dont souffrent les zones rurales en matière de services publics : électricité, transport et services agricoles. »

En somme, la Banque mondiale, dans ce rapport qui se veut utile à la formulation des politiques futures, tout en reconnaissant les efforts de planification entrepris ces dernières années à travers la vision 2035 et le document de stratégie pour la croissance et l’emploi, estime que les conditions de réussite de ces programmes ne sont pas encore réunies : « Ce rapport affirme que le gouvernement a la capacité de se servir des politiques budgétaires comme un outil efficace pour régler les problèmes d’héritage, de gouvernance et de répartition qui limitent la croissance tout en fournissant à la population les services essentiels et les biens publics qui lui sont nécessaires. Le gouvernement s’est engagé à accélérer la croissance et la création d’emplois, conformément à la vision 2035 et les recommandations du présent rapport peuvent l’aider à atteindre ces objectifs. »

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