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Mar, Aoû

Economie
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Deux ans après la mise en activité du transporteur national Camair-Co, la compagnie aérienne est encore dans les turbulences: sa dette demeure astronomique, sa gestion tarde à adopter les normes modernes. L'entreprise peine à s'arrimer aux exigences de navigabilité internationale.Les espoirs placés en Mathjis Boertien, pourtant auteur d'un ambitieux plan de relance de la compagnie aérienne nationale, s'envolent. Hier, il a été limogé à l'issue d'un conseil d'administration extraordinaire qui a, dans la foulée, porté à la présidence du conseil, l'ancien Ministre Edouard Akame Mfoumou, en lieu et place de Yang Philémon. Retour sur les derniers instants d'une Direction combattue et controversée.

La Cameroon airlines Corporation (Camair-Co), aura vécu une journée folle hier. Tout commence à 10 h au Hilton hôtel de Yaoundé. Ce jour, il est prévu la tenue d'un conseil d'administration extraordinaire avec deux points à l'ordre du jour: le remplacement du président du conseil d'administration (Pca) sortant, Yang Philémon et la nomination d'un nouveau Directeur général. Mais très vite, cet ordre du jour subira des modifications. Au lieu de deux points inscrits à l'examen des administrateurs, en présence des cadres de la présidence de la République, celui-ci ne présente plus que la désignation du nouveau Pca. Et, quelques minutes après 10h, Edouard Akame Mfoumou, devient le nouveau Pca de l'entreprise.

Alors que les cadres de la présidence de la République ont quitté la salle de conseil poursuit ses travaux. C'est en ce moment que filtre l'information du remplacement du Directeur général Matthijs Boertien. Ce dernier, sorti de la salle après la séance qui venait de porter Edouard Akame Mfoumou à la présidence du conseil, reçoit, selon des sources proches du dossier un coup de fil du nouveau Pca, l'invitant à déposer sa démission séance tenante. Face à son refus, des sources indiquent que l'ancien Pca, le Premier Ministre Yang Philémon rentre dans la danse. Il appelle à son tour le Hollandais et lui intime également l'ordre de déposer sa démission. Nouvelle fin de non-recevoir. Motif, argue son entourage, «c'est le Président de la République qui lui a fait confiance, maintenant, si le Chef de l'Etat ne veut plus de ses services, qu'il le lui fasse savoir de la même manière».

Mais, pendant que Matthijs Boertien cherche à comprendre ce qui se passe, les membres du conseil font entrer Frédéric Mbotto Edimo, nommé Directeur général adjoint de la compagnie le 14 juin par décret présidentiel dans la salle et lui annonce qu'il est désormais le nouveau Dg de Camair Co. Dans la foulée, ils sortent et prennent la route de la primature. Pendant ce temps, certains responsables de la présidence de la République, présents lors de la désignation du Pca, avouent leur incompréhension face à la tournure des évènements.

Cette intense activité marque l'épilogue d'un feuilleton dont les différents épisodes laissaient entrevoir le limogeage de Matthjis Boertien, pourtant nommé par le Chef de l'Etat le 3 janvier 2013 à la tête de cette entreprise. Mais très vite, celui qui était le Directeur des opérations de Camair Co sous Alex van Elk, arrivé avec un plan de relance et de restructuration de Camair Co, va rencontrer sur son chemin des difficultés énormes. Pour redresser la barre, le Dg qui trouve 500 millions de FCFA dans les caisses de l'entreprises et des capitaux négatifs estimés à 10 milliards de FCFA sans compter la dette astronomique de 10 milliards de FCFA, élabore un plan de relance de Camair Co en une dizaine de points: le paiement en urgence de la dette, la restructuration de l'entreprise, la mise sur pied de nouveaux centres de profits, c'est-à-dire un nouveau centre de maintenance, une école de formation des pilotes localement, la création d'une unité cargo et l'internalisation des opérations sol.

«Concernant ce volet, les opérations sols sont gérées par les compagnies aériennes elles-mêmes; mais elles le sont par les Adc dans nos aéroports depuis l'arrêt des activités de Camair. En plus de cela, les Adc facturent ces prestations cher», indique un cadre de la Direction générale sous anonymat. En plus de ces aspects, le nouveau Directeur général entend également redimensionner la flotte en remplaçant la Dja (Boeing 767-200) par un avion plus moderne, procéder à l'acquisition d'aéronefs moyens courriers adaptés aux lignes intérieures et internationales. Pour ce qui concerne le dossier des MA 60, (avions chinois acquis par le gouvernement, mais qui n'arrivent pas), il ne s'y oppose pas. Mais est contre la manière dont ce dossier est géré par Emmanuel Mbozo'o, le Directeur général adjoint.

En réponse à tous ces problèmes, le gouvernement va assurer le paiement d'une partie de la dette des créanciers bloquants notamment Asecna, les Adc ou encore l'Autorité aéronautique à hauteur de 6 milliards de FCFA. «Mais plutôt que déposer les fonds dans le compte Camair Co, le Ministère des Finances préfère lui-même payer les fournisseurs directement», relève une source proche du dossier. Mais au Ministère des Finances, l'on fait savoir que ce manque de confiance fait suite à une série d'accusations tombées sur la table des administrateurs et du gouvernement. En fait, selon des responsables des Ministères des Transports et des Finances, l'on accuse le Directeur général de détourner des fonds, de prélever des intérêts sur l'ensemble des contrats signés à Camair Co et de promouvoir le personnel expatrié au détriment des nationaux.

En effet, il est reproché au Directeur général d'aller chercher l'expertise ailleurs alors que des nationaux peuvent piloter des avions: C'est aussi dans cette ambiance qu'un rapport le présentant comme un gestionnaire indélicat tombe sur la table du Président de la République, non sans indiquer qu'il souffre de troubles psychiques et psychologiques, qui nécessitent l'intervention d'un psychiatre.

Cette période marque aussi le début des problèmes avec le gouvernement et la présidence de la République à travers le Secrétaire général. Du coup, aucune proposition faite au conseil n'est suivie d'effet; entre janvier et septembre 2013, la subvention trimestrielle de 4 milliards de FCFA de l'Etat n'a toujours pas été décaissée. Plus grave, depuis sa nomination, le conseil d'administration ne lui a pas signé de contrat de travail, il ne reçoit donc pas de salaire. «L'entreprise lui versait une indemnité pour lui permettre de couvrir ses charges. Il vit dans un studio de deux chambres à Akwa à Douala», rapporte un proche.

© PIERRE CÉLESTIN ATANGANA : Mutations

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