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Depuis le 02 janvier 2013, la Douala international terminal (Dit) a créé un guichet unique de règlement des factures à l'import et l'export. Conséquence, chaque jour, des importateurs se bousculent devant le nouveau bureau de facturation en cours d'aménagement non loin de la place Udeac à Bonanjo. Pendant ce temps, le quai est saturé

Le visage froissé, J.C. franchit le portail en acier du vaste magasin en cours d'aménagement qui abrite le bureau de facturation de la Douala international terminal (Dit), b environ 200m de la place Udeac à Bonanjo. Le bureau de facturation est situé sur la route goudronnée qui mène au port Gabon, à l'extrémité du port Sud. Ce mardi 7 janvier 2014 est un jour pénible pour J.C., employé d'une entreprise d'import. Un véritable gâchis! Après plus de trois heures passées «inutilement» dans ledit bureau, ce jeune homme, arrivé très tôt le matin, rumine sa déception. «Je suis resté dans la salle pendant des heures. A ma grande surprise, quand il fallait enfin que je fasse saisir mon bon de livraison, les caissières nous ont dit que nous devons payer un autre bon à Dit», maugrée J.C. en compagnie d'un de ses collègues.

Le bon de livraison avait pourtant été payé à Maersk, une société d’aconage, au port de Douala, au mois de décembre 2013. Il ne reste donc plus qu'une option a J.C. «Il va falloir que nous payions le bon à Dit et qu'après seulement, nous introduisions une demande de remboursement auprès de Maersk», s'indigne le jeune homme, qui n'est pas sûr que son patron accepte cette proposition. J.C. fait partie de ces nombreux importateurs qui, au quotidien, sont confrontés à la dure épreuve de règlement des factures pour faire sortir les containers du port de Douala. Les importateurs font face à ce calvaire depuis la création d'un guichet unique de payement des frais de transactions aussi bien à l'import qu'à l'export. Le guichet unique est opérationnel depuis le 02 janvier 2014. Depuis lors, chaque jour, des foules d'importateurs prennent d'assaut la cour du bureau de facturation.


Un bâtiment en chantier

Ce Mardi, ces importateurs forment une longue file indienne dans l'enceinte du magasin abritant la nouvelle structure de la Dit. Le vieux magasin, où étaient jadis stockées des marchandises, est en plein chantier. Des ouvriers de Kalfrelec Sarl l'entreprise qui exécute le marché et de Global engineering system (Ges), l'entreprise co-contractante, sont au pied du mur. Vêtu de combinaisons blanches avec le nom de l'entreprise imprimé sur le dossard les techniciens de Kalfrelec Sarl s’attellent à la réfection des murs. Un grand groupe électrogène émet des bruits assourdissants dans la cour. Certains importateurs ne supportent plus la longue et «interminable» attente. Las de se tenir debout, ils se sont assis, la tête reposant sur les bras croisés sur les genoux. D'autres résistent debout sous le soleil. N'en pouvant plus, un jeune homme s'est plié en contre les genoux.

La colère monte dans le rang. «C'est comme si on n'est pas de ce pays», crie un rire portateur. «Cameroon!», s'écrit un jeune homme, avec un accent nigérian. Une jeune femme se plaint de la chaleur. Il est 13h15. «Le service n'est pas rapide Les gens entrent et ne ressortent plus», se plaint un homme aligné. «Si tout le monde suivait le rang, ça irait mieux. C'est parce que les gens boycottent l'ordre...», dénonce un autre.


Les caissières soudoyées

En quelques jours, le guichet a été transformé en jungle. Chacun y va de sa petite astuce pour contourner les longues files d'attente et les multiples tracasseries. En effet, à l'entrée de la salle, un ticket est remis l'importateur. Une fois à l'intérieur, le calvaire se poursuit. Il doit s'aligner de nouveau en attendant que le numéro figurant sur son ticket s'affiche sur un écran géant placé au milieu de la salle. L'écran indique également le numéro de la caisse où il doit payer ses factures. L'astuce des impatients est simple mais subtile. Certains clients, une fois dans la salle, passent leur ticket -qui sert de laissez-passer - à d'autres encore l'extérieur par les fenêtres, pour leur permettre d'y accéder. Une fois dans la salle des guichets, ceux-ci restituent rapidement les tickets à ceux qui les leur ont prêtés, avant de tirer leur propre ticket.

