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D'abord programmée pour le 25 avril dernier et reportée à la demande de Géocoton, la dernière session du Conseil d'administration de la Sodecoton du 23 mai dernier, bien qu'ordinaire, était particulièrement attendue. 

Et pour cause, c'était la première rencontre formelle des administrateurs après la lourde sanction infligée au Directeur Général de cette société, Iya Mohammed, par le Conseil de discipline budgétaire et comptable (Cdbf) du Contrôle supérieur de l'Etat le 27 mars 2013. 

Les observateurs s'attendaient donc à une révocation de son principal dirigeant, d'autant plus que le Contrôle supérieur de l'Etat, actionné en sous-main par des intérêts qui dépassaient le seul cadre d'une mission de contrôle, avait ni plus ni moins exclu le Directeur Général de la Sodecoton de la gestion des affaires publiques pour une durée de sept ans. Et surtout quand on sait que l'Etat est actionnaire à hauteur de 59% dans le capital de la Société de développement du coton... 

Ceux qui s'attendaient donc à une révolution ont été déçus. Le management de la Sodecoton a une fois de plus été félicité par les administrateurs. Il faut dire que dans un secteur aussi morose que le coton, les performances 2012 ont de quoi susciter l'étonnement. Fidèle à un management prudent, l'entreprise a augmenté de 925 millions de FCFA son enveloppe du Fonds de gestion du risque prix logé à la Beac. Cette cagnotte culmine désormais à 17,425 milliards de FCFA. De même, 2,677 milliards de FCFA ont été débloqués en 2012 pour alléger le coût d'acquisition des engrais par les producteurs. 

Nonobstant tout cela, en 2012, le bénéfice net comptable de la société est de 5,681 milliards de FCFA contre 5,385 milliards en 2011. Le Conseil d'administration a décidé de répartir 1,6 milliards de FCFA entre les actionnaires notamment l'Etat (59%), Géocoton (30%) et la Smic (11%), le reste du bénéfice devant être consacré à l'investissement. 

D'autres résolutions fortes ont également été approuvées par le Conseil d'administration. Il y a par exemple celle qui autorise la construction d'un nouvel immeuble siège Garoua en face de l'actuelle Direction générale, pour un coût d'environ 3 milliards de FCFA. Le bâtiment futuriste à trois niveaux sera construit sur financement propre de la Sodecoton sur un terrain de 19.680 m2 offert gracieusement par la Communauté urbaine de Garoua à l'entreprise cotonnière. Le futur joyau abritera 79 bureaux et 06 salles de conférence et permettra à l'actuel siège construit en 1977 et qui compte 74 bureaux pour quelque 200 employés, de souffler. 

AUDIT INDÉPENDANT 

Autre résolution capitale: celle qui entérine un audit externe sur la période 2005-2010 et qui sera piloté par le Comité d'audit de la société, une instance qui regroupe les actionnaires. 

Cette décision remet subtilement en cause le travail des inspecteurs d'Etat qui ont contrôlé la gestion de la société pendant cette période. Qu'elle ait été prise par un Conseil d'administration où l'Etat est majoritaire, pour remettre en cause un rapport produit par un démembrement de l'Etat en dit long sur la crédibilité du travail rendu public par le Cdbf. Il faut dire que depuis que ce rapport a été rendu public, dans une précipitation suspecte, de nombreuses voix seront élevées pour le dénoncer. Dont, celle des producteurs du coton. 

Dans une lettre ouverte datée du 16 avril 2013, les 250.000 producteurs ont apporté leur total soutien à Iya Mohammed. «M. le Directeur Général, à travers cette lettre, nous tenons à vous marquer notre totale solidarité pour toutes les actions conduites à la tête de la Sodecoton qui se déroulent à la satisfaction des petits producteurs que nous sommes. Cette performance de notre filière vous vaut la fierté légitime des producteurs du coton et vivriers dans la zone cotonnière du Cameroun, toutes tendances confondues. C'est pourquoi, nous les producteurs de coton, nous vous adressons nos encouragements et nous vous affirmons de notre soutien», peut-on lire dans le document signé des représentants élus des producteurs du coton et vivriers du Cameroun. 

Les mêmes producteurs ont d'ailleurs, au cours de ce Conseil du 23 mai 2013, dans une autre correspondance, réaffirmé leur soutien à l'actuelle Direction générale. A côté des gros bras du coton, il y a également eu cette lettre des délégués du personnel de la société, adressée au Président du Conseil d'administration, Gambo Haman, et dans laquelle ils demandent un audit indépendant sur la période querellée (2005-2010), faute de prendre des mesures adéquates en cas de refus. 

Si les uns et les autres ont été perplexes devant les accusations formulées à l'encontre d'Iya Mohammed, c'est d'abord et avant tout pour ses résultats exceptionnels dans la filière autant pour les producteurs que pour les actionnaires. De 2005 à aujourd’hui, le cumul des crédits agricoles (coton et vivriers) et des revenus bruts versés aux producteurs s'élèvent respectivement à 162 et 328 milliards de FCFA. Pour la seule campagne agricole 2012/2013, 28 milliards de crédits agricoles ont été alloués aux motoculteurs et ils ont engrangé 60 milliards de FCFA de revenu brut. 

«Nous prévoyons les semis de coton de l'ordre de 230 000 hectares en 2013/14 avec un niveau de production estimé à 260 000 tonnes de coton graines pour un rendement moyen de 1.130kg/ha. Le prix plancher d'achat du kilogramme de coton graine aux producteurs a été fixé et maintenu à 265 FCFA alors qu'il est en baisse dans les autres pays cotonniers de la zone Franc. Au Burkina Faso, il a été fixé à 235 FCFA/kg», explique Ibrahim Ngamie, Directeur de la production agricole. 

Côté actionnaires, c'est la satisfaction. Contrairement à d'autres sociétés de son portefeuille qui reçoivent des subventions pour être maintenues en vie, la Sodecoton fait mieux en lui octroyant régulièrement des dividendes. Quant à Géocoton, la Sodecoton reste l'un de ses meilleurs investissements dans la filière en Afrique subsaharienne. Est-ce la raison pour laquelle, Yanick Morillon, PDG de ce géant du coton, a tenu lui-même à assister à ce Conseil d'administration? Sans doute. Profitant de son séjour au Cameroun, le Français a sans doute rappelé à ses interlocuteurs la chance qu'avait le Cameroun d'avoir une filière en bonne santé. Et qu'il suffisait juste que la confiance s'effrite chez les principaux acteurs de la filière pour que l'or blanc perde de son éclat.

© DOUWOURE OUSMANE : L'Oeil du Sahel

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