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Trois ans après la création d'une société de transport urbain dans la ville de Yaoundé, et l'espoir qu'a charrié le voyage inaugural de Le Bus dans les artères de la capitale, l'euphorie s'est envolée pour laisser place à la tension. Les grandes ambitions annoncées par les partenaires américains se sont évaporées avec la mise à l'écart des pionniers du projet. Une nouvelle race de prédateurs a pris le contrôle de la société, démantelant au passage les efforts entrepris par l'Etat, pour remettre à flot et redonner vie au transport urbain dans toute la République.

Une mission conduite par Dakole Daïssala, alors ministre des Transports, Jules Doret Ndongo, l'actuel secrétaire général des services du Premier ministre, Gilbert Tsimi Evouna, délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé, se rend courant 2006 dans la ville de Chicago aux Etats-Unis, pour rencontrer des responsables de la Transnational Automotive Group (Taug). Ceux-ci ont fait une offre de services concernant la reprise des activités du transport urbain au gouvernement camerounais au mois de février 2005, après la fermeture de la Sotuc. A cette date, la société dont l'Américain Joe Parker est le patron, reçoit les membres de la délégation camerounaise dans un building de Chigcago, présenté comme étant le siège de l'entreprise Taug.

Les responsables de la société leur font visiter des usines de montage de bus qu'ils présentent aussi comme faisant partie du patrimoine de l'entreprise, qui est entrée en bourse afin de lever des fonds qui vont permettre de financer le projet proposé au gouvernement camerounais. Au terme de cette visite et des échanges fructueux que la partie camerounaise a eu avec le partenaire américain, les émissaires du gouvernement produisent un rapport élogieux sur Taug, qui devient officiellement le partenaire de l'Etat dans la gestion du transport urbain. La société américaine qui est cependant à ces débuts, ne dispose pas de moyens pour financer ses activités, mais ne le fait pas savoir à la partie camerounaise. Le bluff de Chicago (le building visité par les camerounais n'est pas le siège de Taug, de même que l'usine de montage des bus n'appartient pas à cette société américaine) est simplement mis en œuvre pour inciter le gouvernement camerounais à libérer rapidement sa quote-part dans le capitale devant permettre de lancer la compagnie de transport urbain au Cameroun.

Mission commandée
Et ça marché : après le rapport de la mission aux Etats-Unis, et l'implication de l'ambassadeur Niels Marquardt dans les négociations, l'Etat du Cameroun, par le biais de la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (Csph), débloque un premier financement d'un million de dollar (environ 500 millions de Fcfa). Cet argent permet de financer les premières opérations de la compagnie de transport urbain baptisée Le Bus. Cet argent, apprend-on de sources proches du dossier, permet d'acheter 27 bus, d'aménager le site de la base Sotuc au quartier Nlongkak, et d'acheter au passage 11 autocars. Ces véhicules de transport interurbain permettront plus tard de créer la société Le Car, qui ne figurait pas sur la liste des activités initiales de Taug. "On s'est rendu compte plus tard que Taug était une start-up qui n'avait aucun sou, et donc qui ne pouvait pas investir sur des moyens propres. Elle débute ses activités au Cameroun avec les fonds de l'Etat", confirme une source autorisée.

Après ces acquisitions, la maison mère de Taug change de main aux Usa. Joe Parker est démis de ses fonctions pour malversations financières, et Steve Wochinski en devient le propriétaire. Ralph Thomson, diplomate en service au département d'Etat est nommé dans la foulée, et arrive au Cameroun pour rassurer le gouvernement sur la tenue des engagements pris au départ. Ceux-ci consistent entre autres à la mise sur pied d'une usine de montage de bus dans la ville de Limbe, de l'extension de l'activité de transport urbain sur l'étendue du territoire camerounais. En septembre 2006, premier voyage inaugural du bus après plus de 10 ans d'absence dans les rues de Yaoundé. Ephraïm Inoni, Premier ministre d'alors, suspend même l'installation des membres du gouvernement nouvellement nommés pour assister au lancement officiel des activités de la nouvelle société. Le Car, compagnie de transport interurbain est créée dans la foulée, et s'impose comme un modèle dans ce secteur, avec un service digne des compagnies aériennes.