D'autres importateurs corrompent directement les caissières. «Pour éviter de m'aligner toute la journée comme les autres, j'ai remis 10 000 F. CFA à ma collaboratrice une caissière», confie un importateur, qui en est à son deuxième dossier en l'espace de deux jours. Lundi dernier, celui-ci a bouclé un autre dossier après avoir payé le même montant. Les usagers qui soudoient sont servis au bout d'une ou deux heures au maximum. La troisième catégorie de corruption consiste à glisser discrètement une pièce ou un billet de 500 F. CFA dans la main d'un vigile. En contrepartie, il obtient un ticket d'accès sans obligation de s'aligner pour celui qui lui a donné l'argent.


Grogne et grabuge dans les rangs

Mais, des irrégularités ne passent pas toujours inaperçues. Il est 14h. Des éclats de voix se font soudain entendre près de la porte d'entrée du bureau de facturation. Les usagers à la tête du rang n'en peuvent plus d'attendre. Certains sont alignés depuis 7h. Ils se précipitent vers la porte, où ils sont stoppés par des gendarmes et des vigiles. Au bout de cette rude empoignade, quelques-uns réussissent s'introduire dans la salle. Les autres «rebelles» sont repoussés et forcés de s'aligner. Cette bousculade rappelle un incident survenu ici en fin de semaine dernière. «Il ne se passe pas un jour sans qu'on ne se bagarre. Vendredi [03 janvier, le chef secteur douanes est venu intervenir, mais ça n'a rien changé», se souvient un importateur courroucé.


Les délais et les pénalités

Ce vendredi-là, à peine 24 heures après l'ouverture du bureau de facturation, près de 2000 importateurs et déclarants en douane se sont retrouvés dans l'enceinte de cette nouvelle structure, dont la capacité d'accueil est plutôt limitée. Les importateurs avaient pourtant été avisés, depuis décembre 2013, de l'intention de la Dit de regrouper tous les guichets en un seul, à compter du début du mois de janvier 2014. N'étant pas habitués à cette affluence, ces opérateurs, qui jusque-là réglaient leurs factures dans des guichets des sociétés d’aconage et de manutention basées au port de Douala, se sont introduits massivement dans la salle en se bousculant à la porte d'entrée. Au cours de cette bousculade, la vitre de la porte d'entrée a été brisée.

Sur la porte de sortie, une affiche détaille «quelques informations pratiques pour un service accéléré». Sur la même affiche, sont mentionnées les adresses des services à contacter pour plus d’informations. Pourtant, les importateurs, dans leur grande majorité, affirment qu'il faut passer des heures entières, voire plus d'une journée pour régler des factures pour lesquelles, jadis, ils consacraient au maximum 45 minutes. D'où les nombreuses récriminations. Ça alourdit le système. On vient faire le pied de grue ici pendant plus de trois heures de temps, dans un espace restreint. On est obligé de se mettre en rang, alors que nous transportons des millions de francs CFA. On court le risque de se faire agresser», déplore Marius, un acteur de la filière import. «La Dit veut le monopole, elle veut tuer les aconiers», fustige un autre importateur. Il pense qu'en regroupant les guichets en un seul point de payement, la société exploitante du terminal à conteneurs du port de Douala veut contrôler toutes les recettes et récupérer les 4% qu'elle devrait verser annuellement aux aconiers, selon le volume des transactions effectuées.

Les services rendus ici sont la facturation (frais d’aconage et de stationnement), la délivrance du ticket de livraison, le paiement du code Sydonia, etc. «Avant, c'est chaque aconier qui établissait le code Sydonia, les frais d’aconage et de stationnement. Ils délivraient en outre les tickets de livraison», explique Jean-Pierre. Ces pesanteurs auraient aussi des répercussions sur les cadences au port. «Le R.R America, un navire, a accosté au port de Douala en décembre et est reparti sur le port de Cotonou pour décharger les marchandises, parce qu'il avait un contrat avec le port d'Abidjan. Le navire n'a pas pu débarquer les conteneurs au port de Douala et a préféré aller transporter les bananes en Côte d'Ivoire. Le navire As Challenge a passé plusieurs jours à la bouée base. Un autre navire a passé un mois au quai », s'offusque un importateur. Or, passé le délai de 11 jours, les marchandises non retirées sont frappées de pénalités. D'où la grogne des importateurs. Pour eux, le guichet unique de la facturation remet en cause les performances prônées ces dernières années par la direction générale des Douanes en termes de réduction des délais de passage au port. Il augure des contre-performances;

© Théodore Tchopa et Vanis Chounna (Stagiaire : Le Jour

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