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Mar, Aoû

Economie
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Un projet de 400 milliards pour la construction d’une nouvelle usine à la Sonara à l’origine de la paralysie annoncée de l’entreprise de raffinerie. C’est une correspondance de la Société nationale de raffinerie du Cameroun (Sonara) qui tire la sonnette d’alarme. Cette entreprise vient d’informer la Société camerounaise de dépôt pétrolier (Scdp) qu’elle «ne sera plus en mesure d’assurer ses engagements de livraison à compter de la fin de cette semaine». Comme une trainée de poudre, plusieurs vendeurs de la plateforme pétrolière tels Oil Libya et Total Cameroun ont informé leur réseau de clientèle et partenaires du risque de pénurie de pétrole qui se  profile à l’horizon. «Chers clients, nous vous informons que de fortes tensions sur les stocks de produits pétroliers à la Scdp nous font craindre dans les prochains jours, un risque de rupture de carburants (gasoil, super, pétrole, jet….)», alerte D. Ducognon, le directeur commercial de Total Cameroun dans un communiqué daté du 11 mai 2011. Il annonce, sentencieux : «Aussi, malgré tous les efforts que nous continuerons à produire afin de garantir vos programmes de livraison, nous vous demandons de vous préparer à des ruptures possibles», conclut-il.

Traduction : dès lundi 16 mai 2011, le Cameroun peut, pour la première fois de son histoire, entrer dans une crise pétrolière sans précédent. Comment en sommes-nous arrivés à cette situation ? Les investigations de Mutations ont révélé que cette crise annoncée prend sa source depuis la mise sur pied il y a deux ans d’un projet pharaonique : «Il s’agit d’un projet de construction d’une nouvelle usine de la Sonara et de rénovation de l’ancienne usine qui doit passer du manuel au numérique. C’est un projet d’un coût global de 400 milliards Fcfa. Ce projet devait générer entre 200 à 250 emplois directs », informe un technicien qui intervient dans ce projet à la Sonara. A en croire notre source, le projet est divisé en deux parties. La première a été entièrement exécutée «avec l’acquisition d’un générateur nouvelle génération,  la construction d’une salle de contrôle numérique. Lorsque la construction serait terminée, cela permettrait à la Sonara de doubler sa capacité et de devenir la plus grande raffinerie au monde en terme de capacité de stockage et de capacité de transformation », révèle le technicien qui a pris part à la mise en place du projet à la Sonora. La première phase du projet déjà réalisée, a coûté 180 milliards de Fcfa et a duré deux ans, indique notre source.
Blocages

Malheureusement, trois gros problèmes vont intervenir alors que le projet, apprend-on, était déjà réalisé à 50% grâce à des fonds africains (marocains notamment) et asiatiques. La première, c’est celui de la commission du directeur général de la Sonara. «Les retro-commissions du projet sont compris  entre 40 à 60 milliards de francs Cfa à repartir à l’ensemble des acteurs ayant intervenu dans le projet. Seul hic, les trois ministères qui interviennent dans le projet (ministère des Finances, des Mines et de la Justice) estiment que la commission qui doit revenir au Dg de la Sonara (entre 1 à 2 milliards francs Cfa) est trop élevée», indique un consultant financier du projet. D’où le blocage. Le second goulot d’étranglement intervient lorsque les trois ministères demandent à la Sonara d’aller «renégocier  les traites de la seconde phase du projet qui coûte 200 milliards de francs Cfa. Or, le paiement de ces traites par la Sonara avait déjà été négocié à hauteur de 64 milliards par an. Conséquence, tout retard dans le paiement des traites doit être imputé à la Sonara qui, en plus de reverser les traites convenues aux investisseurs, doit également payer les traites dues au retard que va provoquer  la renégociation. » Le troisième problème, informe notre source à la Sonara, «se situe au niveau de la libéralisation par la Snh (Société nationale des hydrocarbures, et donc l’Etat) de l’importation du pétrole. Du coup, les vendeurs de la plateforme (Total, Oilibya, Tradex, etc.) peuvent, chacun, acheter le pétrole où il veut.»

Conséquence, plusieurs vendeurs achètent le pétrole trafic qui permet de produire l’essence directement. «Pourquoi venir s’approvisionner  et payer le coût du raffinage  à la Sonara?», s’interroge un employé de la Sonara. Cette perte du monopole par la Sonara ne permet plus à cette entreprise étatique de faire de rentrées suffisantes pour tenir ses engagements vis-à-vis de la Scdp. Par ailleurs, «l’Etat a demandé à la Sonara de sceller le prix du litre de carburant à 520 francs Cfa pendant ce temps, le même Etat ne rembourse pas à la Sonara le manque à gagner sous forme de subventions. Ces trois problèmes ont abouti à la cessation d’activités qui entraîne la crise qui se profile à l’horizon», conclut un technicien associé à ce projet. Joint au téléphone par Mutations pour avoir un éclairage sur la crise annoncée, Perrial Jean Nyodog, le président du Groupement professionnel de l’industrie du pétrole (Gpip) du Cameroun a mis un bémol à cette alerte. «Des mesures ont été prises. Il n’y aura pas de risque de rupture de carburants», a précisé M. Nyodog, qui est par ailleurs directeur général de Traiding et d’exportation de pétrole brut et de produits pétroliers (Tradex). Sur les mesures prises, le président du Gpip a indiqué : «Le ministère des Finances a pris des dispositions  adéquates, et la Sonara va continuer à approvisionner la Scdp», conclut M. Nyodog.

Mutations : Eric Roland Kongou

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