Jusqu'en mai 2007, au moment où Lal Karsan Bhai débarque au poste de directeur des Opérations de Taug au Cameroun, en remplacement de Don Durand qui a démissionné à cause du virage opérer par la maison mère sur le projet de transport au Cameroun ; la société est gérée sans problème. Bokwe Mofor, qui a fermé son cabinet d'avocat aux Etats-Unis est à la tête de Le Bus, tandis que Cyrille Tollo, qui a également abandonné son job à Paris pour intégrer le groupe Taug, gère Le Car. En plus des 500 millions de Fcfa de la Csph, le gouvernement a intéressé la Chambre de Commerce (Ccima) et la Communauté urbaine au projet. Lesquelles structures injectent respectivement 200 millions et 2,5 milliards de Fcfa dans la société Le Bus. Des fonds qui font carburer la société.

Suffisant pour que à Los Angeles où Taug s'est définitivement installée aux Etats-Unis, la direction commence à attendre un retour sur investissement et mette la pression aux responsables des deux sociétés. "On ne comprend pas que les gens exigent un retour sur investissement alors qu'ils n'ont mis aucun sou dans une boîte qui n'a que quelques mois d'existence", souligne un ancien responsable du Groupe au Cameroun. Le climat entre les responsables des sociétés au Cameroun et ceux de la maison mère aux Usa commence à se détériorer. De nouvelles démissions ne vont pas tarder : Ralph Thomson, le président du groupe, démissionne à cause du dérapage des options et des engagements de départ.

Instructions de la hiérarchie
Au Cameroun, Don Durand, le vice-président des opérations de Taug-Cameroun claque la porte, avant que Cyrille Tollo, Dg de Le Car, et Bokwem Mofor, Dg de Le Bus, ne soient évincés sans galanterie. Bref, toute l'équipe des pionniers est démantelée par Lal Karsan Bhai, le Dg Tanzanien, qui est visiblement en mission commandée. "Ralph Thomson démissionne pour divergences stratégiques. Il se rend compte, après que la société Taug a remporté un prix au département d'Etat américain pour l'originalité de ce projet social au Cameroun, que les objectifs qu'il vise ne sont pas ceux du directoire" dirigé par Steve Wochinski, l'actionnaire majoritaire de Taug, croit savoir Eloi Cyrille Tollo, ancien Dg de Le Car.

Après avoir donné suite aux aspirations des actionnaires américains qui consistent entre autres à virer les fonds vers les Usa, à geler l'achat de nouveaux bus (depuis 2006, aucun nouveau bus n'a été acquis) et les investissements contenus dans le cahier des charges, le Dg tanzanien initie une opération de licenciements massifs, après avoir suspendu le paiement des fournisseurs de Le Bus. En quatre mois, 26 cadres et personnels sont mis à la porte. Aujourd'hui, plus de 100 employés ont été licenciés, et la gestion de la société est remise en question par les administrateurs. Sur les 47 bus dont disposait la société au départ, seuls 25 arrivent de manière poussive, à fonctionner avec 597 employés.

Au moment de l'éviction de Cyrille Tollo de la direction de la société Le Car, la Sni venait de boucler une négociation pour son entrée dans le capital de Taug-Cameroun, à hauteur de 3 milliards de Fcfa, révèle l'intéressé, qui ajoute : je peux dire que l'investissement de la Sni a été sauvé par mon éviction de Le Car. Aujourd'hui, cette société de transport inter-urbain, qui fonctionne avec les 11 autocars acheté par l'Etat (les premiers 500 millions débloqués par la Csph), a été vendu à M. Bongam, un opérateur économique camerounais. Ses employés réclament deux mois d'arriérés de salaires depuis cette reprise des actifs. Le Bus quant à lui a été rachetée par Philippe Du Toit, de nationalité sud-africaine, et Lal Karsan Bhai, qui pompent les 400 millions de subvention versée trimestriellement par l'Etat pour le fonctionnement de la société.

Une enquête de Pierre Célestin Atangana et Brice R. Mbodiam

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