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« J’ai annoncé que je voulais définitivement rompre avec les dérives de la Françafrique. Il ne s'agit pas seulement de faire disparaître la cellule africaine de l'Élysée, nous le ferons, mais d'ériger la transparence en principe cardinal de toute notre diplomatie africaine. Je veillerai tout particulièrement à ce que l'action des acteurs publics soit irréprochable en la matière. » Ainsi s’exprimait François Hollande, au journal Le Messager.

Il n’était alors que candidat. Elu, il semble vouloir tenir parole. Le fameux  ministère de la Coopération, a disparu, remplacé par le ministère du Développement. Simple révolution onomastique ? Simple glissement sémantique ? Que non. Le changement est ailleurs, notamment dans les personnes appelées à gérer cet aspect de la politique française.

D’abord, le ministre des Affaires Etrangères. Ce département a été confié Laurent Fabius. Ancien premier ministre, ancien président de l’Assemblée nationale, il est Laurent Fabiusdésormais la deuxième personnalité du gouvernement. « Son aura et sa stature empêcheront que sa conduite  lui soit dictée par l’Elysée. » Soutient un analyste. Il ajoute que c’est de la présidence de la république française en effet, que la politique africaine était décidée. Au travers de la « Cellule africaine de l’Elysée ». 

« Pendant la campagne électorale, il a effectué un voyage en Afrique, et notamment au Gabon siège de la Françafrique. Cela a certainement été l’occasion pour lui de présenter la vision de François Hollande sur la question.» il souligne que, le fait pour Laurent Fabius d’avoir évité des pays tel le Cameroun dont le dirigeant se fossilise au pouvoir, est hautement significatif à cet égard.

Résistances

Ensuite, le ministre du Développement. Pascal Canfin, 37 ans, spécialiste de l’économie, cet euro député écologiste, est présenté comme proche des alter mondialistes. Il était conseiller économique d’Eva Joly, pourfendeuse de la Françafrique. Il est présenté comme un spécialiste des questions finance et de développement. Ancien journaliste à Alternative Finance,  il est également responsable de l’Ong Finance Watch. Ce qui justifie sans doute, la satisfaction des Ong altermondialistes après sa nomination. Laquelle apparait comme une véritable rupture, et donne un écho aux engagements de campagne de François Hollande. Les dirigeants africains ont d’autant plus de soucis à se faire qu’il est aussi spécialiste des paradis fiscaux et de la lutte contre le blanchiment d’argent.

Mais comme tout cancer, les premiers signes de résistance s’organisent déjà. Il eut en effet été naïf de croire que cette maladie plus que cinquantenaire, dont les métastases gangrènent nos pays, se laisserait facilement éliminer. Ainsi, des voix s’élèvent pour tracer l’ébauche de la voie de contournement de la thérapie de choc prescrite par le président Hollande. « Les pays n’ayant pas d’amis mais des intérêts, François Hollande se pliera très bientôt aux exigences de la realpolitik. La préservation des intérêts colossaux de la France en Afrique francophone notamment, commande des compromis, pour ne pas parler des compromissions. » Soutient un cadre du Rdpc sous anonymat. Pour lui, la stabilité du Cameroun, et l’entregent de Paul Biya, permettront de sauver l’essentiel. « Le vrai gouvernement se fera après les législatives à mon avis. Je parie d’ailleurs, que la diplomatie de l’ombre est déjà en branle pour conjurer ce ‘’mauvais sort’’ qui se profile.» conclut-il dans un éclat de rires.

Requiem

D’autres semblent vouloir créer la division, en suggérant de scinder les responsabilités en deux : dévolution de l’aspect technique à Canfin et l’aspect politique à Fabius. Ce dernier, ancien premier ministre de Mitterrand dont les espoirs suscités avaient été déçus, a gardé les contacts et les connexions sur le continent. « Il saura contenir les fougues éventuelles de son collègue, et rassurer les dirigeants africains. » Souligne une source. 

Quoiqu’il en soit, François Hollande a creusé la tombe de la Françafrique. Reste à assurer la mise en terre, et de faire les funérailles. Pour ce faire, il doit être accompagné par les africains eux-mêmes. « La justice Paul Biya: l'adieu?française fera son travail sans entrave sur les affaires dont elle sera saisie. Je souhaite que cet effort de transparence concerne également les grandes entreprises privées, comme le recommande l'initiative « publiez ce que vous payez ». Vous le voyez, nous ferons notre part du chemin.

Mais des efforts décisifs en matière de transparence et de bonne gouvernance doivent également être faits par les pays africains eux-mêmes. Ces réformes indispensables ne viendront pas de l'extérieur. » Affirmait le « fossoyeur » François Hollande dans l’interview sus évoquée. La messe est dite. Reste que les africains aident à neutraliser le mal,  jettent la première pelletée de terre sur le cercueil de la Françafrique. Et organisent les funérailles comme l’exige la tradition…africaine

© L'Ouest Républicain : Michel Mombio

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